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    Daniel Ouedraogo :
    « Mon engagement pour la jeunesse m’a mené en Afghanistan »

    « J’ai considéré que toutes les fois où je ne pouvais plus chanter en allant au travail, c’est qu’il était temps pour moi d’en changer » Citation de Daouda Thiam

    Daniel Ouedraogo est incontestablement un être de lumière. Ces mots me viennent en tête à chaque fois que je pense à ce jeune homme de 29 ans. Mais c’est aussi un don dans la vie de tous ceux qui l’entourent. Il donne beaucoup avec énergie et passion. D’ailleurs son deuxième prénom Wend-Kûuni signifie Don de Dieu en mooré, une langue du Burkina Faso. Pays dont sa famille est originaire. Daniel Ouedraogo fait partie de ma vie depuis environ huit ans. Je l’ai recruté d’abord comme assistant, puis Community manager dans l’agence digitale dans laquelle je travaillais. Je l’ai vu grandir, apprendre, se former, se renforcer et s’épanouir. Depuis lors, il exerce dans une agence humanitaire, plus précisément l’UNICEF en tant que Chargé de l’engagement des jeunes (Youth Engagement Officer). Son rôle est de développer des stratégies et de coordonner des programmes qui permettront aux jeunes d’être des acteurs de changements positifs au sein de leur communauté.
    Ces programmes touchent la santé, le plaidoyer, le genre, l’éducation, et la participation des adolescents et des jeunes dans le développement des communautés. Un travail qui demande d’être quotidiennement au contact des gens, d’être sociable et constamment à l’écoute. Des atouts importants que Daniel a développé progressivement au fil des années. « J’ai été un petit garçon avec un tempérament mitigé. J’ai été un introverti, un bègue, et ensuite, je suis devenue une petite radio, qui n’arrêtait pas de parler. »

    Daniel s’est accompli à travers des risques. ”Les mots-clés de mon parcours sont : risque et passion.” Il a commencé son parcours professionnel à travers le programme bénévole des ambassadeurs de Google. Il a ensuite rejoint l’agence digitale People Input où il a exercé comme Community manager, puis Social Media Manager pour des grandes marques telles que Orange Côte d’Ivoire, etc. Au fil des ans, il s’est rendu compte que la seule chose qui le rendait heureux était d’aider les autres, les encourager et trouver des solutions à leur problème. Il a donc décidé de démissionner de People Input pour être au service de sa communauté à travers des sessions de coaching, de lecture inspirante, et d’autres programmes. Par la suite, il a intégré le centre de leadership citoyen Social Change Factory, où il était chargé de « Voix Des Jeunes », un programme qui forme des étudiants à trouver des solutions aux problèmes de leur communauté et à les mettre en place pour un changement positif. « J’avais trouvé ma voie, le but de ma vie : Être au service de ma communauté. Ce fut une expérience magnifique marquée par la transformation de plusieurs jeunes.»

    Contre toute attente, en 2017, il reçoit un appel de l’UNICEF car plusieurs personnes l’avaient fortement recommandé pour un poste d’engagement des jeunes. Il a commencé à l’UNICEF en tant que consultant, puis administrateur des programmes d’engagement des jeunes au niveau local en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, Daniel évolue à l’international pour le compte de l’UNICEF, en Afghanistan. Il est en plein dans la réalisation de son rêve et dans l’atteinte de ses objectifs personnels. « Oui, j’ai toujours voulu aider les autres. C’est l’essence même de ma vie, mais je ne savais pas comment le faire… Mes expériences professionnelles m’ont aidé à découvrir ce que je voulais, et aujourd’hui, je ne sens pas que je travaille, je vis simplement ma passion. Ça m’apporte un bonheur indescriptible. Aider un jeune à connaître son potentiel, à réaliser son rêve n’a pas de prix.
    Avec ces jeunes, j’apprends à être patient, j’apprends à écouter et à connaître des réalités qui m’échappent, surtout les problématiques culturelles et les normes sociales en Afghanistan.

    Avec ces jeunes, j’apprends à être reconnaissant à Dieu car ils sont souvent dans une précarité sans nom, mais ils sont si résilients, excellents dans tout ce qu’ils font, sans se plaindre. Ces jeunes me donnent espoir en un monde meilleur. Ces jeunes sont l’épine dorsale de mon bonheur au boulot. »

