Serge Armel Njidjou, concepteur d’une couveuse connectée

Cela peut vous paraître bizarre mais j’ai rencontré et découvert, pour la première fois, le travail de Serge Armel Njidjou, le concepteur de couveuse connectée made in Cameroon, le 4 octobre dernier. Nous nous sommes croisés à l’Institut Français de Yaoundé où il présentait son projet lors du EDF Pulse Africa.  C’est tout naturellement que j’ai souhaité vous le présenter.

« Tout est parti d’un fait divers en mars 2016, lorsque le couple Nkimih avait perdu leurs cinq enfants à l’hôpital général de Yaoundé par l’insuffisance d’équipements adéquats de soins des prématurés. Encore en septembre 2019, une histoire similaire  s’est produite à l’hôpital régional de Bafoussam. Tous ces événements m’ont donné envie à mon équipe à l’Agence Universitaire pour l’innovation (AUI) et moi de réduire le taux de mortalité à la naissance», raconte Serge Armel Njidjou.

L’Agence Universitaire pour l’Innovation (AUI) est née dans la ville camerounaise Dschang en 2016. C’est un hub d’innovations scientifiques, technologiques et entrepreneuriales dont Serge Armel Njidjou est manager.

100.000, un chiffre alarmant qui représente le déficit de couveuses en Afrique de l’ouest et centrale. C’est donc naturel que la création  de cette couveuse (2018) intéresse. C’est donc un produit qui répond à un enjeu de développement majeur.  « En tant que chercheur, ingénieur, nous avons souvent tendance à penser, à réaliser de nombreux prototypes sans les voir sortir de nos laboratoires. J’ai toujours souhaité faire un pont entre les résultats de la recherche et le marché. Faire que nos réalisations ne restent pas au labo et puisse devenir des produits », Ajoute-t-il.

Le projet de couveuse connectée a reçu le prix spécial du chef de l’Etat aux journées de l’excellence de la recherche scientifique et de l’innovation au Cameroun (JERSIC). Celui-ci a été suivi par le prix du projet innovant pour les femmes en Afrique au digital challenge organisé par l’Agence Française de Développement en France. De quoi s’y perdre un peu, n’est ce pas ? « Non pas vraiment car le nerf de la guerre est ailleurs. Le plus important pour nous, au delà des prix, est homologation du Ministère de la Santé du Cameroun de nos couveuses. Cet acte va donner un signal fort et développer un sentiment de confiance aux hôpitaux afin que ceux-ci fasse le pari d’utiliser notre produit. Nous sommes sur la bonne voie, une réunion s’est tenue au Ministère le mois dernier. Nous allons rentrer courant 2020 dans la mercuriale du Ministère de la santé donc cela annonce de belles perspectives.»  Explique Serge Armel Njidjou.

Dans nos débats souvent entre amis, anciens camarades, nombreux pensent que l’entrepreneuriat est une tendance hors cela n’est pas le cas. Nous avons besoin de plus d’entrepreneur non pour palier au chômage en Afrique mais qui font des choses qui comptent et impactent la vie de leur communauté. Si vous me lisez, vous savez combien j’aime les chiffres car ceux-ci donnent des perspectives différentes aux projets.

En Afrique subsaharienne, chaque année, 1,16 millions de nouveau-nés meurent selon l’OMS. Au Cameroun, 22.000 d’entre eux décèdent suite  une indigence en matière de couveuses néonatales. « Soit 3 décès pour 1000 naissances vivantes. La prématurité est la première cause de la mortalité néonatale. Au Cameroun, on compte moins de 100 couveuses néonatales en état de fonctionnement, pour environ 5000 formations sanitaires » s’exclame Serge Armel.

Vous devez vous demander en quoi cela est innovant n’est ce pas ? En soit une couveuse ? Sa réponse : « Vous savez,  les couveuses néonatales importées ne résistent pas aux fluctuations de l’énergie électrique que notre pays connaît. Elle peine à dépasser les 18 mois d’activités au Cameroun suite à la baisse de tension ou d’énergie. De plus, celles-ci ont un coût élevé variant entre 3000 (Asie) à 12 000 euros (Europe).  C’est donc la que vient notre innovation ! C’est en tenant compte de ces paramètres listés au dessus que notre couveuse néonatale interactive AUI 1.0 a été conçue. C’est une première en Afrique subsaharienne. Le médecin a aussi la possibilité de vérifier la disponibilité d’une couveuse via son smartphone et suivre son activité. Je tiens à préciser qu’elle est conforme à la norme internationale CEI-601-2-19. Son prix ? Environ 3000 euros. Notre plus ? Nous offrons deux ans de garantie constructeur avec un service après-vente de proximité. »

Lorsque je lui ai demandé quels étaient ses objectifs à moyens termes, il m’a dit : « produire une vingtaine de couveuses pour des cliniques privées ».  Il m’a aussi annoncé que ce qui n’était qu’une association avant est désormais une SARL.

Alors que pouvons nous lui souhaiter à lui ses collègues (WOUTCUENG Chanas, Génie Mécanique APOUPOH SERGE, Electronicien YEBEUTCHOU ROGER, Génie des Procédés, CONSULTANTS :  Diana Mfoundom, Médecin,  Stephanie LEMEJOUK, Designer, Laura Fouotsa, Business Developper) ? Une longue et belle route.

 

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Photos produits (2) : KENGNE AWODEM ARCHANGE DEJOLIS
Photo w/ Remix Rioux/Denis Mukwegue : AFD