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    Nadi Jessica, ce petit bout de femme qui a dompté la photographie

    Petite, menue, très fine, vêtue d’un jean, certainement d’une chemise à carreaux, parfois un sourire en coin et toujours un appareil photo vissé au cou. Si vous assistez à un événement à Abidjan et que vous croisez une jeune femme qui correspond à cette description, il s’agit peut-être de la photographe professionnelle ivoirienne, Nadi Jessica Dago.

    Je la côtoie depuis environ 4 ans, et dès le départ, j’ai été subjuguée par la qualité de son travail artistique. Et pourtant rien ne la prédestinait à embrasser un jour ce métier.

    Petite, elle s’est tour à tour rêvée médecin, puis juge et ensuite dessinatrice.  « Je me permettais de changer à chaque fois parce que je suis une rêveuse. » Une enfant rêveuse mais aussi très timide, réservée et introvertie. Elle avait des difficultés à communiquer avec les personnes autour d’elle et cela l’a donc rendu très observatrice. “On m’appelait la petite fille sage”. Et la petite Nadi est devenue “grande” car quelques années plus tard, elle obtient son BTS en Communication visuelle à l’École de Spécialité Multimédia d’Abidjan (ESMA). Elle fait ensuite un stage au programme GPE, puis un autre stage à KAYMU (aujourd’hui Jumia Market place). En 2017, elle commence à apprendre la photographie. Le déclic survient lors de sa formation au programme SHEISTHECODE, une formation de 6 mois, initiée par l’ONG Akendewa, qui vise à former des femmes africaines de 18 à 35 ans à la programmation et la gestion numérique. “Au cours de cette formation, j’ai rencontré plusieurs femmes avec des parcours très inspirants. Les rencontres avec Edith Brou, Nnenna Mkwama et Ana Ballo m’ont vraiment amené à prendre cette décision et m’engager à fond.” La même année, elle devient bénévole à l’ONG Akendewa.

    De juillet à novembre 2017, elle est embauchée comme photographe au sein de l’agence Madox. Depuis 2018, elle a décidé de voler de ses propres ailes en se mettant à son propre compte : “ Je suis une travailleuse libérale et consultante pour certaines entreprises. Je travaille avec une équipe, j’ai maintenant une assistante, un photographe en free-lance et un monteur pour la partie vidéo.  Je vis pleinement et financièrement grâce à la photo et je bénis Dieu pour cette grâce. ”

    Ce mental d’acier, elle le tient de sa mère qui représente son principal modèle d’inspiration dans la vie. “Pour moi, c’est un modèle de combativité. Elle a toujours été là, en se battant pour nous. Je suis issue d’une famille disloquée et chaque jour, je voyais ma mère se démener pour maintenir la famille.”

    Grâce à la qualité de son travail et à sa détermination, Nadi Jessica a accumulé plusieurs grandes références parmi ses clients : CARE Foundation, Agence Française de Développement (AFD), Le Conseil des arts du Canada, l’Ambassade du Canada en Côte d’Ivoire, UNICEF, UNFPA, UNITAID, Earthworm, Friedrich Naumann Foundation, Comoé Capital. « Voici entre autres quelques clients qui ont bien voulu me faire confiance. J’ai travaillé sur plusieurs beaux projets qui ont contribué à me faire devenir celle que je suis. Je vais parler du projet récent qui m’a marquée. Il s’agit du projet photo Covid-19 pour le compte de CARE Côte d’Ivoire, qui m’a permis de rencontrer des femmes exceptionnelles, des battantes qui tiennent leurs familles malgré la crise sanitaire due à la pandémie. Ce fut vraiment un honneur de les avoir devant mon objectif et d’écrire leurs histoires inspirantes.”

