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    Jean-Patrick Ehouman : le sacerdoce technologique africain

    Je connais Jean-Patrick Ehouman depuis 13 ans maintenant. Sa passion pour la promotion des nouvelles technologies en Afrique est profondément inscrite dans son ADN. Il pourrait en parler durant des heures en gardant la même flamme dans les yeux. Et s’il devait tout recommencer à zéro, c’est une aventure qu’il referait sans hésitation. « Parfois je me demande pourquoi je n’ai pas commencé plus tôt » dit-il un sourire en coin.

    Curiosité, sport et construction … ce sont les trois mots qui pourraient définir au mieux le caractère de ce quarantenaire, natif d’Aboisso, une ville du sud-est de la Côte d’Ivoire. Il est resté fidèle à sa nature car enfant, il était extrêmement réservé, aventureux, curieux et studieux. Il passait également beaucoup de temps à jouer au football ou au basketball. « Je parlais très peu, cependant j’aimais apprendre. Cette dynamique a été créée par mes parents. » Marié et père de 3 filles, il décida de poser ses valises à Johannesburg, en Afrique du Sud, il y a quelques années.

    Exerçant auparavant le métier d’architecte logiciel, il s’épanouit désormais dans la peau d’un entrepreneur social dans le domaine des nouvelles technologies.

    Depuis 2009, lui et son équipe forment les jeunes, les femmes et les employés de leurs clients aux nouvelles technologies, du développement d’application à l’usage du web pour la promotion des produits et services.  « Si nous souhaitons un monde dans lequel les uns et les autres s’épanouissent dans leurs activités professionnelles, nous devons les aider à comprendre et à maîtriser ces outils qui sont aujourd’hui au centre des interactions sociales et professionnelles. À côté de cela, de plus en plus d’entreprises nous sollicitent pour trouver des profils ayant ces compétences. Enfin, de nombreux jeunes diplômés et personnes expérimentées qui sont en recherche d’emploi voient les opportunités se restreindre du fait de leur incapacité à travailler avec ces outils. »

    Jean-Patrick Ehouman lança le célèbre programme SheIsTheCode en Septembre 2015. SheIsTheCode est un programme de formation et d’accompagnement à l’insertion professionnelle dans les technologies et l’entrepreneuriat pour les femmes africaines. La première cohorte démarra au premier trimestre de l’année 2016. Il fut profondément inspiré par sa défunte mère qui, d’une certaine manière, est à l’origine de ce sacerdoce. « C’est ma mère qui m’a permis de toucher à l’ordinateur et m’a encouragé à me former à l’utilisation du web alors que je n’étais qu’un adolescent de 12 ans. Et à l’époque c’était tout nouveau à Abidjan. »

    Toute femme peut postuler à ce programme de formation dès lors que le lien d’inscription pour la prochaine cohorte est mise en ligne. A la suite de cela, elle passe un test de niveau qui permet à l’équipe de Jean-Patrick Ehouman, de savoir plus ou moins si elle a la capacité de suivre les différents modules. Il ne s’agit pas d’un test d’informatique. Ce test implique de la compréhension de texte, des tests de logique, de l’arithmétique etc. Ce programme est enfin accessible à toute personne ayant le niveau 3ème/seconde ou le niveau 5ème des années 90.

    A l’issue de ce test, les candidates sélectionnées participent à un programme de trois mois au sein duquel elles apprennent et mettent en pratique les principes de développement personnel et du leadership, ainsi que les différents concepts et outils technologiques à travers des activités en autonomie ou en groupe. Ces enseignements permettent de lutter contre l’analphabétisme numérique et permettront aux femmes sélectionnées de lancer leur business en s’appuyant sur les outils technologiques et digitaux. Jean-Patrick explique : « Tu sais, il existe de nombreuses barrières qui empêchent les femmes de bénéficier des opportunités qu’offrent le digital et les technologies en général. Ça commence par l’école l’orientation ne se fait pas de manière objective. Les filles sont conditionnées à s’orienter vers tout, sauf les sciences et les technologies. Aujourd’hui, presque tous les métiers nécessitent au minimum, l’usage des outils technologiques et si les femmes n’y ont pas accès, elles auront de plus en plus de difficultés. Si on permet aux femmes de toucher à ces choses, elles pousseront à leur tour leurs enfants à se les approprier et dans 15 ou 20 ans, nous aurons une génération très outillée qui participera à l’émergence d’une économie numérique forte ».

    Jean-Patrick Ehouman bénéficie du soutien de plusieurs partenaires et institutions pour le programme SheIsTheCode et bien d’autres, tels que Capital Connect (Côte d’ivoire), DigiClick (Burkina Faso), Lumumba Labs (Congo Kin), Yekolab (Congo Brazza), OpenSi (Bénin), African Development University (Niger), WenakLabs (Tchad), La Web Foundation, Oracle et La Banque Mondiale.

    Entre 2017 et 2018, Jean-Patrick a d’ailleurs bénéficié d’un accompagnement de l’État Ivoirien pour l’ESATIC, une école publique d’ingénieurs. Trois cohortes se sont notamment déroulées dans cet établissement.

    Photo prise à la fin de la conférence de Heather VanCura durant une session de SheIsThecode au sein de l’ESATIC, le 5 novembre 2017.

    En sept ans d’exercice du programme SheIsTheCode, JeanPatrick Ehouman a vu passer des milliers d’auditrices. Mais il a été particulièrement marqué par les profils de deux apprenantes : Aïcha Dionne Diaby et Cissé Bintou Binie.

