Wilma Sickout Assele « J’ai vaincu la dépression grâce à la puissance de l’art africain»

« Compliquée, passionnée et honnête », c’est ainsi que se définit Marie Wilma Sickout Assele, la décoratrice et critique d’art gabonaise. Je rajouterai spontanée et écorchée vive…

Propriétaire depuis plusieurs années de Kay-Anne Galery, une galerie d’art, Wilma est pourtant désormais sous le feu des projecteurs depuis la réouverture de cet espace. « Ma galerie est un savant mélange entre les créateurs confirmés et ceux qui méritent d’être accompagnés, d’être exposés. Kay-Anne Galerie est un véritable carrefour pour les artistes. », affirme-t-elle.

Il semble que le parcours de Wilma était déjà tout tracé pour se marier à celui du monde artistique et esthétique. Celle qui a vu le jour le 21 novembre 1974 à Libreville, se rêvait déjà petite fille en inspecteur gadget, en Colombo et puis en styliste. « Mon aventure a commencé par la vente de sabots en faisant du porte à porte. Dès la naissance de mon premier enfant, je voulais réussir, être responsable. Ma passion pour l’art est partie du fait de vouloir être styliste. Mais j’aimais tout ce qui était beau en intérieur », dit-elle.

Wilma se tourne donc vers le design et entretient une véritable obsession pour les statues, les masques et autres objets d’art. Ce qui – à l’époque – n’était pas du goût de certains de ses parents. Malgré tout, cela n’a pas freiné les ardeurs de Wilma Sickout Assele, qui a fait de sa passion, un métier. « Il n’y a rien de plus agréable que de faire de sa passion son métier. Vivre de sa passion est quelque chose de merveilleux. Mais cela demande beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Il ne faut surtout pas avoir peur de se lancer. Un artiste, c’est un marginal par définition. », ajoute-t-elle avec émotion.

 

Mais du jour au lendemain, tout s’écroule autour d’elle : son mariage, sa galerie, sa famille, ses amis… Wilma perd Tout. Sous le choc, elle sombre dans une profonde dépression qui aura duré sept longues années. Elle frôle la folie. «La femme que je suis aujourd’hui a vécu des drames. Mais toute la base de ma vie nouvelle part de cette période extrêmement difficile que j’ai réussi à capitaliser à mon profit. Je ne rentrerai pas dans les détails mais je laisse cela pour la sortie prochaine de mon livre. »

Il aura fallu la puissance de l’art comme thérapie pour la sortir de sa torpeur et la guérir par la suite. En s’accrochant à l’art, elle finit par s’accrocher à la vie. Wilma Sickout Assele est formelle : l’art a des vertus curatives indéniables. « Il y a d’ailleurs certains hôpitaux qui l’ont compris et qui travaillent en étroite collaboration avec des artistes pour faire des expositions. Vous savez être malade est aussi un état psychologique. Il faut donc soigner le corps en même temps que l’esprit. Je suis moi-même un exemple de guérison grâce à l’art. »

Rétablie et apaisée, Wilma revient en force et bien déterminée à faire revivre sa galerie d’art. Ce qui est chose faite en Septembre 2018 avec la réouverture de Kay-Anne Galery, rénovée et riche de nouvelles acquisitions d’œuvres d’art venues de toute l’Afrique. « Je connais beaucoup de grands créateurs africains et on travaille ainsi. J’ai des agents mais je me déplace aussi. »

Elle veut établir une connexion entre le Gabon et le reste du monde à partir de sa galerie. Avec le nombre de nationalités représentées dans sa galerie Kay-Anne, on peut dire de Wilma qu’elle a une parfaite connaissance de l’art africain. « Je pense qu’il n’est plus à présenter. Il a traversé les frontières du continent et il s’exporte très bien. L’art africain bouscule les codes à l’international. De très belles choses se font sur le continent. Les artistes africains ont su créer des synergies incroyables. Regarder par exemple le nombre de nationalités représentées dans Kay-Anne. Je fais le vœu que cette galerie rentre dans le patrimoine culturel de mon pays. »

Ouverte au monde mais surtout passionnée par son continent, Wilma Sickout Assele a dû mal à modérer son engagement pour le bien-être des gens qui l’entourent. « Sans vouloir être prétentieuse, je voudrais que l’on se souvienne de moi comme une citoyenne du monde et plus particulièrement du continent africain. J’aime à me définir comme étant de ” Nationalité africaine, d’origine gabonaise”. Ce ne sont pas les Hommes qui sont importants, mais les actions que nous posons pour le bien du grand nombre. »

En plus d’être fondatrice d’une galerie, Wilma s’occupe de sa fondation. Hyperactive, elle prévoit dans les prochains mois, d’ouvrir une autre galerie dans une seconde capitale africaine : Abidjan.  Un pays qu’elle considère aujourd’hui comme sa seconde patrie. Tout est reparti pour elle de ce pays d’Afrique de l’ouest « J’ai pu guérir de la dépression et j’ai reconstruit ma carrière avec le soutien de mes amis à travers l’Afrique et particulièrement la Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire m’a donné une seconde naissance et j’ai pu y parfaire mes connaissances dans le domaine de l’art. »

Elle s’emploiera également à faire la promotion de son prochain ouvrage en portant le plaidoyer de la fin des tabous sur la dépression à travers diverses conférences. « Mon équipe de la fondation et moi travaillons aussi sur un projet à l’endroit des pensionnaires du centre de santé mentale de Libreville. »

Aux jeunes africains qu’elle côtoie régulièrement et qui sont également sa source d’inspiration, elle n’a de cesse de répéter ces conseils : « Il n’y a rien de plus agréable que de faire de sa passion son métier. Vivre de sa passion est quelque chose de merveilleux. Mais cela demande beaucoup de sacrifices et d’abnégation. Il ne faut surtout pas avoir peur de se lancer. Foncez et osez bousculer les codes de l’existant. Un artiste, c’est un marginal par définition. »