    Au quotidien, Nadi Jessica Dago utilise deux Appareils Photos Numériques qu’elle appelle affectueusement ses bébés. Son premier APN, le canon 6d mark II et le deuxième, le canon 700d qui est là en cas de besoin. Elle utilise parfois son smartphone – qui n’est d’ailleurs pas un haut de gamme – pour réaliser des shoots qui n’auraient rien à envier à ceux fait avec un appareil photo professionnel. C’est vrai que pour être un bon photographe, il faut connaître la technique et les règles de la photographie mais il faut aussi aller au-delà car la photographie est un métier de sociabilité. Et selon Nadi Jessica, un bon photographe réunit ces 4 éléments :

    • La passion : c’est elle qui vous donnera la force d’avancer quand tout sera difficile. C’est avec la passion qu’on ne compte pas le temps et on veut toujours apprendre pour aller de l’avant.
    • La patience : d’abord parce qu’on ne devient pas bon photographe en un rien de temps, il faut du temps pour apprendre. Et ensuite il faut de la patience pour prendre en photo certains sujets ou attendre le bon moment pour avoir une photo particulière.
    • La persévérance : parce qu’il faut persévérer en travaillant
    • Le sens de l’observation et la curiosité

    “Ensemble, on est plus fort” Nadi Jessica Dago s’est approprié cette citation pour entretenir et renforcer les liens avec ses collègues photographes. “J’ai de très bonnes relations. Je n’hésite pas à mettre en avant un autre photographe quand il fait du bon boulot. Pour moi, c’est comme une grande famille.” Elle participe souvent à des activités communes avec eux telles que les photowalks, des master classes et séances de formation.

    Les journées de Nadi ne sont jamais les mêmes et c’est ce qui la fascine certainement dans son métier. Elles débutent toutes de la même manière : réveil, méditation quotidienne, prière et élaboration du planning de la journée. “Il y en a certaines qui sont quasiment pleines et durant lesquelles j’ai des shooting photos ou des reportages à faire. Il y a des journées plutôt calmes où je suis à la maison. Dans ce cas, je m’occupe de faire l’édition de photos et de réfléchir sur certains projets.”

    Mais tout n’a pas été rose dans le parcours de Nadi Jessica Dago. En tant que femme photographe, elle a dû faire face à quelques coups durs de la vie. “Je ne pense pas avoir souffert de préjugés. Je suis peut-être souvent confrontée à l’attitude de certaines personnes qui sont étonnées quand ils me rencontrent, aussi de certaines personnes qui me demandent comment je fais par rapport à la gestion de ma famille, si mon fiancé est d’accord quand je pars en mission sur de longues périodes. Une fois, un monsieur m’a dit que je faisais ce genre de métier grâce à mon compagnon car selon ses dires c’est mon compagnon qui a payé mes équipements et qu’une femme ne peut pas faire une telle chose toute seule. J’étais sidéré par de tels propos, à cette période, j’étais célibataire et j’étais la seule personne à débourser de l’argent pour m’équiper.”  Au quotidien, elle est confrontée à la mentalité que les gens ont de la photographie. “Beaucoup de personnes ne considèrent pas le métier de photographe comme un métier à part entière. Ils pensent que c’est tellement facile qu’il n’y a pas assez de réflexion, qu’il faut juste appuyer sur le déclencheur pour réaliser une photo. Ils ne savent pas qu’il y a tout un travail derrière une photo.”

    Malgré ces écueils, elle garde espoir car selon elle, la femme africaine a sa place dans la photographie, même si elle est sous-représentée. Elle fait partie de cette génération qui veut montrer l’Afrique autrement et surtout raconter la femme africaine. “Ces dernières années, de plus en plus de femmes commencent à s’intéresser à la photographie et cela me réjouit beaucoup.”

    La famille occupe une grande place dans la vie de Nadi Jessica. “L’approbation des miens est importante pour moi ; c’est pourquoi j’ai souffert du fait que ma mère ne comprenait pas la voie que j’avais choisie. Mais aujourd’hui, ça va car depuis l’année dernière – après ma première expo photo collective- elle a accepté et m’a béni dans cette voie.Quant à mon fiancé, il exerce aussi dans le domaine de l’audio-visuel donc il est plus que compréhensible et il me soutient dans mes projets.”

    Nadi Jessica se projette déjà dans l’avenir. Elle prévoit l’ouverture de son studio photo et d’une agence audio-visuelle spécialisée dans la production et la réalisation de contenus vidéos. A long terme, elle envisage la création d’un institut ou d’une faculté universitaire consacré à l’art de la photographie. “A 50 ans, je me vois être une photographe internationale faisant des expos. Je me vois aussi partager mes connaissances aux nouvelles générations.”

    Ce petit bout de femme passionnée de photographie, reste donc chaque jour concentrée sur ses objectifs grâce à cette phrase qui la motive au quotidien : “ Tout est possible à celui qui croit.” Marc 9 :23