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    Sara Coulibaly, la mère des poupées noires ivoiriennes

    « Il paraît que notre cœur connaît le chemin et qu’il est la source. De plus, c’est de la passion du cœur que naît la force qui permet de transcender toutes les difficultés. » Ces mots de Sara Coulibaly, c’est comme si elle me les susurrait à l’oreille…Quelle profondeur !

    Cette ivoirienne d’une trentaine d’années fait partie du panthéon de femmes entrepreneures qui m’inspire au quotidien depuis quelques années. Mère de deux magnifiques enfants, fondatrice de NAYA HOLDING et conceptrice des poupées noires, Naïmadolls. Elle croit fermement en un lendemain meilleur pour l’Afrique et se dédie à la valorisation de celle-ci en s’inspirant de ses cultures et traditions pour la création de ses jouets.

    C’est une femme d’affaires dans l’âme.

    Plus jeune, Sara Coulibaly avait déjà le sens du business. Elle est de nature très indépendante. “ Je n’aimais pas tendre la main alors qu’à 14, 15 ans, c’est tout ce qu’il a de plus légitime. Je faisais de petits commerces pas forcément par besoin crucial mais juste pour avoir mon indépendance financière ; et cela même vis à vis de mes parents.”

    Grâce à ses petites activités génératrices de revenus avec ses amies de classe, Sara a très tôt compris qu’entreprendre pouvait lui permettre d’aspirer à cette autonomie qui fait partie de son ADN.

    Adulte, elle a réussi – en l’espace de quelques années – à révolutionner l’univers de la poupée en Afrique et dans le monde avec Naima Dolls.

    Son parcours professionnel débute à l’étranger.  Après l’obtention de son baccalauréat en Côte d’Ivoire, elle s’installe en Belgique pour y poursuivre des études en architecture. Elle intègre LA CAMBRE, l’une des meilleures écoles d’architecture de Belgique. Mais au bout de quelques années d’études, elle se lasse de la bureaucratie et de la routine qui accompagne le métier d’architecte. Son diplôme de dessinateur en Architecture en poche, elle s’installe en France. Elle y glane respectivement les diplômes suivants : un master en expertise immobilière et un master en intelligence économique.

    Puis en 2010, auréolée de toutes ces nouvelles compétences, elle décide de regagner son pays pour y trouver du travail. Mais en raison de la crise socio-politique que traverse la Côte d’Ivoire à ce moment précis, elle se voit donc obligée de rester en France. “Après quelques mois de recherche d’emplois infructueuses, j’ai commencé à confectionner des accessoires et chaussures en Wax pour mes amies et proches. Ayant toujours été très créative, je faisais mes chaussures moi-même dans mon appartement d’étudiante.”

    Grâce à la magie des réseau sociaux, les chaussures rencontrent un succès inattendu. Sara décide donc de surfer sur la vague de ce retour positif du marché, en améliorant sa technique. Objectif : Augmenter la qualité de ses produits. Comme beaucoup d’entrepreneurs, elle ne se paie pas dans ses débuts. Elle priorise ses charges et économise chaque euro gagné dans l’espoir de passer à une production industrielle. Au final, ce qu’elle considérait comme un passe-temps artisanal est donc devenu au bout de quelques années d’effort, une marque de chaussures de luxe d’inspiration ethnique. “Je l’ai appelé MyMiry ce qui signifie en Malinké* : ma pensée. Je l’ai fait car je vendais mes idées matérialisées.”

    Grâce à MyMiry, elle a fini Major de sa promotion à l’université de Cergy Pontoise (France). Car en parallèle de sa vie d’entrepreneure, elle continuait ses études. Elle y décroché un DU en création d’entreprise. Ce projet business lui a permis d’expérimenter véritablement la magie du travail bien fait. “ Ça m’a ouvert des portes. Car sur une terre étrangère et sans aide, je suis passée d’une chambre à une usine.” L’un des moments forts de cette première partie de sa vie d’entrepreneure a été l’adoption massive de ses produits par des personnes de cultures étrangères. Ses produits ont fait le tour du monde jusqu’en Asie ! En mettant sa culture en lumière, elle a connu ses premiers succès. Elle est devenue la deuxième femme noire à être nommée ambassadrice de l’université de Cergy Pontoise. “Je suis heureuse de faire partie de cette génération de jeunes Africains qui a compris l’importance d’affirmer son identité là-bas à l’étranger, avant dans de rentrer dans leurs pays respectifs. Aujourd’hui, je suis heureuse de voir des personnes comme Diane Audrey au Cameroun, Fati Niang au Sénégal ou encore Paola Audrey, briller. Je suis heureuse de voir que nous étions sur la bonne voie.”

    En 2014, Sara Coulibaly se lance dans un nouveau projet entrepreneurial alors qu’elle attend la naissance de sa fille aînée : Naïma. “J’avais 23 ans lorsque je faisais My Miry. Et 5 ans plus tard, j’étais persuadée que plusieurs de mes clientes étaient déjà ou allaient comme moi, devenir des mamans. Il était évident, qu’après avoir fait le choix de revendiquer et porter notre identité africaine, nous ne pouvions pas faire des choix différents pour nos enfants.” En effet, la majorité de ses clientes étaient justement ses femmes qui avaient pris conscience de leur identité, la portait et la revendiquait haut et fort. Sara Coulibaly savait donc que ce manque de représentation qu’elle avait ressenti en faisant le trousseau de sa fille, allait être forcément ressenti par plusieurs des femmes de sa génération. “Alors, j’ai décidé de créer pour ma fille Naïma et pour les autres enfants, ce que nous ne trouvions pas en rayon pour nos enfants :  des poupées, des jouets qui leur ressemblent.”

