Sofia S’Mouni : un zeste de douceur, un brin de folie et une bonne dose de détermination

« Bien manger c’est le début du bonheur » ce slogan entendu dans une célèbre pub à la télévision, Sofia S’Mouni en a fait sa devise.

Cette jeune chef cuisinier de 33 ans, mariée et mère d’une adorable fille de 11 ans, bouillonne d’énergie et surtout de passion pour cet art qu’est la gastronomie.

Un zeste de douceur, un brin de folie et une bonne dose de détermination, c’est ainsi que Sofia S’Mouni se définit.

Elle entretient une relation fusionnelle avec la Côte d’Ivoire. « Je suis née au Maroc mais c’est comme si j’étais née en Côte d’Ivoire car j’y vis depuis mes 4 ans. », affirme-t-elle. Un amour durable avec ce pays d’Afrique de l’ouest qu’elle justifie par ces trois atouts principaux qui la marquent au quotidien. « Tout d’abord, la chaleur de ce pays car les Ivoiriens sont accueillants, serviables, joyeux et compréhensifs. D’autre part, sa beauté avec ses beaux paysages et sa culture riche. Et enfin, sa gastronomie qui est à son image : belle, colorée et diversifiée. »

Enfant, Sofia se considérait plutôt comme un garçon manqué. « Mais en même temps, cela ne m’empêchait pas d’aider maman dans les tâches ménagères », ajoute-t-elle. Son amour pour la gastronomie lui vient de sa mère qu’elle aidait, déjà toute petite à faire la cuisine. « J’aime communiquer l’amour à travers ma cuisine. Offrir un bon plat c’est offrir un peu de bonheur. »

Son parcours professionnel assez atypique aurait pu être un handicap mais loin de se décourager, elle en a fait une force. Elle a arrêté ses études très jeune (niveau de la classe de 3ème au collège). Par la suite, elle a fait beaucoup de petits boulots : de gérante d’un magasin dans le quartier d’Adjamé à vendeuse de sacs à main à Treichville, puis opératrice de saisie et enfin, assistante de direction. Après un bilan personnel, elle s’est ensuite lancée dans entrepreneuriat. « Mais j’ai quand même fait une pause pour me perfectionner dans la cuisine et j’ai fini major de ma promotion à L’Ecole Hôtelière de la ville balnéaire de Grand Bassam en option cuisine. », ajoute-t-elle avec fierté.

Depuis 6 ans, Sofia propose des services pour des amuse-bouche mais depuis un an, elle propose un service complet avec sa start-up culinaire « So Délices ». Selon elle, son style culinaire est un mélange entre innovation et traditionalisme. Mais aussi, un mixe de cuisine française, marocaine et ivoirienne. D’ailleurs, ne soyez pas surpris de voir un mélange de tajine de viande de brousse ou un méchoui d’agouti à la carte de « So Chef » !

Et comme dans toute carrière – qu’elle soit formelle ou entrepreneuriale – il y a un début, Sofia n’hésite pas à se rappeler de l’une des commandes qui l’a lancée et qui lui a donné la confiance nécessaire pour continuer ce voyage culinaire : « c’était lorsque j’étais débutante et que l’agence Conceptuel Événementiel m’avait passé une commande. Ils ont apprécié mon travail et ça m’a boosté. » Une autre belle expérience s’est produite lorsqu’à peine diplômée de l’école hôtelière de Bassam, elle a travaillé en tant que Chef à domicile pour le Maire de la ville de Bouaké pendant 10 jours « Ce fut un véritable challenge. Et ma plus belle récompense, c’est quand le Maire m’a personnellement félicité pour mon travail et m’a dit qu’il était satisfait lui et ses convives. “

Même si dans cette nouvelle aventure, elle est soutenue par ses parents, cela n’a pas toujours été le cas. « C’était difficile pour eux de voir leur fille abandonner la “garantie d’un revenu fixe” pour se lancer dans entrepreneuriat. Mais avec le temps ils s’y sont faits. J’ai même leur bénédiction. »

Un appui familial primordial pour permettre à Sofia de surmonter les instants pas toujours joyeux, d’entrepreneure culinaire et de chef cuisinier. Ses souvenirs la ramènent d’ailleurs à l’une des pires expériences de sa jeune carrière. Elle raconte : « une fois je suis arrivée à un mariage et ils ont récupéré les amuse-bouche et servis, mais personne n’est sorti me donner mon argent … j’ai attendu plus d’une heure dehors … et je ne voulais pas entrer pour être rémunérer devant les convives : ça ne se fait pas.

Quand on m’a enfin payé, je ne pouvais pas sortir du quartier car les invités avaient fermé la voie avec leurs voitures. J’ai pleuré, même si aujourd’hui j’en ris. » Dans ces moments-là, elle peut toujours compter sur le soutien de ses amis et fans fidèles : « Ils me soutiennent beaucoup, un peu trop parfois (rire) mais du coup, ça me met la pression et je ne voudrais pas les décevoir. »

En Côte d’Ivoire, Sofia a participé à plusieurs concours culinaires dont le « Défi Gourmand Dinor », un show télévisé où elle a d’ailleurs été finaliste. « Ce fut une belle expérience. C’est de là que j’ai décidé de me former pour être meilleure dans mon domaine. » Un souvenir agréable et important, mais qui dans sa balance, ne fait pas le poids avec les retours de ses clients : « C’est un pur bonheur de savoir que les clients ont apprécié et se sont régalés. »

Parmi les modèles et les icônes qui l’inspirent, Sofia cite sans hésiter, tout d’abord sa mère qui est selon elle, son premier modèle « elle m’a appris l’amour du travail bien fait. Et surtout de ne jamais tricher. » Elle n’oublie pas de mentionner également les Chefs Christelle Vougoh Anet (Côte d’Ivoire) et Dieuveil Malonga (Congo-Brazzaville), sans oublier, Philippe Etchebest et Gordon Ramsey. « J’aime leur parcours et leur travail. J’adore leur style culinaire. », dit-elle avec passion.

Autant Sofia se projette dans ses références continentales et internationales, autant elle se projette déjà dans le futur, c’est-à-dire les 10 prochaines années. En effet, elle se voit d’une part, posséder un restaurant en Côte d’Ivoire et au Maroc (ses deux pays) et d’autre part, un espace de coworking pour les cuisiniers en herbe qui n’ont pas forcément le matériel ou les moyens de se former.

Son conseil pour les jeunes africains qui souhaitent se lancer dans le domaine de la restauration et de l’entreprenariat culinaire ? Elle prévient « Ce n’est pas facile. L’entreprenariat demande d’être passionné mais aussi formé. Il faudra beaucoup de courage, et de sérieux. Si c’est juste pour l’argent ce n’est pas la peine car il y a des moments où on fait zéro bénéfice juste pour tenir la boite. » Mais elle conclut en rajoutant avec empathie : « Et si c’est dans la cuisine, n’hésitez pas à me contacter ! Si je peux vous aider je le ferai. »

 

« Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux. » Mère Teresa