Yaya Koné Bruno, le jeune leader du recyclage des déchets plastique en Côte d’Ivoire

« Lève-toi et bat-toi ! ». C’est certainement de cette assertion que Yaya Koné Bruno tire toute sa motivation quotidienne.

Il fait partie de ses jeunes ivoiriens qui me donnent encore de l’espoir pour mon pays, qui continue de souffrir de ses blessures accumulées au cours des années…

Yaya Koné Bruno est un entrepreneur de 35 ans, qui a décidé de se lancer dans une aventure qui pourrait paraître folle sous nos tropiques très peu soucieuses de la préservation de l’environnement. Il est le co-fondateur de la startup Coliba, Cette jeune entreprise met la technologie au service du recyclage et de la revalorisation des déchets plastique à travers une application web, mobile et SMS.

Avec sa startup Coliba, il donne aux ménages et aux entreprises une chance de mesurer la valeur de leurs déchets tout en fournissant un approvisionnement fiable de matériaux pour l’industrie locale et internationale.

Grâce à une simple touche, une personne qui utilise l’application mobile Coliba est géo-localisée en temps réel et en moins de trente minutes, une équipe vient récupérer les déchets plastique. En contrepartie, Coliba récompense les ménages avec des points rachetables en fonction du volume et de la qualité des matières recyclables qu’ils fournissent. Coliba fonctionne à ce jour avec 50 pré collecteurs qui ont une capacité de pré-collecte de 2 tonnes de plastique /mois et des contrats d’exclusivité avec des groupes d’hôtels et restaurants.

Le but ultime de la startup de Yaya Koné Bruno est de transformer les déchets récupérés en matière première prête à emploi.

Cette matière sera ensuite vendue aux industries automobiles, de bâtiment, de textile et à toutes les entreprises qui en auront besoin. Ce projet est selon lui, un moyen efficace de permettre aux populations d’avoir des réflexes écologiques tout en étant rémunérées.

Le parcours initial de Yaya Koné Bruno ne le prédestinait certainement pas à devenir un startuper passionné. En effet, avec son Master 2 de recherche de l’Université de Bouaké d’un MBA en management opérationnel et développement durable à l’Institut Supérieur de Commerce de Paris, il aurait certainement embrassé une carrière d’employé dans le secteur privé. Mais deux déclics majeurs ont fait définitivement de lui, un entrepreneur social dans le domaine de l’innovation écologique.

Le premier est indubitablement le fait qu’il ait pris conscience à un moment donné, que la gestion des déchets plastique est plus que jamais un enjeu majeur pour les grandes villes africaines dont Abidjan.
Chaque année, le district d’Abidjan produit 190 000 tonnes de déchets plastique et seuls 10% de ces déchets sont recyclés. Les 90% restants finissent partout dans les rues, dans les caniveaux, ou bien brûlés ou enfouis sous terre…

Cette situation a des conséquences catastrophiques sur l’environnement mais aussi sur la santé.

« Avec Coliba, je me suis donc donné pour objectif de rendre nos villes propres et agréables à vivre car je refuse le fait que les populations africaines se complaisent à vivre dans la saleté. Un autre argument de poids est que ce secteur est économiquement viable puisque l’ancien premier Ministre Ivoirien l’a estimé à plus de 20 milliards de FCFA avec plus de 10 000 emplois potentiels. », affirme-t-il.

Le deuxième déclic vient du fait que Yaya Koné Bruno a toujours eu la volonté de faire quelque chose qui aurait un impact significatif dans la vie des gens.

« A  travers Coliba, j’ai l’opportunité de contribuer de manière active au développement du continent africain et pour moi, c’est vraiment une action magnifique. »

Il pointe également du doigt les gestes anodins qui, chaque jour, ont un gros impact sur l’environnement.

« Il s’agit généralement du regroupement de tous types de déchets dans une même poubelle. Notre étude a montré qu’en Côte d’Ivoire, 90% de la population ne pratique pas le tri sélectif de déchets.»

Malgré une réalité certainement accablante, Yaya Koné Bruno a de l’espoir pour que la Côte d’Ivoire et en particulier Abidjan, deviennent des territoires 100% eco-friendly.

« Mais il faudra de l’éducation, de la sensibilisation de la population sur l’importance d’avoir une ville verte et écolo. En effet, Coliba ayant mesuré cet impact, initie des campagnes de sensibilisation dans les écoles et surtout dans les communes difficiles d’Abidjan. Nous sensibilisons les populations aux tris sélectifs des déchets dans un premier temps tout en introduisant des notions de villes vertes qui restent jusqu’à présent des termes réservés à l’élite ivoirienne. Il est donc important de déconstruire ces notions et c’est ce que nous faisons. La finalité c’est de dire qu’aujourd’hui, une ville durable et verte offre un bon confort de vivre d’où l’augmentation de l’espérance de vie de notre population. », soutient-il.

Aujourd’hui, Yaya Koné Bruno a une vision claire du développement de sa startup Coliba: « Notre objectif stratégique d’ici 5 ans est de pouvoir traiter 30 000 tonnes de plastique dans quatre autres pays : Nigeria, Ghana, Sénégal, Cameroun et réaliser un chiffre d’affaires de 5 milliards de FCFA avec un bénéfice net de 25%. », affirme-t-il. Il prévoit également de recruter 1200 personnes, essentiellement des femmes, pour travailler dans nos usines. «Ces femmes auront accès à des formations professionnelles qui leur permettront de gagner en compétences.  Notre objectif est d’offrir des emplois à ces femmes qui jouent un rôle économique important dans les ménages. »

Edith Yah Brou