Fatima Ahler, un combat quotidien pour la carte ouverte en Afrique

Certaines rencontres transgressent positivement les limites des sentiers battus et alimentent une telle espérance qu’on se demande d’où nous vient cette énergie positive. C’est exactement ce qui m’est arrivé lorsque j’ai rencontré pour la première fois la jeune Fatima Alher à la faveur d’une rencontre africaine sur l’innovation sociale et ouverte. Elle porte un combat dont l’essence désarme les plus sceptiques. Humble, discrète et à la fois dotée d’une présence saisissante, cette jeune native de Niamey au Niger a décidé de reproduire le Niger sur une carte numérique ouverte et accessible à tous et pour tous les usages. 

Alors qu’elle n’est qu’en fin de cycle de master 2 en géographie physique à l’Université de Niamey, et consciente du manque d’information numérique sur son pays, la jeune Fatima décide de consacrer son temps libre à cartographier librement les territoires africains et principalement le Niger. L’ensemble des données numériques recueillies au fil de l’eau, Fatima va les reverser dans une base de données mondiale de données géographiques : OpenStreetMap. Sa première surprise fut que, malgré sa fière allure féminine aux côtés des hommes dans la numérisation des données géographiques du Niger, elle restât l’une des rares femmes à s’y aventurer. Elle va alors ajouter un autre axe à son combat, celui de promouvoir le numérique auprès des jeunes filles. Son constat est clair : « le numérique offre un fort potentiel d’emploi et pourtant il souffre toujours de la faible représentation de femmes ». Forte de ces nombreuses expéditions dans toutes les capitales de l’Afrique de l’Ouest de la recherche de données cartographiques libres, Fatima a réussi à consolider son constat : « nous nous trouvons à un formidable carrefour où le numérique offre l’opportunité aux femmes africaines de s’exprimer, de concilier famille et travail et surtout de prendre une place plus importante dans les entreprises ». Son combat, Fatima l’incarne profondément au point de développer un leadership féminin dans la production de données libres et accessibles à tous en s’investissant sans mesure dans ses activités d’animatrice bénévole de la communauté OpenStreetMap Niger. Elle est aujourd’hui la représentante locale du réseau International Femmes et TIC.

L’expertise développée en peu de temps permet aujourd’hui à la jeune Fatima d’avoir un regard révélateur sur sa rencontre avec les logiciels libres dans le domaine de la cartographique numérique. Elle a offert de son temps de vie pour la production de données géographiques libres pour le Niger, car, pour elle, ces données accessibles à tous représentent un dispositif de prise de décision avec des débouchés énormes pour les populations et surtout pour la jeunesse en quête d’emplois. Elle rêve de voir les habitants de Niamey et des zones les plus reculées décrire leur environnement avec de la cartographique numérique, car elle croit profondément que l’Afrique disposera de données géographiques libres, immense trésor numérique pour la jeunesse entreprenante africaine. Une carte ouverte favorise l’émergence d’un écosystème d’innovation. Industriels et startups peuvent récupérer ces données pour créer de nouveaux services et parfois améliorer la carte. « C’est un cercle vertueux », soutient Fatima. La numérisation des territoires africains, d’après la jeune activiste, permettra d’indiquer l’emplacement des lieux, des centres et points d’intérêts et des éléments utiles à la vie des populations. Le désarroi de Fatima s’exprime souvent lorsqu’elle constate que malgré tout le travail abattu par ses amis et elle, il y a encore des données, des sentiers, des routes, des zones territoriales qui manquent à la collecte des données. Mais la jeune fille ne cesse de galvaniser sa communauté de bénévoles : « nous devons redoubler d’efforts, car les données cartographiques libres complètent les efforts des organisations humanitaires et permettent d’apporter de la stabilité économique dans des zones sous-développées comme le Niger ».

Fatima Alher continue de laisser ses empreintes, et sa détermination continue de rassembler autour d’elle de nombreux acteurs qui s’intéressent à la cartographie. Elle a réussi à monter une cohorte de jeunes filles qui s’intéressent aux questions de cartographie numérique ouverte, qu’elle a baptisée OSMGirls. Aux côtés des hommes, les femmes représentent pour Fatima une force humaine dans la lutte pour le développement endogène de l’Afrique. Pour elle, lorsque les femmes s’engageront et s’impliqueront dans la société de l’information, sur un pied d’égalité avec les hommes, la vie quotidienne de la population en sera améliorée, deviendra moins précaire, entraînant par là même le progrès social et économique.

Fatima veut donner un grand coup d’accélérateur à l’autonomisation des femmes dans la vie économique, politique et sociale, et faire progresser les femmes par le numérique.

Ainsi, il y a des rencontres comme celle de Fatima qui donnent un véritable coup d’accélérateur dans nos vies d’Africains.

 

Florent Youzan