Fabrice Piofret, le « veilleur des médias » de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso

« Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » ; proverbe sénégalais.

Si l’exigence est un trait de caractère, il conviendrait bien à Fabrice Piofret.

Ce chef d’entreprise de 39 ans est également un grand passionné, loyal en amitié. Mû par la passion pour son métier dans la veille média mais également par ses connexions profondes avec l’Afrique et le pont qu’il représente avec la France, il est sans cesse en mouvement pour promouvoir cette collaboration.

Je l’ai rencontré il y a deux ans et le courant est très vite passé. Depuis lors, je bénéficie de ses conseils constants dans entrepreneuriat et de son amitié. Fabrice, qui évolue entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, est inspiré et passionné par le champ des possibles sur le continent. «J’ai l’impression que tout est possible. Quand Florent Youzan dit que «chaque problème d’un africain est une idée d’entreprise», j’adhère totalement. Mais nous manquons de temps car nous mettons beaucoup d’énergie au profit de choses qui n’en valent pas la peine.»

Sa première rencontre avec l’Afrique se passe au Burkina Faso avec celle qui deviendra sa femme, Christelle. « Chaque jour passé au Burkina est une expérience unique. J’y ai rencontré ma femme, j’y ai vu naître ma fille aînée ».
Mais son parcours a été jalonné de challenges. En 2002, il s’installe à Bobo Dioulasso au Burkina Faso. Il a 24 ans et pense qu’il peut tout changer. « Je monte une association pour l’éducation pour tous, je suis restaurateur, cinéaste, éducateur… Je ne suis pas financé, pas accompagné. Je nous paye 30 000 FCFA par mois et encore… pas tous les mois. » Il vit alors un échec entrepreneurial, autant qu’une superbe aventure humaine.

Il rentre en France en 2006, avec un premier enfant, et se sent prêt à tout pour subvenir aux besoins de sa famille. D’un job alimentaire dans une agence de veille médias, il se passionne pour cette activité.

Mais en 2013, quand sa société se fait racheter par un grand groupe, cela n’a pas été la progression espérée. « J’ai compris que c’était le moment de prendre mon destin en main et de faire le grand saut. Le grand retour vers le continent africain. J’avais l’intime conviction de ne pas avoir terminé quelque chose. »

Lorsqu’il travaillait en France dans la veille médias, il parlait beaucoup de son expérience africaine. « Dès qu’on avait une demande de veille sur le territoire, on venait me solliciter. Mais je ne connaissais pas de prestataire en local. C’est là que l’idée a germé. S’il n’y a personne qui est capable de répondre à des besoins clairement exprimés par des grands groupes… pourquoi ne pas y répondre soi-même ? »

D’une idée, il a construit un projet professionnel. Il crée alors son entreprise : « Veilleur des médias ».

Il trouve un investisseur pour l’accompagner et le mentorer.  Le 2 janvier 2014, il prend un aller simple pour Abidjan avec ses deux filles et sa femme, enceinte de leur 3ème enfant. « Je connaissais déjà la Côte d’Ivoire pour y être venu plusieurs fois… donc ce n’était pas totalement en territoire inconnu. »

Fabrice installe sa jeune entreprise sur les bords de la lagune Ébrié. « Aujourd’hui, Veilleur des Médias c’est une équipe de 10 personnes dont 8 consultants médias. Dans un an, j’espère qu’ils seront douze ». 

Sa clientèle est constituée principalement de grands groupes et d’institutionnels. Un des premiers clients à lui faire confiance a été la Fédération Ivoirienne de Taekwondo. Deux ans plus tard, elle rapportait deux médailles olympiques des Jeux Olympiques de Rio. « Je suis fier car je me suis senti utile pour la Fédération. En leur assurant un service de veille médias, nous leur avons permis de maîtriser et de vendre leur image… et surtout de se consacrer à des tâches à beaucoup plus forte valeur ajoutée. »

A la question de savoir quel est son positionnement face à ses concurrents locaux, Fabrice est confiant : « Je pense être le seul à ne proposer que des services de veille médias. Et ceux qui proposent cela en Afrique de l’Ouest n’ont pas mon expertise et ma technologie ».

