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    Roland Polman, ce jeune dessinateur de presse qui croque l’actualité ivoirienne

    J’adore lire l’actualité sous le prisme d’une bande dessinée. Je suis fascinée par la facilité et la dextérité avec lesquelles les dessinateurs de presse arrivent à résumer – avec une pointe d’ironie – l’essentiel en une seule image.

    Depuis de nombreuses années, j’ai la chance de suivre l’évolution du jeune ivoirien, Roland Polman: un journaliste de formation – âgé de 32 ans – qui s’est mué au fil du temps et par amour, en dessinateur de presse et bandes dessinées. Toujours un sourire en coin et ce visage jeune sur lequel le temps ne semble avoir aucun effet comme Pharrell Williams (rire), il se définit comme calme, indépendant, créatif, rieur et attaché à sa foi chrétienne.

    En 2009, alors étudiant en droit, il commence à écrire pour Avenue225, le premier site d’information citoyenne de Côte d’Ivoire. Après quelques mois de rédaction, il se met à dessiner les informations pour combler le manque de photos, puis il anime une rubrique de dessins de presse.

    La même année, il crée le premier BD blog de Côte d’Ivoire. Il y publiera des dessins sur la société. En 2011, il dessine avec un trait d’humour les informations quotidiennes relatives à la crise post-électorale. Il sera élu meilleur blogueur du pays cette année-là. Quelques mois plus tard, en septembre, il lance Caric-actu, un site d’actu dessinée avec une équipe de sept personnes. En 2013, Le projet remporte 10 000 dollars lors d’un concours de business plan.

    “En 2013, J’avais besoin que Caric-actu gagne en qualité, qu’il informe ses lecteurs au lieu de seulement les faire rire de l’actualité du jour. J’avais besoin d’apprendre comment faire un média de qualité. Je quitte donc mon poste en agence de communication pour étudier dans la meilleure école de journalisme de France.” Il est diplômé en 2015 et reste un an en France en tant que journaliste indépendant.

    De l’été 2013 à l’été 2014, Roland a vu se réaliser beaucoup de choses qu’il souhaitait se voir réaliser dans le secret de son cœur : Pour son anniversaire, il a visité le musée de la BD à Bruxelles, le festival de BD d’Angoulême et il a rencontré des auteurs qu’il admirait. Il a aussi travaillé pendant deux mois à La Revue Dessinée, un trimestriel français d’enquêtes, de reportages et documentaires en bandes dessinées. “Cette expérience était exactement tout ce que je souhaitais mettre en place en Afrique : un média de qualité qui informe et éduque ses lecteurs en dessins et qui est indépendant de toute influence politique et économique ! Le tout, géré par une équipe à taille humaine. J’ai eu la chance de vivre mon rêve professionnel ! Il m’a fallu un mois pour m’en rendre compte.

    Pendant cette période, il prend le temps de préparer son projet. En attendant de le lancer, il travaille en tant que consultant en communication auprès d’un cabinet d’expertise comptable et d’une boîte de logiciels. Et parallèlement, il se rend au Canada pour visiter un journal qui a réussi sa transition numérique et apprendre de leurs bonnes pratiques. Il se rendra également aux Etats-Unis grâce au programme du département d’Etat américain, YALI (Young African Leaders Initiative ) pour développer ses compétences en leadership.

    De retour en Côte d’Ivoire, Roland a lancé Leneuf.info, un magazine d’infos dessinées dont la mission est de créer une prise de conscience et étendre les connaissances de ses lecteurs au sujet des réalités sociales et économiques. “Pourquoi ? Parce que le changement de comportements commence par là. Parce que la presse locale, aux ordres des partis et des hommes politiques, ne permet pas d’être informé correctement.”, ajoute-t-il avec conviction.

    En parallèle, son entreprise se rémunère grâce à des services de rédaction, dessin et design pour aider ainsi les entreprises à communiquer et sensibiliser efficacement.

    Comme il le précise, son retour dans son pays natal a essentiellement un but professionnel : contribuer au développement et au changement social de l’Afrique une personne et un pays à la fois. “J’aurais pu le faire de loin. Mais c’est un détour et des efforts en plus. Je souhaite ajouter que c’était mon plan dès le départ. Je suis parti étudier en France parce que j’avais besoin d’évoluer dans mon domaine. Depuis un bon moment déjà, je souhaitais faire de Caric-actu, le site d’actualités dessinées que j’avais créé, un média qui informe plutôt qu’un site qui rit de l’actualité. Je voulais également créer un contenu qui dure et qui ne devienne pas obsolète dans l’heure qui suit. Les devanciers auxquels je m’adressais n’avaient pas la réponse à la question. Je me sentais frustré. Alors j’ai décidé d’aller apprendre le journalisme afin de tracer ma propre voie. L’idée était de me former assez bien afin de revenir insuffler ces connaissances à mon projet de média dessiné.”

    Roland vit et respire pour le monde de l’écriture et le dessin de presse. Enfant déjà, il se plongeait éperdument dans la lecture de romans. “Je jouais certes au foot sans en être passionné. Il s’agissait plus de sociabiliser. Je me sentais mieux dans la lecture et le dessin.”

