Salatiel, fondateur du label à tubes Alpha Better Records

Vous ne pouvez pas marcher dans les rues du Cameroun sans entendre un tube produit par Salatiel. En ce moment ce qui « chauffe » (cartonne), comme on dit ici, c’est le titre Calée de la chanteuse Daphné, produit par l’artiste.

Comme toute la scène créative de Buea, le restaurant IYA est le spot de la ville. C’est là que Salatiel m’a donné rendez-vous pour cette première rencontre. J’ai hâte, je suis son travail depuis longtemps et c’est évident qu’il a apporté énormément à la musique camerounaise autant en tant que producteur, artiste ou même arrangeur. C’est pour cette raison qu’il est mon invité du jour.

Salatiel Livenja Bessong de son vrai nom est un producteur, musicien, chanteur et entrepreneur culturel. Il est le sixième d’une famille de neuf enfants. Il a cinq grands frères et trois petites sœurs. Il est né à Tiko, une commune située dans la région du Sud-Ouest du Cameroun. Son père est originaire de Kribi et sa mère de Mamfé. Ses deux parents sont pasteurs.

En 2005, il passe le concours pour rentrer à la faculté de médecine de Yaoundé et il réussit.

Après son baccalauréat scientifique en 2005, il passe le concours pour rentrer à la faculté de médecine de Yaoundé et il réussit. Et c’est à la même période qu’il découvre la musique. Il se fait connaître en écrivant des textes pour des artistes de la scène gospel. Ensuite, il devient le chef de la chorale de Cradat-Bonamoussadi, un quartier de la zone universitaire de la capitale. Dans la foulée, il apprend à jouer du piano, la guitare, la batterie et crée un groupe avec des amis : Salas band dont il est le leader.

Toutes ces activités ne font pas la joie de son entourage qui voit en lui le médecin de la famille. Pour eux, sa passion l’éloigne de l’école. Ainsi, lorsqu’en décembre 2006, il rentre à la maison familiale à Buea, ses parents lui interdisent de retourner à Yaoundé. Salatiel n’avait plus le droit de toucher à des instruments de musique.

En août 2007, après huit mois passés à la maison, sans aucune activité, il dit à ses parents qu’il ne continuera pas la médecine. Il opte pour un cursus de trois ans afin d’avoir une licence en biologie animale à l’université de Buea.

Pour se faire un peu d’argent, Salatiel commence à composer des musiques pour les artistes locaux. Au fur et à mesure, son travail fait parler de lui. La même année, l’artiste rencontre un professeur de lycée qui souhaite avoir son expertise de directeur artistique pour diriger la chorale de l’établissement. Et c’est là qu’il rencontre les deux artistes stars de son label indépendant Alpha Better Records : Mr Leo et Blaise B.

« En dix ans, j’ai arrangé au moins trois mille chansons de différents styles, produit cent albums pour trois cents artistes. »

Entre 2008 et 2010, Salatiel se concentre sur le travail en studio. Il apprend à être un bon arrangeur. « En dix ans, j’ai arrangé au moins trois mille chansons de différents styles, produit cent albums pour trois cents artistes », raconte l’artiste.

En 2010, Salatiel monte un groupe, Da Thrill, pour participer à la compétition de Nescafé Africa visant à trouver des talents de la musique sur le continent. Cette année, son groupe gagne la première place au Cameroun et la seconde sur le continent. Cette aventure l’emmène à Dakar, au Sénégal, à la rencontre des plus grands de Daara J à Youssou N’dour en passant par Toofan.

Trois années plus tard, le groupe sort un album mais pour des raisons de mauvais management, ils se séparent. C’était dur mais l’expérience acquise durant ces années permet à Salatiel de créer Alpha Better Records. C’était en mars 2013.

En 2014, après quelques hésitations, il décide de sortir le premier titre de son label, E go Beta de l’artiste Mr Leo, et le succès est au rendez-vous. Quelques mois après, Salatiel réitère l’aventure avec son artiste et le titre On va gérer devient un hit sur tout le continent. Aujourd’hui, Alpha Better Records a la réputation d’être une machine à tubes, ce qui attire tous les artistes du pays.

Il reste très ouvert aux collaborations et aimerait travailler dans un futur proche avec Charlotte Dipanda, Richard Bona, Fally Ipupa et Youssou N’Dour.

Cependant, Salatiel considère qu’avant de recruter de nouveaux artistes au sein de son label, il doit, dans un premier temps, faire connaître ses talents, notamment la rappeuse Askia et son compagnon de route, Blaise B. Un titre vient de sortir pour les présenter au grand public : Qu’est ce qui n’a pas marché. Il reste très ouvert aux collaborations et aimerait travailler dans un futur proche avec Charlotte Dipanda, Richard Bona, Fally Ipupa et Youssou N’Dour.

Même si la musique camerounaise fait de plus en plus parler d’elle, il reste de nombreux challenges.

Pour Salatiel, il y a un réel manque de vision des organismes dédiés aux industries culturelles. Il regrette que les droits d’auteurs soient quasi inexistants. Cependant, il reconnait que de plus en plus d’artistes arrivent à vivre de leur métier grâce aux concerts ou aux deals avec les marques de la place. À ce titre, Salatiel est ambassadeur de Vodafone, un des opérateurs du pays, son artiste Mr Leo, de la marque de téléphone Intel et d’Orijin, une marque d’alcool.

À l’heure où le Cameroun rêve d’une émergence pour 2035, Salatiel ambitionne de voir la musique camerounaise au sommet, ouvrir une école de musique et de faire de Alpha Better Record, le premier label africain.

Quel plaisir de rencontrer Salatiel et de voir tout ce qu’il fait pour mettre la musique camerounaise sur la carte du monde. Je me suis sentie proche de lui car j’essaie de faire la même chose sous un angle touristique et culturel.

J’ai été tellement surprise par sa simplicité et son humilité. Je me suis rendu compte que notre génération est vraiment « couteau-suisse » et cela s’applique dans tous les secteurs.

Salatiel est compositeur, arrangeur, chanteur, producteur et est à la tête du label. Il faut beaucoup d’humilité et de talent pour donner une musique à un autre chanteur quand on l’est aussi.

Il m’a conforté sur mes choix de carrière aussi, nous avons tous le droit de nous réaliser tant que nous suivons la même ligne directrice.

Diane Audrey Ngako