    C’est ainsi que Naïmadolls, la marque de poupée africaine, est née.

    La première poupée a été fabriquée aussi simplement que sa toute première paire de chaussure : par de la customisation dans son appartement. Après avoir réussi à obtenir un design qui lui convenait, elle a trouvé la première usine, conçu son site de e-commerce et l’aventure a démarré. “En tant qu’entrepreneur, je suis une adepte des petits pas. Je le dis souvent ; je crois véritablement aux débuts simples portés par la volonté et les moyens qu’on a ; même s’ils sont modestes.

    Bien évidemment, choisir de tels débuts implique un investissement quotidien dans l’amélioration de son produit.”

    Les poupées ont été très bien accueillies par sa base de clientes qui étaient principalement composée de personnes issues de la diaspora et qui connaissait déjà son travail. Son canal de vente étant un site web, ses premières ventes venaient principalement de l’étranger. “En Europe, il y avait encore quelques préjugés et des appréhensions quant à la beauté et à la qualité des jouets africains. Mais au fil du temps, tout cela s’est résorbé.” Et des difficultés, Sara en a rencontré au début de l’aventure Naïma Dolls. Elles concernent principalement les ressources humaines, le financement et la distribution en Europe. Sans oublier un frein majeur, le fameux plafond de verre qui ne lui permettait pas d’aller aussi loin qu’elle le voulait. “Tout entrepreneur rencontre au quotidien des problèmes que je pourrais qualifier de dénominateur commun. J’ai fait quelques petites erreurs de débutante que je ne cache pas. Je trouve d’ailleurs qu’il est important de le dire car c’est tout cela qui permet de gagner en maturité. A l’époque, je n’avais que 23 ans.”

    Quelques années plus tard, Sara retourne à Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Elle y consolide ses ressources humaines et s’installe dans un grand bâtiment à plusieurs niveaux, capable d’accueillir un atelier. Au niveau de l’administration, elle s’est entourée d’une équipe de quinze personnes réparties en quatre départements : la création, l’édition, le marketing/communication et le commercial. Son équipe est également composée de journalières, organisées en deux groupes. Tout d’abord, vingt femmes dédiées à l’atelier de couture (deux équipes de dix) qui se relaient et s’occupent de la confection des vêtements des poupées. Ensuite, trente et quarante femmes – dépendamment du volume de production- à l’atelier qui sont en charge du conditionnement et de la mise en boîte des jouets.  Il y a également deux illustratrices free-lance qui interviennent au département édition. C’est un choix : son équipe est 100% féminine. “Je suis une entrepreneure engagée dans la cause des femmes parce que je crois fermement que nous les femmes, ferons de grandes choses en Afrique.”

    Un autre point sur lequel Sara a dû rapidement s’adapter dans le développement des poupées Naïmadolls : le prix. Au début, en raison des volumes bas, ses produits coûtaient en moyenne 25.000 Fcfa (environ 38 euros). Aujourd’hui, ses tarifs varient de 9.000 à 19.900 FCFA (13,70 à 30,28 euros).  En effet, à chaque fois qu’elle franchit un palier en termes de volume, elle met un point d’honneur à ajuster ses prix.

    Elle applique cette technique depuis 5 ans et cela lui a permis de créer en 2020, une nouvelle marque de jouets grand public appelée Kalao. “Kalao se veut être une alternative aux jouets de mauvaise qualité qu’on trouve sur les marchés africains et surtout une offre pour permettre à tous les enfants quel que soit leur milieu social d’avoir un jouet qui leur ressemble. Les jouets Kalao varient de 1.300 à 5.000 FCFA (1,97 à 7,60 euros)”

    Mais toute croissance exponentielle dans un business ne se fait pas sans moments de douleur et de déception. Le monde des affaires est un monde dur où les intérêts et l’appât du gain peuvent primer sur les valeurs.

    Et cela, Sara Coulibaly l’a expérimenté en 2019. “L’an dernier, j’ai été victime de vol et d’abus de confiance par des proches collaborateurs. Ça a été une de mes plus grandes déceptions. Mais également une leçon.”

    Ce qu’elle considère également comme une autre déception, c’est le fait – qu’au moment où j’écris ce portrait – elle n’a toujours pas bénéficié d’un quelconque appui des institutions de son pays, et ce, malgré son brillant parcours.

    Et la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19, a entraîné un ralentissement de son activité. N’ayant pas d’usine locale pour la production, elle est malheureusement dépendante de ses fournisseurs étrangers. “Maintenant que la situation s’est régularisée, nous nous battons pour rattraper le retard afin de faire une belle fin d’année 2020.”

    Mais malgré ces quelques écueils, Sara a obtenu de nombreuses victoires qu’elle qualifie de collectives. Notamment le grand prix 2020 de la fondation BJKD et le prix de l’Excellence 2020. Elle a également été choisi par la Chambre de Commerce pour représenter son pays au Bahreïn (elle était d’ailleurs la seule femme de la délégation). “Et pour finir, je dirais que la signature dans la grande distribution à l’étranger est une de nos plus belles victoires. Les nuits blanches que nous passons à l’atelier sont aussi moments forts pour mon équipe et moi.”

    Sara Coulibaly n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers. En plus de Naimadolls, elle est également propriétaire de la chaîne de salons de coiffures spécialisées pour enfants : Kids Concept. “Au-delà de l’autonomisation des femmes, je m’engage aussi pour la cause de nos enfants. Je considère tous ses enfants comme mien et je militerais tant que je peux pour leur bien-être, leurs droits et leur éducation. Je serais toujours leur maman, leur tata Sara et leur avocate.”