Charly Kodjo, « la photographie et moi c’est une histoire de passion »

« Quand tu veux quelque chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir.» (L’Alchimiste)

C’est d’emblée cet extrait du célèbre roman de Paulo Coelho que Charly Kodjo a voulu me partager Cet homme de 29 ans force le respect. De par cette lueur constante dans ses yeux malgré la fatigue des longues heures de boulot. De par sa jeunesse et son esprit vif. De par son sourire qui le fait rayonner. De par sa foi en des possibilités infinies. « Pour moi la photographie est l’art de capter des instants de vie », assène-t-il avec conviction.

Ce photographe et jeune chef d’entreprise jouit désormais d’une véritable notoriété dans son secteur d’activité. Il fait partie de cette génération de jeunes gens qui ne cesse de croire en l’importance d’investir et de bâtir en Côte d’Ivoire et aux possibilités énormes de son continent de notre continent. « Instant2Vie Studio », sa startup spécialisée dans la photographie professionnelle et la production audiovisuelle, jouit des plus belles références. Quoi de plus normal lorsque notre passion nous donne les moyens d’en vivre et d’exceller. « La photographie et moi c’est une histoire de passion, depuis l’université », affirme-t-il.

La vie associative a d’ailleurs été un tremplin qui lui a permis d’obtenir son premier job : « J’ai été photographe d’abord au sein de l’association des étudiants juriste de Côte d’Ivoire, ensuite dans une organisation internationale, IYF. Après j’ai intégré l’équipe de rédaction du magazine Tomorrow en tant photojournaliste, responsable de la rédaction et du marketing. »

« J’ai pris le risque
de choisir l’audiovisuel
au détriment de
mes études de droit »

Mais la fibre entrepreneuriale a toujours fait partie de ce jeune homme. Il lui aurait été impensable de lutter contre son destin. Déjà très jeune, il avait appris à se débrouiller tout seul en exerçant plusieurs petits métiers : de cireur de chaussures à gérant de cabine téléphonique mobile en passant par vendeur de fripes à plongeur et vendeur de fagot… Cet optimiste de la vie en a vu des vertes et des pas mûres. Mais rien ne pouvait ébranler sa soif de devenir un créateur de richesses dans sa communauté. Et pour y parvenir, il a dû faire des sacrifices : « j’ai pris le risque de choisir l’audiovisuel au détriment de mes études de droit ».

Un gros risque dont l’aboutissement aurait pu s’avérer désastreux sachant qu’en plus, il n’avait pas le soutien de ses parents. « Mais je pense que dans le secret, même s’ils s’opposaient, ils priaient pour je réussisse. Mais à vrai dire, j’ai été soutenu par ma foi en Dieu et ma volonté de prendre mon avenir en main. » Pari réussi, on pourrait le dire, car depuis trois ans, son entreprise fournit à sa clientèle du contenu audiovisuel, de la création de banque d’images, de l’animation 2D/3D et des émissions TV. Il a embauché cinq collaborateurs qui travaillent à plein temps pour lui. Et ce, dans une bonne ambiance toujours cool.

« Si j’échoue,
au moins
j’aurais essayé »

Mais son désir de vivre de sa passion a failli tourner au drame et donc mourir dans l’œuf, après un sacré coup dur de la vie. Il raconte : « Oui, au début de mon aventure dans l’entrepreneuriat, après l’acquisition de mon tout premier appareil photo qui m’avait coûté une fortune, j’ai été braqué par des individus qui m’ont tout pris et même déshabillé pour complètement me dépouiller. À la suite de ce braquage, j’ai vécu un autre moment difficile avec le vol de mon ordinateur portable… Je venais juste de m’équiper à ce moment là. Ça été vraiment difficile pour moi. » Dans la douleur, il est reparti de zéro pour reconstituer son matériel de travail et pouvoir commencer à démarcher ses premiers clients. « Si j’échoue, au moins j’aurais essayé », aime-t-il à se rappeler depuis cette époque.

Il a donc démarré tout seul sans aucun financement. « Ma seule source de financement était mes clients. Plus mon portefeuille clientèle augmentait, plus j’avais des ressources nécessaires pour pouvoir m’équiper. Il fallait donc fournir à ma clientèle un service de qualité créatif afin de gonfler mon portefeuille clientèle. Selon moi, lorsque tu as un projet d’entreprise, essaie de commencer à une petite échelle, ensuite le reste viendra. » 

« Lorsque mes
collaborateurs et mes clients
sont satisfaits,
franchement, il n’y a pas plus
belle réussite
que ça »

Une stratégie sage et efficiente qui lui a permis d’atteindre progressivement la consécration avec l’exposition de ses œuvres au siège de l’ONU à Washington. Il s’agissait d’une série de photos sur des femmes rurales, organisées en coopérative de production du beurre de karité et qui vivent à Bouna. Un moment d’intenses émotions qui ne lui font pas oublier également toutes ces personnes exerçant des métiers appelés communément « petits métiers ». Ces personnes qui constituent une source d’inspiration et de motivation pour lui. À la question de savoir quels sont ces plus beaux souvenirs en tant qu’entrepreneur, il me répond avec son léger sourire légendaire et ses yeux taquins : « lorsque mes collaborateurs et mes clients sont satisfaits, franchement, il n’y a pas plus belle réussite que ça ». Dans sa tête fourmillent de nombreux projets dont celui de de la production d’une émission de télé-réalité qui a pour nom « Papa à la cuisine », une exposition et un grand salon sur la créativité en Afrique.

Dans dix ans, ce jeune passionné de la photographie et de la vidéo compte toujours bien garder son sourire, qu’importent la vitesse et la direction du vent.

 

Édith Yah Brou