1h30 de ma vie avec Emmanuel Macron… Retour sur un moment franco-africain inédit

J’ai choisi de partager avec vous ma rencontre inédite avec Emmanuel Macron. Une rencontre qui détonne un peu par rapport à celles que je vous fais vivre habituellement à travers mes billets « Instants Africains ». Mais au fond, c’est l’esprit entrepreneur de l’homme que j’ai envie de partager avec vous, son charisme de leader, qui m’ont marqué, et qui sont incontestables, quelles que soient nos opinions politiques. C’est donc exceptionnellement un instant franco-africain que je vais vous raconter.

Quel charisme ! C’est ce que je me suis tout de suite dit quand il est entré dans la grande salle où nous nous trouvions. Il s’agit de la salle Murat, celle où se tient le conseil des ministres. Il a salué tour à tour quelques membres de son gouvernement et son administration avant de s’avancer vers moi…Regard perçant, main ferme, je me suis présentée, j’ai dit ce que je faisais dans la vie, pourquoi j’étais là et quel honneur je ressentais de pouvoir faire partie des participants à cette réunion à l’Elysée. Il m’a remercié et a ensuite salué chacun des quinze participants (hommes et femmes) qui avaient été sélectionnés sur les 200 invités à la conférence « Mon idée pour le français » qui se tenait du 14 au 15 février à Paris.

En effet et en marge de cette rencontre internationale inédite, le président de la République française souhaitait rencontrer en comité restreint des intellectuels, des artistes, des dirigeants d’entreprise, des universitaires, des journalistes et des jeunes acteurs engagés de la société civile afin d’entendre leur vision des enjeux liés à la francophonie, à la promotion du français et du plurilinguisme dans le monde.

Je citerais entre autres : Selly Raby Kane (créatrice de mode sénégalaise), Ibrahima Thioub (historien et universitaire sénégalais, professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar), Pap N’diaye ( historien français, spécialiste des États-Unis), Jean Benoit Nadeau (auteur, journaliste, producteur et conférencier québécois), Farah Nayme (entrepreneure marocaine), Mbougar Sarr (romancier sénégalais d’expression française), Fouad Zmokhol (président du rassemblement des dirigeants et chefs d’entreprise libanais dans le monde)…

Chose fut donc faite. Après avoir fait son tour de table, il a tout de suite entamé son propos en nous remerciant d’avoir pris de notre temps pour être là et a présenté toutes les failles et lourdeurs institutionnelles liées à l’existence de la francophonie, ce « machin ». D’emblée et avant de nous passer la parole, il a reconnu que cette langue souffrait des stigmates laissés par la colonisation (langue du colon) et s’est interrogé sur la possibilité d’un changement de nom de cet organisme qui fédère les personnes parlant le français. « Mais par quel mot pourrait-on le changer ? », s’exprima-t-il tout haut.

Il nous a ensuite passé la parole. Tantôt les uns parlaient de leurs expériences personnelles concernant l’impact bénéfique ou non de l’usage de la langue française dans leur quotidien, tantôt d’autres proposaient des solutions pouvant aider à rendre plus utile et plus légitime l’existence de la francophonie, le développement et la valorisation des contenus en français.

Lorsqu’il m’a donné la parole, j’ai d’abord partagé mon expérience et ensuite fait quelques propositions que je résumerais ainsi :

  • J’ai appris les bases de grammaire et d’orthographe à la force de la chicotte grâce à ma « détestée » professeure de français, Mme Yao. Une femme dure qui ne transigeait pas avec l’apprentissage de cette langue. C’était une torture pour moi et mes camarades de classe de la 6ème jusqu’en 4ème. J’étais tellement timide à l’époque. Pendant les vacances en 3ème, j’ai même lu et retranscrit la moitié du dictionnaire Larousse. Mais cet épisode douloureux de ma vie est devenu un atout et a été finalement à la base de mon amour pour le français au lycée. C’était l’une des matières où j’excellais jusqu’en terminale.
  • Mais en rentrant dans l’univers des nouvelles technologies, du blogging, du digital et dans celui des startups, j’ai peu à peu découvert que l’anglais prenait le dessus et faisait partie de la plupart des échanges avec mes interlocuteurs africains (surtout ceux de l’est, du Ghana ou du Nigéria) ou aux rencontres internationales auxquelles je participais. Il en est de même des contenus web sur le marketing digital et le social media beaucoup mieux fournis en anglais. D’ailleurs les plus grandes startups qui dominent le monde ne sont-elles pas anglophones ? J’ai même failli abandonner son usage à un moment donné pour écrire mes articles de blog exclusivement en anglais… (A ce moment, il réagit en me demandant « Pourquoi ? »).

J’ai donc rebondi en expliquant que je percevais le français comme une langue avec un certain handicap, lourde, rigide et ringarde qui ne facilitait pas les échanges et ne me permettait pas d’atteindre une certaine échelle dans l’évolution de mon audience et de mon business…

  • Mais ce n’est pas arrivé. Le français est aussi un atout pour moi car au final, je vis dans un espace francophone riche de la créativité de sa jeunesse, en particulier en Afrique de l’ouest. D’ailleurs lorsqu’on maitrise la langue française, on est plus agile pour apprendre langues locales et/ou internationales. Je n’ai pas manqué de faire remarquer le métissage linguistique né du mélange des langues vernaculaires et du français, en prenant pour exemple l’argot ivoirien qui se pratique à Abidjan et dans les zones urbaines de la Côte d’Ivoire. Pour parvenir à rendre l’appartenance à la zone francophone plus bénéfique économiquement, moins ringarde, plus glamour et lui enlever son image « de langue coloniale », il faut qu’un point d’honneur soit mis dans une production et une promotion massive des contenus digitaux francophones, en particulier ceux produits par les jeunes africains qui représenteront une masse critique considérable, sachant que d’ici 2050, l’Afrique abritera plus 500 millions de francophones. C’est donc dès maintenant que tous les investissements pour améliorer leur visibilité doivent commencer. Pour cela, il faut également s’appuyer sur des influenceurs dans les divers secteurs d’activité pour porter ce mouvement.
  • Enfin, j’ai conclu en le remerciant de cette tribune qu’il nous a offert de pouvoir débattre d’un sujet aussi sensible et important qu’est l’appartenance à une langue.

Ce fut un moment d’échanges historique pour moi. Je n’avais jamais eu l’occasion de toute ma vie de rencontrer un chef d’Etat et de parler sans protocole ostentatoire et à bâtons rompus avec ce dernier. Même lorsque vers la fin des discussions, on est venu le prévenir de l’imminence de son prochain RDV, il n’a pas manqué de rester plusieurs minutes avec nous pour échanger et faire des photos dans la bonne humeur. Je l’ai salué une nouvelle fois et il m’a remercié de ma contribution. C’est indéniable : cet homme est un leader né, avec un esprit entrepreneurial fort. On ressent toute de suite sa volonté de vouloir bousculer les codes dans le bon sens…Je crois que quelque chose a changé (encore) en moi…

Au final, on pourrait se dire que ce genre de rencontre est susceptible de nous arriver qu’une fois dans notre vie… Moi je pense que ce n’est que le début car depuis quelques années, je me suis promise de rencontrer … Barack Obama !

J’ai vécu un instant franco-africain exceptionnel, je suis convaincue qu’un jour j’aurai l’opportunité d’un instant afro-américain tout aussi inédit. Si Emmanuel Macron est apparu dans mon parcours, je me dis que le Barack n’est peut-être pas loin ? Qui sait !