« Dans le laid se cache le beau. », peintre Obou, artiste-plasticien ivoirien

« Dans le laid se cache le beau. » C’est ainsi que le peintre Obou définit le message que porte ses différentes œuvres. Son style, il l’appelle le BRAID ART. Il l’explique ainsi : « C’est un mot qu’on utilise dans notre jargon pour qualifier le laid. Alors mon style est la jonction de la laideur et de l’art. Pour moi c’est la belle manière de représenter le laid. »

Ma rencontre avec ce jeune homme s’est faite par la plus grande des coïncidences : j’avais été séduite par le contenu d’un magazine artistique collaboratif que j’avais décidé d’acheter. Une sorte de gros pavé réunissant le travail d’école d’artistes et étudiants des beaux-arts soutenu par une ONG allemande. Et il s’est trouvé que l’un des étudiants cherchait depuis quelques semaines déjà à m’offrir l’une de ses œuvres, un portrait qu’il avait réalisé de moi. Je n’ai donc pas hésité à le recevoir au bureau de mon agence de communication digitale. Et depuis ce jour, son œuvre trône fièrement sur l’un des murs de mon bureau.

Mais qui est réellement le peintre Obou ? Né à Guiglo le 06 avril 1992, Gbais Obou Yves Fredy – à l’état civil – a fait ses premières classes dans la ville de Man. A cette époque, sa grande-sœur détecte très tôt son talent d’artiste plasticien. « Depuis le jeune âge déjà, ma sœur me faisait visiter l’atelier d’art du lycée moderne de Man. C’est là qu’enseignait mon père. », dit-il. Il prend dès lors plaisir à suivre cette spécialité.

Le peintre Obou s’est ensuite retrouvé à Abidjan en 2004 du fait de la crise socio-politique qui prévalait. Depuis 4 ans, il étudie à l’Institut des Beaux-Arts dans la capitale économique. « Ma formation se passe à merveille, même si en général, les étudiants de cet institut se forment eux-mêmes. Mais j’apprends quand même auprès des professeurs et des maîtres. » Il n’a pas attendu de finir ses études pour soumettre ses œuvres à d’autres personnes en dehors de son entourage. Son inspiration vient de son vécu, qui selon ses dires, a été traumatisant à un moment donné de sa vie, mais qui rime maintenant avec joie grâce à l’art et à la pratique de celui-ci. Comme il le dit si bien lui-même : « Obou du tunnel, il y a la récompense. »

Mais au-dessus de cette inspiration quotidienne et de ce talent pour les arts plastiques, plane les âmes de ses deux mentors spirituels : « J’admire le travail et l’engagement de l’artiste équatorien Oswaldo Guayasamin et surtout celui du peintre ivoirien, Ernest Duku par ses détails et sa patience.»

Pour aller encore plus loin dans son identité d’artiste, Obou n’hésite pas à faire des performances artistiques comme celle réalisée il y a quelques semaines dans le quartier résidentiel de la ville d’Abidjan : Cocody Danga. Face aux cas désespérés de plusieurs familles qui avaient été expulsées des maisons qu’elles habitaient depuis plus d’une vingtaine d’années, Obou décide d’interpeller l’opinion publique, en prenant une douche en plein air avec juste une porte dans la main. « Je suis impliqué dans la promotion de l’art dans mon pays dans la mesure où je me sers de mon art pour dénoncer certains problèmes auxquels les Ivoiriens font face. Je porte plus haut la voix de ces personnes sans voix. Je m’engage à véhiculer des messages dans ma création. Et je valorise en partie ma culture. », affirme-t-il. Pour Obou, l’art est également capable d’aider la jeunesse ivoirienne et africaine dans de multiples aspects : “Oui, dans la mesure où une œuvre d’art apporte un plus à la connaissance culturelle de ces jeunes. La puissance de l’art réside dans le fait qu’elle permet de découvrir sa propre culture, son histoire, son origine et ses trésors ainsi que ses talents dans la mesure où une œuvre d’art apporte un plus à la connaissance culturelle de ces jeunes, et permet à cette jeunesse de se cultiver.”

 

En général l’art permet de découvrir sa culture, son histoire, son origine et ses trésor ainsi que ses talents qui eux à leur tour s’inspirent de toute ces richesses. »

Lorsque le jeune peintre Obou m’a offert mon portrait dans son style bien particulier, j’ai comme eu un flash : on entendra parler de lui bien au-delà de nos frontières. Et ses œuvres et performances artistiques seront disputés par les plus grands collectionneurs…

Obou est conscient que sa force et sa singularité résident dans ses racines profondément africaines. Pour lui, on ne peut pas parler d’art africain sans faire référence aux masques et aux pagnes traditionnels.  « Si l’Afrique a pu se défaire de tous ces stéréotypes c’est grâce aux nombreux talents qu’elle regorge. » Il apprécie d’ailleurs l’essor et le boom que connaît l’intérêt pour l’art contemporain africain sur la scène mondiale. Cependant, il déplore le désintérêt total de la majeure partie des populations africaines vis-à-vis de l’art. « Il n’existe pas de véritable politique pour la promotion des nouveaux talents artistiques, et les plasticiens sont ceux qui payent le prix fort. »

Nonobstant ce détail majeur, le peintre Obou continue de se créer des liens dans l’écosystème artistiques.