Widget Image
Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit, sed diam nonummy nibh euismod tincidunt ut laoreet dolore magna

Sorry, no posts matched your criteria.

Sign Up To The Newsletter

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetuer adipiscing elit, sed diam nonummy nibh euismod tincidunt ut laoreet

    Aminata Kane, le docteur livres qui soigne les maux de l’âme

    Il y a eu deux phases très importantes dans l’enfance du Dr. Aminata Kane, cette Chirurgienne-dentiste ivoirienne de 39 ans, mariée et mère de 8 enfants : tout d’abord, la petite fille d’avant le décès de son père, extravertie, qui avait plein d’amis et qui se promenait tout le temps.

    Puis, il y a eu un après. Une petite fille sans histoire, renfermée et malheureuse, qui a trouvé très tôt refuge dans les livres, ce qui lui a valu d’être plutôt brillante en classe. Mais au même moment, elle avait déjà beaucoup de caractère. Un trait particulier qu’elle tire de sa mère. « Elle trouvait que j’avais plus hérité de la piété de mon père qui était un homme profondément croyant, calme, doux, qui n’aimait pas les conflits. Il ne parlait que de Dieu. Je n’ai presque aucun souvenir de lui à vrai dire. Je n’avais que 6 ans lorsqu’il est décédé. »

    Aujourd’hui, Dr. Aminata Kane est une femme accomplie et épanouie qui jouit d’une grande crédibilité et d’un grand respect dans ses deux domaines de prédilection : l’odontostomatologie et la littérature. « Un proverbe de ma défunte mère Na, paix à son âme, qui me disait que même si les gens se mettaient d’accord pour me raser la tête, tout ce qu’ils me prendraient, ce sont mes cheveux mais rien de ce que j’ai dans la tête. C’est la raison pour laquelle je continue d’apprendre et je dis toujours à ce sujet que j’irai aussi loin que me portera le vent de la connaissance. »  En effet, Dr. Aminata Kane voue une profonde admiration à sa défunte mère qui a été et restera un modèle de vie pour elle. Orpheline à 4 ans de son père, la mère d’Aminata a pris en charge sa mère et certains de ses oncles et leurs familles. Et ensuite, quand elle est devenue veuve après le décès de son mari, la mère d’Aminata a dirigé la famille jusqu’à sa mort. « Na m’a appris qu’elle était un Homme. Elle était fière, battante, intelligente, courageuse, téméraire, élégante. Elle avait du caractère, une femme leader. La famille est très importante à mes yeux, celle dont je viens avant celle que j’ai construite après m’être mariée. J’ai vu comment ma mère, mes frères et sœurs m’ont soutenue et continuent de me soutenir encore aujourd’hui. Après eux, viennent mes enfants que je vois après toutes les épreuves traversées comme des dépôts de Dieu que je ne peux pas aimer plus que Lui qui me les a confiés. Je dois faire en sorte que Dieu soit fier d’eux… »

    Intéressons-nous au parcours universitaire et professionnel du Dr. Aminata Kane. Après l’obtention de son BAC D, elle suit le programme du tronc commun avant de poursuivre en 2eme année à l’UFR d’Odontostomatologie de l’Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan et de sortir ensuite avec son diplôme de chirurgie-dentaire.

    Durant ses années universitaires, elle exerce au même moment en tant qu’animatrice-journaliste dans une radio de la place. Elle rejoint ensuite le CCTOS qui est le Centre de Consultations et de Traitements Odontostomatologie du CHU de Cocody. Les étudiants destinés à sortir dentistes y font leurs armes. Elle y fait 3 choses :

    • Elle participe à l’encadrement clinique des étudiants en tant qu’affectée à l’UFR d’Odontostomatologie de l’université de Cocody.
    • Elle est membre de l’équipe de coordination qui veille au bon fonctionnement des activités depuis l’arrivée des patients jusqu’à leur prise en charge en passant par la mise à disposition des différentes équipes de tout le matériel de travail.
    • Et enfin, elle fait également des consultations.