Malgré des journées de travail bien chargées, Fabrice arrive à trouver du temps pour se consacrer à une organisation qui lui tient à cœur et dans laquelle il s’investit totalement : La French Tech.
« La French Tech Abidjan représente peut-être ce que je suis venu chercher en Côte d’Ivoire. Une communauté d’affaires s’intéressant à la jeunesse, en lien avec les grands groupes et les institutionnels.
Je suis aujourd’hui entrepreneur d’une PME, je ne serai jamais un grand groupe. Par contre, je peux être une très belle PME. Et pour ce faire, j’ai besoin de me constituer un réseau d’affaires. Certains le constituent dans les chambres de commerce, d’autres dans des think tank….».
Fabrice ne cache pas son émotion quand il évoque les activités majeures auxquelles son organisation fut associée ces derniers mois : « Depuis l’édition de l’Africa Web Festival en décembre 2015 jusqu’aux récentes Rencontres Africa à Abidjan, où nous avons affirmé notre disponibilité à contribuer à la transformation digitale de la Côte d’Ivoire, chaque activité a été importante, que ce soit un simple atelier ou une grande conférence. Je retiens des rencontres, des échanges, du partage d’expérience… Quand le premier ministre français évoque le dynamisme de la French Tech à Abidjan, tu ne peux être que fier du travail accompli ».

A travers ses rencontres, ses ateliers, ses sessions de pitch, La French Tech est également un excellent « pont » qui permet à Fabrice d’identifier et de se connecter aux start-ups locales en jouant le rôle de conseiller et de mentor. Il se donne à fond pour les guider vers ce dont elles ont besoin : des financements, des bons de commande, de simples conseils : « Si on n’est pas passionné, ce n’est pas la peine de commencer. Ça doit être dans mon ADN. Je suis attentivement l’évolution de Coliba, de LifiLed ou #EG pour ne citer qu’eux ». Voilà, comment Fabrice Piofret essaie de se rendre utile à sa manière dans cet écosystème d’entrepreneurs en Côte d’Ivoire.

Pourtant, la start-up qui l’inspire le plus n’est pas ivoirienne mais burkinabé. « Je ne veux pas faire de jaloux mais Swagpay est le premier porte-monnaie électronique au Burkina qui permettra demain d’acheter une baguette de pain ou de se faire livrer des produits du e-commerce. Au-delà du projet, la personnalité de Mahamadi Rouamba m’inspire beaucoup. Ses actions au sein de son incubateur BeoogoLab correspondent exactement à ce que j’aimerais faire si j’avais des projets d’investissement ».

La vie de Fabrice est un exemple palpable du renouveau des relations Afrique / Europe basées sur la collaboration et la promotion des acteurs locaux africains.
« Pour les relations entre la Côte d’Ivoire et la France, je suis d’un naturel optimiste. Je crois en notre histoire commune. J’ai été marqué par une phrase de Muriel Pénicaud, ministre du travail, qui nous disait lors d’une visite à Abidjan que nous devions non pas forcément renverser les IDE (Investissement direct à l’étranger) mais chercher à mieux les équilibrer et donc de participer à la réussite d’entreprises africaines sur le sol français ».

Les filles de Fabrice représentent également un symbole fort de son union avec l’Afrique. Ces trois belles demoiselles l’inspirent au quotidien et lui donne ce courage et ce sourire qui ne le quittent pas au quotidien. Avec elles à ses côtés, il envisage sereinement l’avenir de sa PME « Veilleur des médias ». « J’ai fini un gros projet cette année avec la mise à disposition d’un extranet sur lequel mes clients peuvent retrouver l’historique de leur production, faire des recherches et des sauvegardes d’articles ». Il prévoit également de se lancer dans la veille audiovisuelle et trouver de nouveaux moyens d’améliorer l’expérience client.