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    Annie Payep, la journaliste camerounaise qui vit son rêve au cœur de l’actualité

    Passion, rigueur et obstination … Ce sont les 3 mots qui riment parfaitement avec le nom de Annie Payep, journaliste, productrice et consultante média camerounaise. 37 ans, mariée et mère de 3 enfants.

    Elle voue une véritable admiration à sa concitoyenne et doyenne, Denise Epoté, célèbre journaliste émérite qui fut la première femme camerounaise à présenter le journal télévisé. « J’aime beaucoup de choses en elle. Elle est cultivée et cette façon de traverser le temps tout en restant pertinente me fascine. J’ai d’ailleurs reçu un gentil retour de sa part. »

    La ligne conductrice de la vie d’Annie Payep s’articule principalement autour d’une citation Nelson Mandela contenue dans sa signature mail « Cela semble toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse » extraite de « Un long chemin vers la liberté ». La première autobiographie qu’elle a eu beaucoup de plaisir à lire car riche en enseignements. « Pour moi cette phrase est la force même du courage. Elle permet d’avancer même dans les moments de doute. »

    Sa vocation pour ce métier est née très tôt. Annie Payep fait partie de la poignée de chanceux qui exercent le métier de leur rêve. « Comme mes camarades et les enseignants de lycée disent souvent que ce n’est pas une surprise. Quand je passe mon probatoire, maman me demande ce que je souhaite avoir comme cadeau. Je lui réponds : une radio. Je ne voulais plus squatter la radio de la maison. Je dormais avec la mienne à mon chevet de lit. J’écrivais à Robert de Brazza pour souhaiter une bonne nuit à mes proches alors même que je n’avais pas 15 ans. Je participais aux jeux à la radio et un jour, je suis allée voir de mes propres yeux les journalistes que j’écoutais à la radio à longueur de journée. »

    Présentation d’Echostech, l’émission tech sur Teleasu.tv chaque vendredi

    La détermination et la vision n’ont jamais quitté Annie Payep depuis son enfance. C’était une petite fille très studieuse. Ses hobbies étaient la lecture, la radio et regarder la télévision. Très casanière mais ouverte sur le monde. Très cultivée aussi. Celle-là même que tout le monde sollicitait pour toutes les sorties quand il fallait challenger d’autres établissements scolaires ou d’autres classes dans le cadre du match des incollables. « Je faisais preuve d’une culture générale incroyable. Un héritage puisé de mes lectures. En classe de 4e, je récitais tous les pays africains avec monnaie, drapeau et année d’indépendance. C’était fascinant. Je connaissais toutes les capitales du monde. Quand j’y repense, je comprends l’admiration que je suscitais parfois même de la part des enseignants. »

    Journaliste depuis une douzaine d’années, Annie Payep démarre sa carrière dans une maison de production à Douala, puis travaille pour des sites internet d’information et des fournisseurs de contenus en ligne avant d’intégrer la direction Afrique centrale de la télévision panafricaine Voxafrica à Yaoundé en octobre 2009. Elle y passe 10 ans et occupe tour à tour les fonctions de reporter-productrice, coordinatrice de la production, chef service information, directrice générale adjointe en charge du bureau de Douala. Des postes qu’elle cumule avec sa fonction de Community manager de la chaîne tout au long de son séjour avant d’en devenir la coordinatrice digitale quelques mois avant son départ. Elle présente et/ou produit sur Voxafrica plusieurs émissions dont « Sans Rancune », un des tous premiers talk-show panafricain, « Actunet » une émission dédiée à la tech, « Elles se Racontent » aux femmes ou encore « 52 Mag », un magazine de grands reportages et d’enquêtes.

    Depuis deux ans, elle a fondé Impact Media, Stopintox.cm et Teleasu.tv. Elle a fondé Impact Media pour mieux encadrer ses consultations. C’est aussi un fournisseur de contenus via lequel elle propose des services de rédaction web aux entreprises et personnalités (site web, réseaux sociaux). C’est à travers Impact Media que Annie Payep gère sa web tv Teleasu.tv et le site de vérification d’informations stopintox.cm. Elle utilise ce dernier pour lutter contre la propagation de fausses informations. Très connectée, elle s’est sentie heurtée par la masse d’informations erronées qui circulent, amplifiées par les réseaux sociaux avec parfois des dégâts considérables sur la société et l’image du journaliste. C’est de là qu’est partie l’idée de mettre sur pied Stop intox pour faire du fact checking.

    C’est un site professionnel camerounais consacré au fact-cheking. Ce support a pour vocation de lutter contre la propagation des Fake news au Cameroun. Toute information, photo, vidéo, douteuse d’où qu’elle vienne (réseaux sociaux ou personnalités publiques), fait l’objet d’une vérification par son équipe, qui procède au traitement nécessaire en utilisant les outils modernes dédiés.