    D’ailleurs, la plus grande joie dans son parcours professionnel fut le jour où elle a soutenu sa thèse. « Je venais de démontrer qu’on pouvait se marier au lendemain de son BAC et réussir ses études. »

    Au vu de son engagement et de sa rigueur dans ce domaine, on pourrait croire que Dr Aminata Kane a toujours rêvé d’exercer le métier de chirurgien-dentiste. Mais non. Elle avoue que c’est un choix qui lui a été imposé car au départ, elle voulait être neurologue… Néanmoins, entre les dents et les nerfs, il n’y a qu’une infime distance, n’est-ce pas ?

    En plus de son activité dans la médecine, Dr. Aminata Kane est une passionnée inconditionnelle de littérature et de partage de connaissances. Elle est très connue sur Facebook à travers ses publications très profondes, philosophiques et pleines de sagesse qui récoltent de nombreuses réactions et bénéficient d’une très grande portée. Elle reçoit souvent des témoignages de personnes qui à un instant précis se sont senties apaisées par ses publications. D’où tire-t-elle son inspiration ? Elle n’arrive pas à réellement le définir. Néanmoins, elle sait juste que quand les mots lui viennent, le besoin d’écrire est tel qu’elle est capable de se réveiller au milieu de la nuit pour écrire.  « Je m’inspire de ma vie, de mes expériences, de ce dont je suis témoin, de ce que je vois, vis et entends, de ce que les gens me racontent. Pour moi, mes mots devraient être capables de se faire mains et bras pour aller réconforter au-delà des écrans. Mes mots doivent pouvoir se faire entendre pour consoler, conseiller, parler à l’oreille de ceux qui les lisent. Pour moi, la souffrance n’a ni sexe ni religion. Elle a le visage de celui qui souffre… ».

    Il faut savoir que les livres ont littéralement sauvé la vie de Dr. Aminata Kane à un moment où elle n’avait plus de famille. Quelques mois à peine après le décès de son père, elle doit se séparer de sa mère et de tous ses repères pour poursuivre ses études primaires. « Je vous mentirais si je disais que ça a été facile. J’y ai subi des maltraitances, mais aussi des attouchements de la part d’un adulte… Heureusement qu’il y a eu les livres. Il y avait une bible à la maison et mon besoin d’être avec Dieu m’a fait, m’y plonger. Je récitais le « notre Père qui est aux cieux… ». J’allais à la catéchèse. Et progressivement lorsque j’ai décidé de me voiler, j’ai vu le mépris dans certains regards. J’ai été raillée, souvent humiliée. Je me suis fait la promesse alors que chaque fois que j’ouvrirai la bouche, j’imposerai le respect pour les femmes voilées. Et il n’y a pas meilleure manière de se distinguer que par son savoir. Ai-je besoin de vous dire où trouver le savoir ? »

    Le savoir se trouve dans les livres, et des mots pour apaiser, Dr. Aminata Kane en a fait sa spécialité. « Des mots pour apaiser » est d’ailleurs le titre de son dernier livre sorti en 2017. Un ouvrage qui est aussi celui de ses abonnés Facebook qui lui ont justement demandé de faire une compilation de ses différents textes sur Facebook. C’est un recueil de 365 pensées, une pour chaque jour de l’année autour de différentes thématiques comme l’Autre, l’épreuve, etc.

    Dans le prolongement de son amour pour les livres, Dr Aminata Kan a ouvert récemment la librairie Kena. C’est un rêve qu’elle chérissait depuis un moment et qu’elle a réussi à concrétiser. Elle rêvait d’une librairie qui ne vendrait que des livres des éditions Nouveaux Horizons. Ces éditions traduisent et publient en français des livres d’auteurs américains, les commercialisent en Afrique francophone et en Haïti, et les distribuent aux ambassades américaines qui les utilisent en appui à leurs programmes. « Plusieurs personnes avaient essayé de me décourager car elles estimaient qu’il n’y avait pas assez de marge et que je n’allais rien gagner en termes d’argent. Je me suis lancée quand-même parce que j’ai foi en le pouvoir de la connaissance. Je ne suis certes pas riche mais je suis riche des personnes que je côtoie au quotidien. Je suis riche des témoignages que je reçois de personnes dont la vie, le business et les relations ont commencé à évoluer positivement grâce à nos livres. J’ai même un ami qui m’a surnommée Dr Livres. »