    Pour Aïcha, parce qu’elle sortait d’un mariage dans lequel elle avait été mère au foyer pendant plus d’une décennie et qu’elle s’était retrouvée complétement déconnectée du monde professionnel. Malgré sa précarité financière (elle avait des difficultés à payer le transport pour se rendre au centre de formation), elle a réussi à finir le programme. Elle est devenue Community manager au sein de l’une des entreprises partenaires de SheIsTheCode. Très vite, elle a été promue à un poste de Responsable commerciale. Et trois ans plus tard, elle a mis en place sa propre marque de jus de mangue Akadi, dont elle fait la promotion et la vente en ligne.

    Pour Cissé, très discrète durant le programme, elle fait actuellement sensation sur la toile ivoirienne pour avoir mis en place Binnie English Training, une structure de formation à l’anglais qui emploie aujourd’hui une trentaine de personnes avec plus de 200 apprenants par mois et possède trois centres à Abidjan.

    La formation permanente des participantes du programme SheIsTheCode occupe la majeure partie des journées de Jean-Patrick Ehouman. Il était récemment au Tchad puis au Niger pendant plusieurs semaines pour participer au programme 100.000 MPME du Nepad (Union Africaine) en tant que consultant-formateur. « L’idée étant de former 100.000 responsables de MPME dans les 54 pays de l’Union Africaine afin qu’ils soient outillés pour mieux optimiser leurs business, recevoir des investissements et utiliser les opportunités du numérique pour augmenter leurs revenus », ajoute-t-il.

    Ses projets pour les cinq prochaines années ?

    Créer plus d’opportunités pour qu’encore plus de personnes, notamment les jeunes et les femmes, sortent de l’analphabétisme numérique et profitent du dynamisme de l’économie numérique. Cela passe par la mise en place de projets, structures et partenariats permettant le financement, l’accompagnement de ces personnes, et ce, au-delà de l’Afrique francophone. Jean-Patrick a également en projet l’écriture d’un livre. Il précise : « J’aurais dû commencer plus tôt car j’ai beaucoup à partager, mais sans doute comme je le fais au quotidien sur les réseaux sociaux, je manque de discipline pour consigner toutes ces informations dans un recueil. Mais je souhaite vraiment le faire car je suis convaincu que ça en aidera plus d’un. »

    Revenons sur le parcours de Jean-Patrick Ehouman

    Il a fait ses études primaires et secondaires en Côte d’Ivoire. Il faisait partie des meilleurs de son lycée : C’était un très bon élève jusqu’à ce qu’il échoue une première fois au baccalauréat. « Depuis lors, je mets moins la pression quant à la réussite de tout ce que j’entreprends. »

    Son bac en poche, c’est à Poitiers qu’il part poursuivre ses études en DUT en génie électrique et informatique industriel. Il obtient ensuite une licence professionnelle en systèmes informatiques et logiciels à l’Université Saint-Charles de Marseille. En 2004, encore étudiant, il est embauché dans une entreprise japonaise basée à Toulouse, Index Multimedia, première entreprise spécialisée dans le développement d’applications mobiles sur Java/J2Es. Il se plonge donc complétement dans le monde du travail.

    Il déménage ensuite à Paris et intègre Capgemini puis AOL (à l’époque numéro 2 de l’Internet en France) en tant que développeur indépendant d’applications Web, participant notamment à la conception du portail Vodafone live pour SFR. Il travaille ensuite comme ingénieur d’études et développement puis architecte logiciel dans le secteur bancaire au sein de Natixis.

    En 2007, il retourne en Côte d’Ivoire pour y installer son entreprise de développement d’applications et de logiciels. « Je suis revenu en partie pour contribuer à la dynamique entrepreneuriale dans le secteur des technologies. J’ai compris que mes compétences pouvaient aider un grand nombre de personnes. D’un point de vue personnel, ce fut également l’occasion de rester auprès de ma défunte mère qui pouvait nous quitter d’un moment à l’autre, du fait de son état de santé. Je suis très reconnaissant envers Dieu d’avoir pu rester auprès d’elle pendant ces 12 dernières années. »

    En 2008, il lui vient l’idée de rassembler un groupe de personnes passionnées par les nouvelles technologies. Il n’a pas le succès qu’il espérait, mais il a beaucoup appris et surtout découvert l’engouement, principalement des jeunes, pour les outils.

    En 2014, Jean-Patrick intègre l’université du Texas à Austin pendant six semaines dans le cadre du programme Mandela Washington Fellowship destinés aux jeunes leaders d’Afrique subsaharienne.

    En 2019, il décide d’organiser un Barcamp à Abidjan, un événement ouvert à tous pour échanger sur divers sujets : le blogging, le rôle des uns et des autres, les opportunités, la nécessité d’une communauté active etc. « Il me fallait collaborer avec les personnes les plus passionnées, entre autres, Edith Brou, Eric Agnissan, Frédéric Tapé, furent mes premiers camarades d’aventure pour cet événement qui fut un succès. C’est à l’issue de cet événement que nous nous sommes réunis pour créer l’organisation à but non-lucratif Akendewa, baptisée du nom du héros d’un conte populaire akan, tantôt homme tantôt araignée, qui utilise de petits moyens pour atteindre de grands objectifs, se montrant soucieux des siens et toujours porteur de nouvelles idées. »