    Elle fait aussi beaucoup de digital et de production aussi bien pour Télé’Asu que pour des clients pour lesquels son équipe produit des films d’entreprises et autres couvertures d’événements. Télé’Asu se positionne comme une Web TV qui lui permet de mettre en avant ce qu’elle pense utile pour sa communauté. Le journalisme de qualité qui va au-delà de l’info traitée au quotidien. « Nous souhaitons faire la part belle aux enquêtes, à la tech et aux talents locaux en général. Télé’Asu, c’est plus un blog personnel et je ne suis pas pressée de dresser un bilan. Je trouve qu’on fait notre petit bout de chemin. La cadence de la production reste lente mais en attendant je donne de l’écho aux causes qui me tiennent à cœur. »  Annie Payep partage son temps entre ses différentes casquettes. C’est une véritable slasheuse*. « Je pense que je préfère clairement l’investigation. La guerre et ses images d’horreur ce n’est pas fait pour moi. En plus, un coup de canon me fait sursauter. » (rire)

    Son travail est reconnu, n’en témoigne les nombreuses distinctions qu’elle a reçu au fil des années dont celui du prix de l’excellence Femme Digitale et celui de l’émission la plus innovante du paysage médiatique camerounais avec Actunet. Elle a été également classée parmi les personnalités qui font le Cameroun et dans le top 40 des femmes les plus inspirantes des métiers de la communication et des médias en Afrique francophone et dans sa diaspora en 2021, selon un classement établi par Naole Media.

    Les réseaux sociaux occupent une place importante dans l’exercice de ses fonctions.  Elle les a toujours utilisés dans le cadre de son travail. A l’époque, lorsqu’elle est en charge de la production de l’émission Sans Rancune sur Voxafrica, c’est sur ces plateformes qu’elle annonce les sujets en discussion dans le prochain épisode et qu’elle recueille ainsi les avis des internautes partout en Afrique pour les lire à l’antenne. « Je les utilise pour promouvoir mon travail au quotidien mais aussi donner de l’écho aux causes qui me tiennent à cœur et à celles que je soutiens. » Mais les réseaux sociaux peuvent être un couteau à double tranchant et donc avoir un effet boomerang. Les revers sont rarement prévisibles. Surtout lorsque vous arrivez à un statut de personne connue. « Tous vos moindres faits et gestes peuvent être épiés et certains mal interprétés. Mais on ne se connecte pas pour plaire à tout le monde. Croire-en ce qu’on fait et rester focus, c’est le plus important. »

    Parmi les difficultés, il y a évidemment le manque de moyens et la rentabilité de son média. Annie Payep est née et réside au Cameroun. Selon elle,faire vivre un média dans un environnement aussi désorganisé que le sien est un vrai pari. Elle a dû quitter son ancienne boite à cause de la modicité des moyens qui rendaient son travail de plus en plus pénible. « Donc je ne me faisais aucune illusion. J’ai juste décidé de lancer ce média pour partager ma passion pour certaines causes. Le reste on verra après. Dans trois ans, nous allons travailler la notoriété et le contenu. Après seulement, on verra comment rentabiliser tout cela mais pour le moment je vis de mes consultations et de mes productions auprès des entreprises et institutions. C’est avec les revenus de ces activités que je parviens à gérer tous ceux qui interviennent dans la chaîne de travail. »

    Mais parmi les points de pénibilité qu’elle rencontre dans l’exercice de son métier, il y aussi et surtout l’accès aux sources d’information, la disponibilité des données, le manque de financement (précarité du journaliste) et le manque de transparence. Mais abandonner le métier de journaliste, Annie Payep n’y a pas encore pensé sérieusement. Mais selon elle, ce n’est pas impossible car les difficiles conditions d’exercice et la déliquescence dans laquelle se trouve le métier sont deux raisons très valables pour tout laisser tomber parfois. « Le milieu est désorganisé et cela contribue à la précarité du journaliste. La passion c’est très bien. Pouvoir en vivre c’est mieux. » Le métier est d’ailleurs souvent très ingrat au regard des nombreux inconvénients qui peuvent avoir un impact négatif dans la vie personnelle de celui qui l’exerce. Et ce n’est pas Annie Payep qui dira le contraire. Une personne aussi engagée qu’elle ne se fait pas que des amis.  Il y a eu des tentatives de sabotage à travers la fabrication d’informations totalement erronées et diffamantes.  Une d’elles laissait entendre qu’elle avait menti sur son profil en inventant un diplôme pour demander du travail dans une entreprise. « Un truc tellement tordu que je me suis contentée d’un tweet en guise de réaction pour démonter et dénoncer un si grossier mensonge. Comment je l’ai vécu ? Comme la rançon du succès et de la popularité surtout pour une personne qui ne passe pas par quatre chemins pour dénoncer tout ce qui ne tourne pas rond dans la gestion du pays. »

    Interview de l’opposant Maurice Kamto lors de la présidentielle de 2018 au Cameroun

    Sa pire expérience professionnelle a été sans nulle doute, la présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire. Elle avait démarré comme une formidable expérience professionnelle avant de s’achever de manière tragique.