    Au départ, la librairie a commencé comme une librairie en ligne. C’était en août 2019. Mais depuis le 31 mars 2021, la boutique physique est située à Cocody la Riviera 2 jardins, un quartier situé à Abidjan. C’est à coups de sacrifices et sur fonds propres que Dr. Aminata Kane a démarré cette activité éducative. Il s’agit de cinq ans d’économie, plus deux ans à se serrer la ceinture, à vendre pour payer les factures des livres, l’argent du terrain et de la voiture qu’elle voulait s’acheter. Depuis qu’elle a commencé, elle ne perçoit pas de salaire. « J’ai des collaborateurs que je paie mais pas moi. J’ai aussi bénéficié de facilités de paiement de mes différents partenaires. Je suis une grosse endettée qui se balade dans la ville tout sourire…Je dis toujours que nous ne vendons pas que des livres. Nous vendons une seconde vie et tous les outils dont les gens peuvent avoir besoin pour apprendre et réussir. Nous ne voulons pas l’argent des gens mais leur bien-être. »

    C’est pourquoi dans son approche, Dr. Aminata Kane et son équipe échangent avec le client pour cerner et comprendre ses besoins afin de lui proposer LE livre qui va changer sa vie et en faire un lecteur assidu. Dr. Aminata Kane se bat donc au quotidien pour faire vivre cette entreprise éducative. Sa plus grosse difficulté est le regard que certains portent sur les livres, surtout quand ils en banalisent l’activité et discutent les prix déjà très bas. « Mais j’ai conscience que c’est un travail de longue haleine. On y arrivera. »

    Parmi ses fidèles lecteurs, on trouve de nombreux enfants qui passent énormément de temps dans sa bibliothèque Ici on lit, Ensuite on joue. Dr. Aminata Kane adore les enfants pour leur authenticité. Au-delà, il s’agit pour elle d’aller semer en eux la passion et l’amour des livres. « Les enfants sont vrais, spontanés. Ils ne calculent pas. J’adore leur compagnie parce qu’ils m’apprennent à être plus patiente, à négocier, à parler leur langage. L’école ne fait pas tout et les parents peuvent se sentir très vite débordés. Je veux pouvoir laisser quelque chose à ces enfants. Quand je serai vieille, je voudrais que l’un d’entre eux me reconnaisse et me dise combien mes programmes lui ont apporté… »

    Dr. Aminata Kane est très active auprès de sa communauté à travers les différentes activités extra-professionnelles auxquelles elle prend part régulièrement. Elle collabore régulièrement avec diverses ambassades et en particulier avec l’ambassade des États-Unis d’Amérique. Son premier contact avec l’ambassade s’est fait en 2008 alors qu’elle était la vice-présidente de l’AEEMCI (Association des élèves et étudiants musulmans de Côte d’Ivoire), chargée des cellules féminines. Elle a pris part à un projet de lutte contre les violences en milieu scolaire contre les petites filles. C’était un comité restreint de 8 associations qui avaient été choisies dont la sienne, l’AEEMCI.

    En 2009, elle participe au programme des visiteurs internationaux qui est un programme de 3 semaines aux USA, avec 4 états visités et plusieurs villes.

    En 2010, Elle fait partie de la première génération de jeunes africains leaders invités par Obama. En 2011, c’est Michelle Obama qui les reçoit en Afrique du Sud. « En 2013, c’est à Dakar que nous sommes invités pour le lancement officiel du YALI (Young African Leaders Initiative).. Qu’est-ce que j’en ai tiré ? Énormément de choses. J’y ai appris combien le temps est précieux. J’y ai vu que si nos pays africains étaient un peu plus disciplinés, nous irions très loin. J’y ai vu la tolérance religieuse. J’y ai vu du respect.

    Je suis rentrée avec plus de détermination et l’envie d’apporter moi aussi ma pierre à l’édification de mon pays, d’où justement mes différentes initiatives. »  Dr. Aminata Kane travaille régulièrement avec des organisations féminines et féministes dont l’association des femmes juristes, l’association de Rachel Gogoua, La Ligue des Femmes, etc.