    Daniel Ouedraogo, c’est du sourire et de la bonne humeur en permanence. Et on peut dire que ses collègues ont de la chance de l’avoir. « Nous avons de très bonnes relations. L’UNICEF est un petit monde, où nous avons besoin de tous à un certain moment pour le bien-être des enfants, alors nous collaborons autour de cette passion.”  Une journée de travail pour lui, commence toujours par le tour classique du bureau où il salue les membres de son équipe. C’est un rituel qui lui apporte beaucoup d’énergie car ce sont des échanges de sourires, de la bonne humeur, surtout dans ce contexte difficile en l’Afghanistan.
    Ensuite Daniel fait un tour sur le groupe WhatsApp de son équipe pour échanger avec les membres de son staff qui sont basés dans les autres régions de l’Afghanistan. « Nous faisons le tour des projets, ce qui a marché, ce qui n’a pas marché. Nous trouvons des solutions et chacun retourne à ses dossiers. Les journées que j’aime le plus, c’est celles où j’ai l’occasion d’aller sur le terrain dans les écoles, les villages ou les centres de jeunes afin d’échanger avec les jeunes autour des différents programmes que nous mettons en place. Voir l’impact de ce programme dans leur vie est juste le bonheur pour moi. »

    Concernant son expatriation à Kaboul en Afghanistan, c’est un choix assumé qu’il a mûrement réfléchi. Grâce à l’immense succès que ses programmes d’engagement des jeunes ont connu en Côte d’Ivoire avec l’UNICEF (U-Report, jeunes reporters, voix des jeunes, sephis tour, guide de plaidoyer, école verte), Daniel a considéré qu’il était temps pour lui de faire de nouvelles choses, dans un environnement plus difficile afin d’acquérir de nouvelles compétences. Il n’a donc pas hésité lorsque l’opportunité de l’Afghanistan s’est présentée à lui. Mine de rien, il faut quand même avoir assez de cran pour décider de se lancer dans une nouvelle aventure professionnelle dans un pays comme l’Afghanistan sachant que c’est un pays qui a été longtemps en proie à la guerre, aux attentats à la bombe et à la quasi-domination des Talibans. Du moins, c’est ce que nous renvoient quotidiennement les médias internationaux : « Les médias n’ont pas souvent tort. Beaucoup de mes collègues Afghan ne savent pas s’ils seront en vie d’ici la fin de la journée. Chaque jour est une célébration de la vie. C’est le même sentiment pour tout le reste de la population, que ce soit à Kaboul et dans d’autres régions du pays. Je retiens que l’Afghanistan est un beau pays, un paysage magnifique parsemé de montagnes et de rivières. Des fruits si sucrés et juteux. Un peuple résilient, qui continue de souffrir et qui souhaite la paix. »

    Face à son choix, la réaction de ses proches était mitigée : « Mes amis ont eu peur. Mais mes parents, étant eux-mêmes missionnaires et croyants n’ont pas eu de crainte et m’ont accompagné avec leur bénédiction. Quand l’avion atterrissait, et je voyais depuis là-haut les montagnes, la neige, je me suis dit : Mais Daniel, tu viens chercher quoi ici ? J’ai commencé à avoir peur, en pensant à ce que je voyais dans les médias concernant Kaboul. Mais j’ai été agréablement surpris : J’ai vu un peuple courtois, gentil, accueillant. Dès mon arrivée sur le campus des Nations Unies, j’ai rencontré des collègues formidables qui m’ont toute suite mis dans le bain…»

    Aujourd’hui, Daniel a réussi à s’intégrer dans ce nouvel environnement tout en étant ouvert à la culture de ce peuple qui l’a accueilli. Travailler pour une organisation peut être assez intense et chronophage au regard de l’emploi du temps et des différentes urgences. Mais Daniel a réussi à garder son équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle. Il profite de ses week-ends comme il le faisait à Abidjan, tout en s’adaptant aux coutumes du pays dans lequel il vit : « L’Afghanistan est une république islamique alors la semaine de travail débute le dimanche et s’achève le jeudi. Mes jours de week-end sont le vendredi et le samedi et nous avons un décalage horaire de +4H30 GMT. Alors il est difficile de communiquer avec les amis, la famille. Je comble mes week-ends par la lecture, la musique, le sport, et aussi des apéros et discussions avec les collègues. En cas d’urgence ou de crise, il n’y a plus de week-end : Boulot, boulot, boulot.” Parmi ses loisirs, il y a les voyages mais aussi le chant et la cuisine. « Oui, chanter, et diriger ma chorale Gospel : La New Praise Family ! C’est aussi une partie de Daniel, le chant ! J’aime aussi cuisiner mais avec toutes les urgences en Afghanistan, je n’y arrive plus. »

