Ernestine Gwet Bell, une femme d’exception

Directrice de la clinique médicale Odyssée à Douala et de son centre d’Assistance Médicale à la Procréation (AMP), où elle officie aussi en tant que gynécologue-obstétricienne, Ernestine Gwet Bell, ex-Présidente du GIERAF, Groupe Inter-Africain d’Étude de Recherche et d’Application sur la Fertilité, est ce que l’on appelle une superwoman.

Il y a 20 ans déjà, en 1997, quatre gynécologues et deux biologistes exerçant en libéral à Douala s’associèrent pour y lancer des activités d’AMP. Un an, plus tard, en 1998, naissait Tommy, le premier bébé conçu in vitro en Afrique centrale.

Née de l’union d’une mère sage-femme et d’un père pasteur enseignant, Ernestine MC Bell épouse Gwet a passé son enfance dans ce que l’on appelait jadis des stations missionnaires. À l’âge de 8 ans, elle assiste à son premier accouchement aux côtés de sa mère. Le Docteur raconte : « C’était pour moi une expérience riche en émotions. Deux années plus tard, avant mon entrée en 6ème au Collège évangélique de Libamba, j’effectuais un stage à l’hôpital où travaillait ma mère. Celui-ci confirma alors mon envie de faire une carrière dans la médecine. ». Après son baccalauréat, elle poursuivra ses études de médecine à Paris. Elle revient au Cameroun et partage son temps entre sa famille, la médecine, la recherche médicale et des nombreuses activités sociales.

Je ne suis pas une enfant née par Fécondation In Vitro (FIV), mais en 1991, Ernestine Gwet Bell accoucha ma mère. J’ai donc toujours été fascinée par son travail et par son dévouement.

En août 2016, je rentrais m’installer au Cameroun après avoir vécu environ 15 ans hors de mon pays d’origine. Deux mois après mon arrivée, j’assistais au décès d’une jeune femme survenu suite aux complications d’une grosse extra-utérine. Âgée d’à peine 30 ans, elle subissait déjà une pression familiale pour avoir un enfant. Très souvent, en Afrique plus qu’ailleurs dans le monde, les femmes sont taxées comme les responsables dans les situations d’infertilité dans les couples. Elles sont prêtes à tout pour avoir un bébé et peuvent y perdre leur vie. Or l’infertilité est un problème du couple.

L’infertilité en Afrique a certaines spécificités : « 40 % des causes de stérilité sont dues aux IST, infections sexuellement transmissibles, se compliquant par des trompes bouchées chez la femme et une mauvaise qualité du sperme de l’homme », explique le Docteur.

Depuis la 1re naissance par FIV en 1978 en Angleterre, 5,4 millions d’enfants sont nés dans le monde grâce à ces techniques. En Afrique, l’offre de traitements reste faible car seulement 1% des bébés in vitro sont africains. Pratiquement tous les Centres d’AMP sont privés. Le chantier est donc immense en Afrique où justement les besoins en la matière sont énormes. Ne serait-ce pas un problème de coût ? Le docteur parle peu de prix, elle n’aime pas trop cela, consciente que nombreux sont ceux qui hésitent à franchir le pas des Centres d’AMP pour cette raison. « Il n’y a pas de prix fixe mais cela varie entre 600 000 FCFA et 1 500 000 FCFA », ajoute Ernestine Gwet Bell.

Dix-neuf ans après la naissance de Tommy, plus d’un millier de bébés sont nés à travers l’Afrique et le monde des suites d’une prise en charge dans sa clinique. En 1998, le taux de réussite de la FIV était de 18 %, aujourd’hui, il varie entre 45 et 60 %. Le docteur Ernestine Gwet Bell se sent toujours mal à l’aise quand les médias s’intéressent à elle. Considérant qu’elle ne fait rien de plus que son métier. « La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne de la force et du relief », dixit François de la Rochefoucauld.

Diane Audrey Ngako

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