Monique Ntumngia, la jeune femme qui souhaite augmenter la part des énergies renouvelables au Cameroun

Buea, 12 avril 2017, il est 13 heures et je rejoins Monique Ntumngia dans son restaurant préféré : IYA. La jeune entrepreneure de 26 ans est à la tête de Monafrik Energy, une entreprise qui réalise des installations solaires et biogaz dans les zones rurales du Cameroun.

Tout débute en septembre 2014, Monique Ntumngia travaille à Kano, la deuxième ville la plus peuplée du Nigéria. Elle est chargée de la question de genre au sein de l’association nigériane Human Rights and Education. Afin de célébrer la rentrée des classes, l’association a mis en place une distribution de fournitures scolaires à destination des personnes défavorisées de la ville. Ce jour-là, bien que contents, les enfants n’ont cessé de poser la même question à la jeune entrepreneure camerounaise : « Madame, comment allons-nous utiliser ces cahiers, livres, alors que nous n’avons pas de lumière ? »

« C’est à ce moment que j’ai réalisé une note conceptuelle dont la problématique était : comment promouvoir le développement durable en Afrique avec l’aide des énergies renouvelables ? », ajoute Monique Ntumngia.

S’enchaînent alors des levées de fonds auprès des entreprises et organisations de la place dont l’UNICEF et l’Union Européenne. En deux mois, Monique a récolté 10 000 dollars. Cette somme lui a permis de se rendre en Norvège et d’acheter à l’entreprise Bright 2 500 lampes solaires d’une durée de vie de 5 ans. Elle raconte : « Après avoir partagé ces lampes solaires au Nigéria, je me suis dit qu’il serait bien de faire la même chose chez moi, au Cameroun. En octobre 2015, j’atterris à l’aéroport de Douala. »

« Sa mission, l’électricité
pour tous à prix équitable »

En rentrant au Cameroun, la jeune femme est consciente du problème d’accès à l’électricité dans le pays. Selon elle, ENEO, la société de production, de transport et de distribution électrique au Cameroun ne peut répondre à la demande. Celle-ci se concentre plus dans les villes que dans les zones reculées. Moins de 10 % des 600 millions d’habitants des zones rurales sur le continent ont accès à l’électricité. Pour mener à bien sa mission, l’électricité pour tous à prix équitable, Monique Ntumngia a commencé par réaliser une étude sur l’évolution des économies durables au Cameroun. « Je me suis rendu compte que les zones rurales avaient un problème avec la gestion des déchets. C’est pour cette raison que mon entreprise, Monafrik Energy, au-delà du solaire, a souhaité développer le biogaz. »
Le biogaz est un gaz combustible principalement obtenu à partir de la fermentation anaérobie de matières organiques animales ou végétales. Cette alternative reste la plus accessible aux populations rurales souhaitant répondre à leurs besoins en énergie quotidienne.

Monique explique : « Pour les personnes vivant dans les zones moins reculées, celles qui vivent en ville, les installations solaires restent les plus demandées. Il y a eu une évolution des demandes notamment depuis la hausse du prix du pétrole. Il devient compliqué d’utiliser les groupes électrogènes. » Depuis décembre 2015, Monafrik Energy a réalisé huit installations solaires et construit vingt bio-digesteurs pour la production de biogaz.

« En quelques mois,
623 filles âgées de 14 à 18 ans
ont reçu des formations
dans trois régions du pays »

En août 2016, Monique Ntumngia a créé l’association Green Girls, dont la mission est d’inciter les jeunes femmes camerounaises de zones reculées à s’intéresser aux énergies renouvelables. « Nous leur apprenons au cours d’une formation de quatre jours à savoir générer de l’énergie à partir du soleil et/ou des déchets de la vie quotidienne. » Les formations sont adaptées aux zones ciblées. Par exemple, lorsque Green Girls est dans la partie septentrionale du Cameroun, l’association donne des formations sur la production de biogaz à base de bouse de vache, car on y en trouve énormément.

En quelques mois, 623 filles âgées de 14 à 18 ans ont reçu des formations dans trois régions différentes du pays : Nord-Ouest, Sud-Ouest et littoral.

Le chemin est encore long. D’autres sociétés étrangères s’attaquent au même segment. Elles ont plus de budget, plus d’expérience. Monique, toujours aussi confiante, conclut : « Je vais y arriver grâce à ma connaissance du territoire camerounais et de ses spécificités. Pour l’instant, mon objectif est compresser le biogaz afin que le produit soit à la portée de tous. »

Diane Audrey Ngako