Widget Image
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit, sed diam nonummy nibh euismod tincidunt ut laoreet dolore magna

Sorry, no posts matched your criteria.

Sign Up To The Newsletter

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit, sed diam nonummy nibh euismod tincidunt ut laoreet

    Franck Dodie Diagaunet, engagé pour l’amélioration du système de santé ivoirien

    Interview de Franck Dodie Diaguanet.

    Quel est votre parcours ? 

    Je suis Franck Dodie Diaguanet, CEO de Innovative Healthcare Solutions qui est une entreprise spécialisée dans l’amélioration des systèmes de santé. Avant d’en arriver là, je suis d’abord passé par l’UFR des sciences médicales de l’université de Cocody où j’ai obtenu mon doctorat en médecine. J’ai débuté ma carrière professionnelle aux urgences médicales du CHU de Treichville en qualité de médecin urgentiste. À cette époque, nous recevions un nombre considérable de patients atteints de Sida. Malheureusement, ces patients nous arrivaient pratiquement en phase terminale, il n’y avait plus grand chose à faire, en dehors des traitements palliatifs. C’est à partir de là que j’ai réalisé qu’il était important de faire un travail de prévention en amont pour éviter ces drames humains. Mon amour pour la santé publique a pris ainsi forme. Alors, quand l’opportunité s’est présentée, j’ai postulé au ministère de la lutte contre le Sida. J’y ai travaillé en tant que Conseiller Régional VIH/SIDA avec rang de directeur régional. J’avais la charge de toutes les activités de VIH/SIDA de la région des Lacs (Yamoussoukro). Après quelques années passées à coordonner toutes les activités de VIH/SIDA de la région, j’ai eu un besoin de formation. J’ai démissionné et je suis allé faire un master de santé publique à l’Université de Harvard aux USA. Après mon diplôme, j’ai fait du « Healthcare consulting » pendant quelques années. Dans le cadre de mon projet de retour, j’ai aussi fait un master en « Biomedical informatics » à l’université de Texas Health Science Center at Houston. Depuis l’année dernière, je suis rentré au pays avec un projet qui est Innovative Healthcare Solutions. Il me fallait rentrer avec un projet, il me fallait rentrer pour apporter ma pierre à l’amélioration du système de santé ivoirien. 

    Quel est le constat que vous dressez du système de santé en Côte d’Ivoire, au niveau public surtout ?

    Le système de santé ivoirien a des forces et des faiblesses comme partout dans le monde. Je remarque qu’il y a beaucoup à faire pour rendre le système de santé performant afin qu’il réponde aux besoins des Ivoiriens. Le système de santé ivoirien souffre d’un sous financement au regard de la déclaration d’Abuja de 2001 où les pays africains avaient pris l’engagement de dédier 15% de leur budget à la santé. A ce jour, la Côte d’Ivoire alloue environ 6% de son budget à la santé. 

    Par ailleurs, plusieurs rapports sur le système de santé pointent du doigt une faiblesse au niveau de la coordination des soins. On pourra également évoquer un problème de qualité des soins dont se plaignent souvent les Ivoiriens. Il est important de créer une culture de la qualité dans nos hôpitaux. Comme faiblesse, on peut parler du plateau technique qui n’est pas toujours adéquat.  

    Comme bon point, on pourrait citer le capital humain qui est l’un des meilleurs de la sous-région. Avec une meilleure coordination, on pourrait faire un meilleur usage de ce capital humain et ainsi améliorer la qualité des soins.

    Quelles sont les solutions de Innovative Healthcare Solutions ?

    Innovative Healthcare Solutions a plusieurs services à offrir aux autorités mais également aux Ivoiriens. Nous avons déjà commencé à travailler à l’amélioration du système de santé à travers la convention de partenariat que nous avons signé avec le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS). Cette activité se fait dans le cadre notre service “Healthcare consulting”. Notre mission est d’aider le CNTS à améliorer ses performances et ainsi lui permettre de combler les besoins en sang des Ivoiriens. 

    Nous avons d’autres services que nous comptons lancer cette année à savoir l’assistance médicale et/ ou tourisme médical, une application médicale dénommée e-Wimin, la conception de système de gestion de centres de santé.

    Docteur Diagaunet et le sang ? Tout est parti d’où ?

