Flavien Kouatcha, pionnier de l’aquaponie au Cameroun

Aujourd’hui, je vous invite à découvrir Flavien Kouatcha, à bientôt 30 ans, il est l’un des visages de l’entrepreneuriat jeune au Cameroun. Nous avons été en 2017 Mandela Washington Fellows, un programme des États Unis qui détecte des talents. Depuis sa tendre enfance, il sait qu’il veut faire le meilleur métier du monde comme il aime à le dire “nourrir la planète”. Ses parents et grands-parents sont agriculteurs.

Il vient d’être élu président de la Jeune Chambre Internationale (JCI), une organisation de jeunes citoyens actifs et entreprenants, elle se veut être le plus grand réseau mondial de jeunes âgés de 18 à 40 ans, qui créent des changements positifs autant dans leur communauté que dans le monde économique. En relevant ce pari, Flavien souhaite être un meilleur pont entre la jeunesse qui veut entreprendre et les politiques.  “Je pense qu’au Cameroun, son rôle est encore plus crucial car notre population majoritairement jeune a besoin d’être orientée, encouragée, renforcée sur le plan des capacités intellectuelles personnelles, mais accompagnée dans des processus de création de richesse comme la création d’entreprise” explique-t-il.

Je me suis toujours demandée comment on passe d’ingénieur comme lui à agriculteur dans une société comme le Cameroun où tout est lié à l’apparence. “Ce qu’il faut déjà savoir est que j’ai toujours voulu faire ce métier mais que mes parents étaient contre. N’ayant pas eu la possibilité d’avoir une vie décente, les moyens de suivre des études mes parents ont tout misé sur l’éducation de leurs enfants. Ils préféraient me voir ingénieur qu’agriculteur” explique, Flavien Kouatcha.

Avant de créer son entreprise en mars 2015, l’entrepreneur, titulaire d’un master en sciences et technique de l’industrie obtenu à l’Institut UCAC-ICAM, a d’abord travaillé 3 années dans la maintenance portuaire. A côté, il suivait des cours en ligne afin d’avoir un master spécialisé en marketing et relations publiques. “J’aime apprendre et je savais que pour ouvrir une entreprise je devais voir les choses sous différentes perspectives. Le marketing était le moyen de comprendre la psychologie de ceux qui deviendraient ma clientèle” ajoute-t-il. Après ce master spécialisé, il a suivi des cours en agriculture urbaine à University of Urbana Champaign.

Les gens migrent de plus en plus vers les grandes villes. Vivre au village c’est bien mais à la fin de la journée ceux qui consomment nos produits sont en ville”, constate-t-il. Flavien m’a expliqué qu’entre le village et la ville, les agriculteurs perdent la moitié de leurs denrées à cause de problèmes logistiques comme l’état des routes. Il précise qu’avoir 2 hectares au village revient souvent à gagner la même chose qu’une personne qui a un hectare en ville.

4 ans après la création de son entreprise “Save Our Agriculture”, il continue de faire son chemin. Après avoir débutés dans la culture de la tomate et du piment, Flavien Kouatcha et son équipe se sont tournés depuis trois ans vers l’aquaponie.

Une petite définition s’impose ! L’aquaponie est un mode de culture issu de la fusion des mots aquaculture et hydroponie, le premier étant l’élevage de poissons et de végétaux en milieu aquatique, le second se rapportant à la culture de plantes réalisée sur un substrat régulièrement irrigué d’une solution nutritive. En bref, l’aquaponie crée un écosystème entre la culture de végétaux et l’élevage de poissons dont les déjections servent d’engrais.

“Save Our Agriculture”, l’entreprise de Flavien a adapté cette pratique à l’environnement africain et plus précisément camerounais. Son objectif était de permettre aux Camerounais majoritairement urbains de pouvoir la pratiquer à domicile sans grandes contraintes, avec l’avantage d’avoir une production autant animale que végétale de qualité directement chez soi. Pour Flavien il s’agit ici de l’agriculture du futur et on veut bien le croire. “L’aquaponie permet d’obtenir plus de rendement qu’en agriculture traditionnelle, en se servant de moins d’intrants notamment l’eau et en rejetant 20% de carbone dans l’environnement en moins”, explique Flavien Kouatcha.

L’action terrain de Flavien et son équipe est de plus en plus récompensée depuis octobre 2016 par le public qui ne cesse de commander leurs kits mais aussi par les structures privées et concours internationaux.  Leurs prix varient respectivement entre 80 000 francs CFA (122 euros) et 250 000 francs CFA (380 euros).

Depuis toujours, le monde nous explique que la croissance et le développement économique sont des suites logiques de révolutions industrielles et dans ce discours, l’agriculture fait figure de parent pauvre. J’ai toujours trouvé dommage l’idée selon laquelle le progrès économique, social et culturel est uniquement lié à l’industrialisation et à l’urbanisation. Flavien Kouatcha et son action avec son entreprise “Save Our Agriculture” nous rappelle une fois de plus qu’il faut en finir avec l’évolutionnisme économique qui sacrifie l’agriculture au développement industriel, puis aux services.

Nous devons garder à l’esprit que l’agriculture est centrale au développement des pays comme le Cameroun, la Côte d’ivoire, le Gabon ou même encore le Sénégal. Excepté les pays pétroliers, aucun pays dans le monde ne s’est développé sans avoir été soutenu par une agriculture compétitive. Alors tous derrière nos agriculteurs !