    Il y a 24 heures dans une journée mais on a l’impression que dans celle de Dr. Aminata Kane, c’est plutôt le double. Et à ce rythme effréné, notre système interne peut très vite s’enrayer et on peut même avoir envie de tout abandonner. Raison pour laquelle elle met un point d’honneur à toujours trouver l’équilibre. « Je m’évade en écrivant. Je me retrouve à la plage quand j’ai besoin de me déconnecter. Je me coupe alors de tout. Je lis. J’écris. Je prie. Je fais du sport. Je chante. Je danse. Je sors avec mes enfants. Je me fais plaisir en m’offrant une mousse au chocolat. Je me rappelle à quel point j’ai de la valeur… »

    Un détail qui ne nous aura pas échappé : Le voile de Dr. Aminata Kane. Elle a commencé à se voiler en 1998. Elle avait alors 16 ans et était en classe de seconde. « Avant ce n’était pas le cas. J’étais plutôt dans la team mini-jupe et mèches…En fait, avant d’arriver au lycée, j’avais commencé ma transition en modifiant ma garde-robe. J’avais troqué tout ce qui était court contre des chemises manches longues et de longues jupes. Une fois au lycée, il ne me restait plus qu’à couvrir mes cheveux. Le déclic, c’est une phrase que m’a dite mon grand-frère en 1997…Il était allé chercher mes résultats du BEPC. Ma mère lui avait dit qu’une fois en possession de mon résultat, d’appeler si c’était positif et de rentrer directement à la maison si je n’avais pas l’examen. L’attente a été infernale…Mes amis appelaient pour me communiquer leurs résultats et moi j’attendais toujours le mien. Il est finalement arrivé, sans appeler et il a dit : « ça n’a pas marché. » Je me suis retrouvée par terre prête à pleurer et il a poursuivi avec : « Salue-moi ici, ça a marché. » avant d’ajouter cette phrase qui résonne encore dans tout mon être : « Va remercier le Dieu qui t’a donné ton examen. A l’époque, je ne priais pas, je ne jeûnais pas. Rien de rien, mais depuis ce jour, ma relation avec Dieu a pris un tournant décisif. Trois mois après les résultats, mon meilleur ami Anderson est mort à 16 ans d’une insuffisance rénale, un élève brillant…. La vie est si fragile…et si courte qu’il faut très tôt se réconcilier avec Dieu car nul ne sait le moment de sa mort… »

    Dans un monde de plus en plus intolérant, Dr. Aminata Kane se retrouve parfois confrontée à l’hostilité de certaines personnes. Des attitudes blessantes qu’elle gère avec le sourire et la bienveillance. « Oui surtout avec les attentats du 11 septembre au moment de voyager et de passer les contrôles. Dans un pays de la sous-région, j’ai été refoulée devant un stade où le président de la république était attendu. Raison évoquée, ma robe noire ne passait pas. On craignait que j’eusse dissimulé une bombe. Je suis convaincue que seule la tolérance arrive à bout de l’intolérance car là où il y a de l’intolérance, il y a de l’ignorance. Se dire que les gens sont intolérants parce que ignorants de votre façon de vivre et de vous habiller permet de relativiser les choses et de désamorcer les tensions puis d’agir avec sagesse. J’ai plutôt de la peine pour les personnes intolérantes. Je m’emploie à ne pas leur en vouloir. SI j’ai l’occasion d’expliquer, je le fais. Sinon il n’y pas meilleure réponse aux intolérants qu’une vraie leçon de tolérance et de savoir-vivre. »

    Malgré toutes les difficultés qu’elle rencontre, Dr. Aminata Kane se projette dans le futur et souhaite étendre les activités de sa librairie dans la sous-région. Fascinée par ce domaine, elle envisage également de faire son doctorat en neurosciences. Elle prévoit également d’ouvrir plein d’autres centres “Ici on lit ensuite on joue ”, et même une école et un orphelinat. « Je suis loin d’avoir atteint mes objectifs à tous les niveaux parce que je suis extrêmement critique vis-à-vis de moi-même. Je ne sais pas si je suis heureuse mais je suis certaine que je ne suis pas malheureuse et j’atteindrai mes objectifs. »