    J’ai un rapport assez personnel et émotionnel avec la question du sang. Mon défunt père faisait des dialyses de manière régulière vu qu’il souffrait d’insuffisance rénale. Malheureusement, il était sujet à des anémies récurrentes, il fallait donc le transfuser. A chaque fois, il me fallait rentrer en contact avec un ami au CNTS afin de trouver des poches de sang pour mon père. C’est ainsi que j’ai pris conscience de l’ampleur de la pénurie de sang en Côte d’Ivoire. On réussissait toujours à avoir du sang pour mon père mais je trouvais cela quelque peu injuste le fait que d’autres Ivoiriens ne puissent en avoir. Je ne pouvais pas rester dans ma position de privilégié et ne rien faire. J’en ai parlé à mon père, il m’a conseillé de m’impliquer si je pensais que je pouvais aider à résoudre le problème. Aujourd’hui, mon père M. Dodie Miantien n’est plus de ce monde mais je veux conduire ce projet à son terme en son honneur afin que plus aucun Ivoirien ne meurt dans nos hôpitaux par manque de sang. 

    En chiffre, quel est l’impact des tournées que vous effectuez sur l’ensemble du territoire national à la recherche de sang ?

    Après la signature de la convention de partenariat avec le CNTS en juillet 2021, nous avons entrepris de faire une analyse de la situation de la pénurie de sang en Côte d’Ivoire. Avant de prescrire un traitement à un patient, il faut faire le bon diagnostic, c’est ce que nous essayons de faire avec ces tournées. Il s’agit pour nous de faire un diagnostic approfondi du système de collecte et de distribution de sang en Côte d’Ivoire. A ce jour, nous avons pu travailler avec les acteurs du système de collecte et de distribution de sang dans 16 villes du pays. Partout, nous collectons des données qui vont être analysées pour mieux cerner la problématique de la pénurie de sang et trouver des solutions adaptées. Notre approche est scientifique. 

    Il faut que les gens comprennent que nous ne faisons pas de tournées pour collecter du sang, nous n’en sommes pas encore là. Nous travaillons à faire un bon diagnostic, les solutions suivront bientôt. En février, nous allons faire Abidjan et des villes satellites pour avoir une vue holistique de la problématique de la pénurie du sang. 

    Je profite pour lancer un appel aux populations ivoiriennes : Il faut savoir que le CNTS, c’est la banque du sang. Alors, si vous ne mettez pas de sang en banque, vous ne pouvez pas en retirer en cas de besoin. Le sang ne se fabrique pas, seuls les dons de sang peuvent nous permettre d’en avoir. Du fait de la pénurie de sang, de nombreux Ivoiriens meurent dans nos hôpitaux. Des enfants et des femmes en couches perdent la vie dans l’indifférence de la société ivoirienne. Je trouve cela tragique. 

    Quelles sont les solutions (non politique) face à la fuite des cerveaux dans le domaine médical ?

    Ça serait utopique de croire que l’on pourra un jour trouver une solution définitive à la fuite des cerveaux dans le domaine médical. Toutefois, on peut freiner l’ampleur du phénomène en prenant certaines mesures. Pour le faire, il faut dans un premier temps créer un environnement favorable à l’établissement des cerveaux dans leur pays. Cela passe par un traitement salarial approprié, un plateau technique performant, des opportunités de formation continue. En somme, si le personnel médical s’épanouit dans son travail au quotidien, il n’y a pas de raison qu’il aille ailleurs. 

    A propos du groupe Facebook « OBSERVATOIRE MÉDICAL DE COTE D’IVOIRE » 

    D’où vous est venu la motivation pour créer ce groupe ?

    Même si j’aurais été fier de m’attribuer la paternité du groupe OMCI, je ne peux le faire car l’idée de la création n’est pas de moi. OMCI est l’œuvre de mon ami et associé Richard Konan. Je crois qu’il venait juste d’arriver des USA et il avait vécu une mésaventure dans une clinique de la place avec son fils. Il cherchait donc une plate-forme d’expression pour partager sa frustration mais il n’en a pas trouvé. Il a alors décidé d’en créer une. C’est bien après qu’il m’a sollicité afin que je l’aide à faire avancer les choses. J’ai accepté sans hésiter vu que je voulais rester toujours en contact avec le système de santé ivoirien pour préparer mon éventuel retour au pays.

    A ce jour quel bilan positif pouvez-vous tirer de ce groupe ?

    OMCI aujourd’hui, c’est plus de 174 000 membres. OMCI, ce sont plusieurs dizaines de publications par jour qui éduquent des populations et donnent accès à des informations utiles, même vitales pour les membres. OMCI, c’est également un cadre où professionnels de la santé et population peuvent se retrouver pour réfléchir sur les problèmes du système de santé. Aujourd’hui, tous les programmes de santé passent par OMCI pour diffuser leur message. 

    En 2021, nous avons pu sortir du virtuel pour organiser une conférence sur l’apport du numérique dans la transformation du système de santé ivoirien. Je suis très fier de mon ami Richard Konan pour avoir eu la brillante idée de mettre à la disposition de la Côte d’Ivoire cette plate-forme utile.