    Malgré tout, Annie Payep a accumulé beaucoup de beaux souvenirs dans ce métier. Changer la vie des gens de manière concrète reste toujours une belle gratitude. A l’époque, elle avait validé un reportage sur une association des femmes handicapées qui se débrouillent dans la confection d’objets de décoration à partir du matériel plastique recyclé dans le cadre de son émission « 52 mag ». Parmi leurs vœux il y avait la construction de leur siège. Un bienfaiteur ayant regardé le reportage décida de leur construire un siège dans lequel elles pourraient travailler dans de meilleures conditions. « Elles nous ont fait ce témoignage retour et ça a marqué toute l’équipe. »

    Une journée basique de travail pour Annie Payep se déroule en général de cette manière: Le matin, elle fait un tour rapide de ce qui fait l’actualité. Les groupes professionnels WhatsApp, les sites d’informations et les réseaux sociaux lui permettent de prendre la température. Elle répartit ensuite les articles aux rédacteurs et arrêtent les sujets. Elle doit aussi valider les différents contenus des community managers des différents projets. Puis, elle s’adonne à la préparation de ses différentes productions. Parfois, elle termine ou démarre un montage. Elle vérifie le calendrier de publication des contenus en fonction des plateformes concernées. « Je passe aujourd’hui plus de temps sur le digital que sur le terrain. Les équipes étant très souvent sur le terrain pendant que je coordonne les différents pools. Certains jours, je dois aller sur le terrain pour mes reportages, enquêtes ou prestations en tant qu’influenceur. Mon travail est donc réparti entre la vérification des contenus à publier par les community manager sur les plateformes et la production des contenus pour ma web TV. »

    Être journaliste est un métier qui nécessite d’être régulièrement au contact des autres. Quelqu’un disait que le journalisme c’est le contact et la distance. J’applique absolument cette maxime avec les nombreuses personnalités politiques, des hommes et femmes d’affaires que je rencontre régulièrement dans l’exercice de mes fonctions. Elle les côtoie dans le cadre de son travail sans en faire des amis. « Pour moi, c’est une limite vitale pour éviter un certain type de pièges ou de compromissions. Quand le contact devient un peu trop intime, les ennuis ou compromissions ne sont pas souvent loin. » Avec ses confrères et consœurs, Annie Payep entretient des relations bonnes et cordiales, empreintes de beaucoup de respect et elle en est très reconnaissante. « Dans toute profession surtout celles comme la nôtre, avoir la sympathie du public c’est bien mais avoir le respect de ses pairs c’est très valorisant. »

    Au tribunal de première instance de Bonanjo à Douala lors du #FreeRebecca

    Quelques semaines avant la rédaction de ce portrait, Annie Payep couvrait en temps réel l’évolution de l’affaire Rebecca Enonchong, la dirigeante de la société AppsTech, figure de la scène tech en Afrique francophone et dans la diaspora, qui avait été placée en garde à vue du 10 au 13 août 2021. Un dossier sur lequel on peut affirmer qu’elle s’est personnellement impliquée. « Oui, je me suis personnellement impliquée parce que Rebecca Enonchong est une personnalité très suivie et connue au-delà de nos frontières et que cette actualité intéressait plus d’un. C’est aussi un modèle pour beaucoup de jeunes femmes. Ses engagements contre les injustices, ses dénonciations et sa liberté de ton sont connus de tous et la peur était que ce soit une tentative pour la faire taire. Bien qu’étant une affaire privée, sa garde à vue jugée abusive par de nombreuses personnes a suscité inquiétude et indignation. Je suis très impliquée dans tout ce qui est justice sociale, respect des droits humains, droits des femmes, transparence dans la gouvernance et démocratie. A ce titre, il m’est déjà arrivé de soutenir plusieurs causes allant dans ce sens. Je ne conçois pas mon métier et ma posture publique autrement que de ne pas fermer les yeux sur les violations flagrantes des droits d’autrui, l’abus de pouvoir. Une fois qu’on accepte toutes ces violations, plus personne n’est en sécurité. La posture que j’ai adopté dans cette affaire est celle que j’aimerais adopter sur tout sujet d’actualité en général. Mettre Télé’Asu au cœur de l’actualité en étant présent autant que possible là où l’évènement se passe. »

    Le rêve d’Annie Payep est de devenir d’ici une dizaine d’années une grande productrice audiovisuelle et de contenus sur l’Afrique. Elle rêve d’une Afrique racontée par ses propres enfants et elle souhaiterait y apporter sa modeste contribution. « Participer à construire le nouveau discours sur l’Afrique sur internet et dans les médias est un devoir pour notre génération. »