    S’il n’était pas devenu dessinateur de presse, il aurait certainement pu évoluer dans les métiers de la création, le conseil ou l’enseignement. Ayant étudié le droit, il aurait même pu envisager une carrière de juriste ou enseigner le droit par exemple. “En terminale, lors d’un cours de philosophie, je me suis dit que ma vocation c’est d’être éditeur. Accompagner la création et la publication d’histoires de qualité qui divertissent et enrichissent la vie des lecteurs. A défaut de publier, j’écrirai des histoires. Des histoires vraies, de gens du quotidien. Des histoires qui disent comment ils vivent, se battent, innovent ou souffrent. Sinon je travaillerais dans la communication : rédacteur et illustrateur. J’ai exercé dans ce domaine d’ailleurs. Je me passionne depuis peu pour la communication et le changement de comportements.”

    Mais tout n’est pas rose dans le monde du dessin de presse. Il y a tout d’abord les difficultés financières. Roland avoue faire de son mieux pour payer correctement ses collaborateurs. Pour lui, il en va de la qualité de ce qu’il produit. “Je prévois de travailler avec d’autres journalistes professionnels pour produire des informations de qualité. Ça coûte cher. Mais j’ai confiance d’y arriver !”

    La pandémie de la Covid-19 lui a fait mettre un genou à terre : plusieurs de ses contrats de création n’ont malheureusement pas pu être concrétisés. Il y a également ces lecteurs qui le mettent dans une case politique. “Ils sont tellement habitués à ce que les journalistes locaux soient partisans, que pour eux je le suis forcément. Je suis certes engagé pour la société civile. Mais dans aucun camp politique.”

    Roland Polman est aussi tiraillé entre ses doutes et ses peurs: celle de ne pas réaliser son potentiel, ne pas aller au bout des rêves qu’il caresse, ne pas pouvoir créer un jour, une industrie de la BD comme au Japon (magazines, livres et produits dérivés), celle de ne pas rester « vrai » envers lui-même, de prendre un chemin certes intéressant mais qui ne lui correspond pas et enfin, celle de ne pas pouvoir informer et éduquer en BD tout en s’amusant…”Cela fait que je m’analyse souvent. J’essaie autant que possible de rester authentique.”

    Tant de questionnements intérieurs qui lui ont parfois donné l’envie de tout abandonner. “Oui c’est arrivé. Plusieurs fois. Seulement, j’aurais eu le sentiment de me trahir. Je suis convaincu que ce que j’entreprends est utile aux gens qui me lisent. Et si je peux enrichir la vie de quelqu’un par mon travail, je me dis que je n’ai pas le droit d’arrêter.”

    Et dans cette aventure humaine, il peut compter sur le soutien de sa famille. Enfant, son père l’a toujours soutenu dans ses dessins. Même quand il ne pensait pas faire carrière. Aujourd’hui il a le soutien de la plupart des gens. Même si tout le monde ne comprend pas encore ce qu’il fait. “J’ai des personnes qui croient en moi.”

    D’un autre côté, Roland croit aussi à l’influence qu’ont eu certaines personnalités sur son parcours. Il reconnaît avoir longtemps été inspiré par Steve Jobs. Il appréciait sa manière d’approcher les choses différemment sans forcément suivre les tendances de l’industrie. Il y a également le suisse Patrick Chappatte qui l’inspire énormément dans son travail de dessinateur d’information. “Je l’ai découvert en 2006. Il avait réalisé un reportage dessiné sur la Côte d’Ivoire. Cette bande dessinée de quelques pages m’avait aidé à comprendre la situation de mon pays mieux que tous les articles que j’avais pu voir dans la presse et la télévision locale. C’était clair, équilibré, sans parti pris et factuel. Je me souviens m’être dit après lecture : c’est comme ça que les informations doivent être ! Je ne pensais pas à l’époque devenir journaliste, encore moins dessinateur de presse. Mais quand quelques années plus tard j’ai commencé ce métier, Chappatte est devenu ma référence absolue ! Quand je galère, je me demande comment il aurait traité cette information-là.”

    Récemment, Roland Polman a marqué un véritable coup d’éclat en publiant en librairie, une nouvelle œuvre, L’Arafatologie. Il s’agit d’un lexique illustré en humour et avec bienveillance, de cinquante expressions du célèbre et mythique artiste de coupé-décalé, DJ Arafat (décédé à Abidjan le 12 août 2019 dans un tragique accident de moto). Les fans du chanteur ont dévalisé les librairies pour se procurer ce petit bijou littéraire inédit. “C’est Nimba éditions, mon éditeur qui m’a soumis l’idée. Ça peut surprendre mais je n’avais jamais écouté le DJ avant cela. Une fois le projet compris, j’ai décidé d’employer une démarche de recherche. Afin de collecter des expressions, j’ai écouté ses interventions dans la presse, sur les réseaux sociaux et ses chansons. La sélection est le résultat de la curiosité – la mienne et celle de mon éditrice- combinée aux souvenirs de ses fans. Le processus a duré deux mois. De la recherche au dessin en passant par l’écriture.”

    Roland Polman voit loin…A moyen terme, il compte renforcer le développement de son média, publier au moins deux BD d’information par mois et informer des dizaines de milliers de personnes. “A long terme, je souhaite en faire un média panafricain avec des salles de rédaction dans chaque pays ou région couverte !”