James Nsia Ekollo, l’homme qui veut démocratiser la musique classique au Cameroun

Depuis cinq ans, la musique urbaine a le vent en poupe au Cameroun. Une nouvelle génération d’artistes porte les couleurs du pays sur le continent et à l’international. Dans toute cette mouvance, j’ai souhaité m’intéresser à la musique classique. En échangeant avec les chœurs et amoureux de ce genre musical, je me suis rendue compte que faire vivre cette musique au Cameroun était un vrai parcours du combattant.

Me voici installée à Omenkart, à Akwa, quartier central de la ville de Douala. C’est là où je vais rencontrer et échanger avec James Nsia Ekollo, le premier concertiste africain (piano). La musique classique et lui c’est une histoire d’amour. Son père, Isaac Ekollo Nsia, ainsi que son grand-père sont pianistes. Son oncle paternel était saxophoniste et sa mère, chanteuse. J’ai aussi envie de vous parler de son cousin, Justin Eba Dimbeng qui m’avait fait me lever de mon fauteuil lors du concert Playing for Philharmonie 2016 à Paris. Il avait repris le fameux titre de Joseph Monthe : Yahwé Kola.

Rentrons dans le vif du sujet. C’est à l’âge de trois ans qu’il commence à gribouiller ses premières notes sur un piano, celui de son idole de père. Deux ans plus tard, il réalise son premier récital de piano. À sept ans, il participe au concours international AGUIMUCLA dont l’objectif est de trouver les futurs Mozart. À 13 ans, il a participé au Concours Panafricain au Gabon où il gagne le deuxième prix. À son retour, au Mboa (pays) comme on dit chez nous, il a eu droit à son tout premier concert solo.

Ce que je trouve intéressant, c’est que James Nsia Ekollo n’a jamais troqué l’école pour la musique et vice-versa. « J’ai toujours voulu avoir un diplôme universitaire. Quand j’ai eu mon brevet, j’ai demandé à mon père un saxophone, ce qu’il m’a offert. J’ai toujours lié les deux. Après mon baccalauréat C (série scientifique), je n’avais pas trop d’alternatives sur le plan académique. Au Cameroun, nous n’avons pas de conservatoire donc j’ai opté pour l’école des Beaux-Arts de Nkongsamba. J’y ai obtenu une licence en Science cinématographique qui mène à un diplôme de réalisateur. », raconte-t-il.

Alors qu’il obtient son titre de concertiste à 19 ans, il continue de vivre sa vie d’étudiant, un peu comme si les deux mondes ne se mélangeaient pas.

Après la fin de ses études, il décide de retourner à la musique classique et à développer sa carrière solo. “J’ai accompagné de nombreux chanteurs lyriques lorsqu’ils étaient en tournée au Cameroun dont Jacques Greg Belobo”, se souvient-t-il. J’ai souhaité savoir quelle était la plus grande difficulté dans la musique classique ? Sa réponse : “Le plus difficile dans la musique classique c’est la bonne exécution. On peut jouer les mêmes notes mais sans avoir le même rendu. Selon moi, le plus important est d’avoir une technique incomparable et de transmettre une émotion réelle et profonde. “

Il y a trois ans, James a lancé un projet qui lui tient à cœur : “Les célèbres pièces de piano”. Il souhaite rendre accessible la musique classique aux camerounais.  Depuis sa création, il a fait trois récitals, un à Douala et deux à Yaoundé. Depuis plus rien, faute de budget. Passionné, optimiste, James Nsia Ekollo vit de cours personnels, spectacles et enregistrements studios. D’ailleurs aujourd’hui, après notre interview, il ira en studio pour collaborer avec une artiste qu’il aime beaucoup :  Sandrine N.Au fond pour moi, mon but n’est pas de faire de l’argent mais de faire écouter ma musique. Je ne suis pas un homme d’affaires mais un artiste, un musicien” ajoute-t-il.

Je ne peux que m’interroger sur ses motivations et ce qui le fait tenir dans un environnement peu propice à ses ambitions. A l’écouter, un peu plus, j’ai comme le sentiment qu’il a plutôt envie de partager et d’enseigner … Il ne le dit pas mais ses mots le sous-entendent. De plus, son grand rêve est d’ouvrir une école d’art avec un grand A où musique classique rencontrerait art contemporain ou encore théâtre. A cet, instant, j’ai uniquement envie de l’accompagner à mon niveau. J’aime bien dire que le Cameroun a beaucoup d’hommes riches mais manque cruellement de mécènes et d’une bourgeoisie.