    De nombreux projets palpitants ont marqué le parcours professionnel de Daniel. Mais celui qui a bouleversé sa vie, c’est l’implémentation d’une plateforme pour faire entendre la voix des jeunes et apporter des solutions : U-Report. Nous sommes en septembre 2020 et il commence un nouveau chapitre de sa vie à UNICEF Afghanistan avec U-Report. Pendant ses premiers jours, son énergie était au point mort. Il pensait pouvoir répéter le succès que son équipe avait eu en Côte d’Ivoire. Après tout, plus de la moitié de la population afghane est composée d’enfants et de jeunes. Bien sûr, ils allaient adorer U-Report ! Il avait rêvé d’arriver en Afghanistan et de créer une grande communauté de U-Reporters. Son objectif était d’atteindre 100 000 jeunes en 3 mois. C’était impossible ! Il était très loin du compte. Après 3 mois, il n’y avait que 5 000 jeunes sur la plateforme. « Honnêtement, j’étais effondré, et j’ai vraiment lutté pour garder ma motivation et rester sur ma voie. »

    Au fur et à mesure, il cherche à comprendre ce pays touché par des conflits, ce pays si conservateur, ce pays où avoir un téléphone est un luxe. Il adapte donc sa stratégie. Mais rien de ce qu’il faisait ne fonctionnait. « Ma frustration grandissait chaque jour, jusqu’au jour où j’ai eu une discussion avec moi-même : Daniel, tu vas trouver un moyen de faire les choses D.I.F.F.É.R.E.M.M.E.N.T »

    Cela a commencé par une remise en question de la manière dont il travaillait. En avril 2020, dans les régions du nord et de l’est de l’Afghanistan, son équipe et lui lancent un sondage U-Report sur le thème de l’éducation. Plus de 450 jeunes s’expriment sur le fait que les enfants de leur communauté n’ont pas assez de fournitures scolaires. Il partage donc ces résultats avec l’équipe chargée de l’éducation et, en réponse, ils distribuent 1 000 sacs à dos remplis de fournitures aux élèves.

    « Lorsque nous avons distribué les célèbres sacs à dos de l’UNICEF, ma joie était indescriptible, non seulement en voyant combien les enfants étaient heureux de recevoir un nouveau cartable, mais aussi en voyant la fierté des U-Reporters qui, à ce moment-là, ont compris le pouvoir de leur voix pour créer un changement pour les moins fortunés. Ils savaient qu’ils avaient fait une différence dans leur communauté. Minute après minute, j’ai vu des visages transformés par des sourires. Des centaines de sourires. Toba, une U-Reporter, m’a dit : « Je suis si fier de pouvoir aider les enfants d’une école défavorisée de ma communauté. Je n’ai jamais pensé que le U-Report pouvait créer un changement aussi concret. Maintenant, je veux faire plus. »

    C’est un nouveau tournant pour Daniel. Leurs sourires deviennent ses sourires. Alors que sa frustration s’estompe, sa passion revient. Ensuite, toujours avec son équipe, ils organisent un live chat avec l’équipe des ressources humaines d’UNICEF Afghanistan et les jeunes. À la fin de cette session, plus de 1000 jeunes savaient comment rédiger un CV et passer un entretien d’embauche. « Le retour d’information de cette rencontre a été incroyable ! La gratitude des participants m’a donné une motivation incroyable. Je ne pouvais m’empêcher de sourire. »

    En mai 2021, durant la Journée de l’hygiène menstruelle, ils lancent un nouveau centre d’information sur U-Report. Plus de 10 000 filles reçoivent des informations sur leur période menstruelle. Il s’agit d’un sujet tabou en Afghanistan. Aujourd’hui, grâce aux informations que son équipe et lui leur ont partagées, elles ont moins peur et sont mieux préparées. Encore une fois, les réactions qu’il reçoit sur cet échange sont incroyablement positives. Et avec chaque nouvelle initiative de U-Report, leur communauté s’est agrandie. Les sourires ont engendré des sourires. Et, aujourd’hui, ils ont franchi une étape importante : 200 000 U-Reporters ! « La leçon que j’ai apprise est la suivante : Lorsque vous pensez avoir fait tout ce que vous pouviez, et qu’il semble que rien ne fonctionnera, prenez du recul, réfléchissez à la façon dont vous pouvez faire les choses différemment. Vous sentirez votre force revenir, et vous verrez un moyen de vous en sortir. Avec le sourire. Souriez et faites les choses différemment. »

    Dans 10 ans, Daniel Ouedraogo se voit atteindre les sommets de l’engagement des jeunes à l’UNICEF afin d’en apprendre davantage et se consacrer à son activité personnelle : La création d’un centre de leadership citoyen pour les jeunes en Afrique.

    NDLR: Dimanche 15 août 2021. Au moment où j’écris ces lignes, Kaboul (et tout l’Afghanistan) est définitivement tombée aux mains des talibans. Pendant que plusieurs personnels de services diplomatiques et d’organisation internationales ont décidé de quitter la ville, Daniel et son équipe ont préféré rester pour continuer leur mission humanitaire sur le terrain.