Hayek Hassan, le vagabond de la charité et amoureux de la Côte d’Ivoire

« Le bienfait n’est pas un choix mais une obligation quelle que soit ta religion. »

Une citation crée par Hayek Hassan et qui résume ses actes au quotidien. Ce jeune libanais de 34 ans, marié et père d’un enfant, s’investit corps et âme depuis dix ans dans le social et l’humanitaire en Côte d’Ivoire. Pays d’adoption et de cœur pour celui même qui se définit comme un vagabond de la charité. « La Côte d’Ivoire, c’est mon père et ma mère. Je me sens plus ivoirien que libanais. Je pourrais mourir pour ce pays parce que l’ivoirien est la définition de l’amour, la tolérance et la paix. J’aime vraiment ce pays plus que je ne m’aime moi-même. »

 Cette passion dévorante et cet attachement profond pour les choses, pour les autres, pour son prochain, Hayek Hassan doit certainement les tirer de son enfance. « J’étais un enfant turbulent mais toujours heureux. J’ai des parents merveilleux et mon point faible, c’est mon père que j’adore plus que ma vie. »

Hayek Hassan est un homme d’affaires prospère à qui tout réussit. Il travaille principalement dans le textile et dans la restauration. Il est en effet propriétaire du célèbre restaurant Cosi situé au sein d’Abidjan Mall, dans le quartier résidentiel de Cocody. Un parcours tout tracé pour lui : « J’ai été joueur de football professionnel durant 2 ans et ensuite dans le business pour aider mon père dans ses affaires. »

Mais malgré son occupation à plein temps dans un secteur hautement capitalistique, Hayek Hassan trouve depuis dix ans, du temps pour s’investir dans des actions sociales. Selon lui, il n’y a pas vraiment eu de déclic à l’origine de son impétuosité à voler au secours des plus démunis. « Je suis passé par toutes les phases de la vie : d’une pauvreté extrême à une richesse ostentatoire. Et un jour, tu perds tout. Cela t’ouvre les yeux sur beaucoup de choses et te permet de t’adapter à toute les situations pour le reste de ta vie. »

Son activisme social a démarré tout doucement par de petites ordonnances à régler. « Mais aujourd’hui avec le réseau social Facebook, j’ai la possibilité de voir des choses jamais vu auparavant et j’aime bien les challenges. » En effet, avec la puissance de Facebook qu’il utilise principalement, Hayek Hassan (alias HH) est exposé à beaucoup plus de cas. Un état de fait qui semble convenir à cet homme de terrain, spontané, qui n’aime pas se tourner les pouces. Pour chaque cas qu’il identifie ou pour lequel il est alerté sur les réseaux sociaux, voici comment il procède : « Mon processus est simple. Quand je vois un cas sur Facebook, je vais d’abord vérifier s’il est vraiment réel. Et si c’est le cas alors je m’attaque à lui sans vraiment réfléchir, d’où mon surnom « vagabond de la charité ». Et dans mes publications, je n’ai jamais fait un appel au don. Ce sont les gens qui lorsqu’ils voient la photo postée de la personne en difficulté, me contactent pour participer. »

Depuis un an de présence active sur les réseaux sociaux, Hayek Hassan a déjà traité plus d’une cinquantaine de cas, critiques pour la plupart. Même si en général, il préfère ne pas retenir le nom des enfants qu’il soigne pour ne pas s’attacher, il reconnait qu’il a été particulièrement marqué par le cas de Mikou. « Ça fait 8 mois que je participe aux soins prodigués à Mikou, atteint d’un cancer du lymphome de Burkitt et il se porte bien. En ce moment même, il finitje l’espère sa dernière cure à la clinique de Cocody Danga. »

Pour les autres cas qu’Hayek Hassan traite, il s’agit en général de demandes d’aide financière pour des fauteuils roulants, pour payer les frais de scolarité…un peu de tout. Avec le temps, il a fini par tisser des liens au sein de nombreux hôpitaux et cliniques à Abidjan. Il s’agit de contacts sur place avec qu’il suit la personne concernée. « Ils le font avec plaisir car pour eux, c’est une manière de contribuer au combat pour l’amélioration du bien-être social. », ajoute-t-il. Il apprécie d’ailleurs les efforts que la plupart des personnels hospitaliers fournissent au quotidien malgré de faibles revenus,  l’absence du minimum nécessaire et de plateaux techniques de qualité dans les centres médicaux abidjanais. « Nous avons les meilleurs professeurs et médecins en Côte d’ivoire. Il faut juste réhabiliter les hôpitaux, mettre le matériel qu’il faut et payer les médecins comme ils le méritent. C’est à ce prix qu’ils feront un travail comparable à celui des hôpitaux européens. Beaucoup de personnes critiquent la désinvolture et le manque de professionnalisme de certains médecins et aides-soignants dans nos hôpitaux, mais après avoir eu des expériences difficiles et expérimenter leurs conditions de travail, je ne peux pas leur en vouloir bien au contraire. Selon moi, ils doivent être décorés car ils font des miracles dans des conditions précaires.

Avec cet engagement spontané et les nombreux cas de détresse dont il s’est occupé, Hayek Hassan – ce bon vivant, taquin et optimiste –  est devenu un véritable phénomène et un influenceur sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire, principalement Facebook. Une notoriété digitale qui a pris le dessus sur sa vie réelle et qu’il essaie tant bien que mal de gérer. « Cette notoriété, c’est quelque chose de nouveau pour moi. Ce n’est pas toujours facile à gérer et surtout que l’amusement devient une réalité dans laquelle chaque mot ou chaque phrase doit être façonnés et mesurés. En général, j’aime bien délirer et m’amuser mais c’est devenu une chose que je dois maitriser parce que je suis devenu malgré moi, un personnage public. Ça a ses avantages mais aussi ses inconvénients. Mais je ne regrette rien tant que c’est pour la bonne cause. »

Et pour l’y aider, il peut compter sur le soutien sans faille de son épouse : « Dieu merci, j’ai une femme extraordinaire qui me comprend et qui m’encourage face à tous les défis. Limite, elle sacrifie beaucoup parce qu’elle sait que j’aime ça et que c’est ma vocation. J’aime ce que je fais même si parfois j’exagère et que mes humeurs sont difficiles à supporter à la maison quand un petit malade ne va pas bien. Mais je vis avec une femme en or qui accepte et m’aide beaucoup. » Hayek Hassan peut également s’appuyer sur ses amis dans cette noble mission. « Mes amis, j’en ai quatre ou cinq. Ils sont à fond derrière moi. Mes amis et mes connaissances m’encouragent beaucoup et sont très réactifs quand il y a un cas. Ils m’aident énormément. Je tiens d’ailleurs à remercier la communauté libanaise et les ivoiriens qui m’aident dans l’anonymat. »

Dans la liste de ses projets, de ses rêves, Hayek Hassan envisage de construire une maternité, une église et une mosquée, côte à côte pour symboliser la vie, l’amour et la paix. Dans 30 ans, il se voit en leader d’actions sociales et solidaires. Reconnu pour ses actions par les plus grandes instances parce que, dit-il, « ce combat, c’est ma vie. Aucun enfant ne doit plus souffrir car nous avons le devoir de l’aider à sourire. Le sourire d’un enfant malade en voie de guérison est irremplaçable et n’a pas de prix. C’est le paradis sur terre. Tu as l’impression que tu possèdes le monde en 2 secondes.  J’aime la Côte d’Ivoire. »