Charlette Désire, « mon blog permettait de prouver ma crédibilité dans l’écosystème Tech ivoirien »

“In God we trust, for something else, bring data.” C’est ce mantra qui guide le parcours de Charlette Désire N’Guessan, une femme Ivoirienne de 25 ans, qui milite fermement à travers diverses ONG pour l’équilibre entre les sexes dans l’écosystème technologique africain. En 2018, grâce à son courage et son engagement, cette tech blogueuse a fini par cofonder BACE GROUP (www.bacegroup.com), une startup dans le secteur des technologies disruptives basée au Ghana. Cette société fournit des services de reconnaissance faciale alimentés par l’intelligence artificielle, aidant notamment les entreprises africaines à lutter contre la fraude en ligne et à améliorer les stratégies relatives aux KYC (Know Your Customer). « BACE GROUP a été fondé en 2018 par une jeune équipe panafricaine dont je fais partie : Samuel Sowah Mensah (Ghana), Jean Cedric Attiembonon (Côte d’Ivoire) et Ugwu Arinze Christopher (Nigeria). Nous sommes quatre amis passionnés par l’utilisation de la technologie pour développer des solutions innovantes aux problèmes de l’Africain. Nous nous sommes tous rencontré et avons participé au programme MEST.  Nous avons tous une formation technique ainsi que des compétences en business. Nous avons de l’expérience dans la création de solutions logicielles basées sur des technologies avancées telles que l’IA et la reconnaissance faciale. Notre modèle de business est du B2B. A côté de notre API, nous développons d’autres services sur demande dans le domaine de la cybersecurité et des solutions innovantes dans le domaine de l’événementiel. » Leurs clients sont essentiellement dans la fintech, les entreprises en ligne, les fournisseurs de services et matériels de sécurité, des agences événementielles.

Après l’obtention de son baccalauréat série scientifique (Série C), Charlette Désire a étudié l’électronique, le réseau informatique et le génie logiciel dans deux différentes grandes écoles basées à Yamoussoukro et à Abidjan. Elle est diplômée en électronique, réseau et génie logiciel, et est alumni de la prestigieuse école MEST. Elle a fait des stages dans les laboratoires informatique et AIRCI en tant qu’informaticienne. Elle a également participé à plusieurs programmes de formations internationales en business, leadership et technologiques. Très engagées et impliquées dans diverses associations, Charlette Désire est également AIF2019 fellow, alumni YALI RLC Afrique de l’Ouest, Youth IGF 2017 par Internet society. Elle est cofondatrice de Digital Grassroot, une communauté en ligne qui engage les jeunes dans la gouvernance de l’internet. Charlette Désire est également conférencière et mentor pour les filles africaines dans les STEM. Elle partage ses retours d’expériences sur son blog www.adventintic.com

Je connais Charlette Désire depuis quelques années. J’ai suivi son parcours dans le blogging au sein de l’Association des Blogueurs de Côte d’Ivoire (ABCI). « Le blogging m’a introduit au monde de l’entrepreneuriat. Mon blog peut être considéré comme ma première entreprise. J’ai appris beaucoup en termes de compétences et j’ai développé un très bon réseau autour de mes passions en tant que Tech blogueuse.  Cela étant, j’avoue qu’il devenait plus facile pour moi d’accéder à des opportunités car mon blog était un moyen de prouver ma crédibilité dans l’écosystème Tech ivoirien. »

Au fil des années, elle a emmagasiné de nouvelles compétences et des soft skills en participant à travers le monde, à de nombreux programmes de leadership, des hackathons et autres conférences autour du youth empowerment. Elle s’inspire de ces programmes pour améliorer son travail et son impact dans sa communauté. « Les expériences et les connaissances que j’ai acquises en participant à tous ces programmes ne peuvent être mesurées. Pour moi, voyager, participer à des hackathons, prendre part au programmes internationaux sont d’excellentes occasions de rencontrer de grands jeunes leaders qui ont un impact sur leur communauté et de créer des collaborations internationales. C’est aussi un écosystème pour mieux comprendre certains problèmes mondiaux sous différents aspects. »

 

Sa passion pour la technologie est une évidence. Même si elle a du mal à faire confiance aux autres, cette jeune femme sait où elle va et quelles sont les étapes à franchir pour y parvenir. « Enfant, J’étais un petit garçon manqué. Un peu plus réservé qu’aujourd’hui avec un très grand manque de confiance en soi. Pour la petite histoire, J’ai toujours voulu être architecte en bâtiment. Mais je ne regrette pas mon choix actuel de carrière. »

Et cette nouvelle vie d’entrepreneur dans la cybersecurité, Charlette Désire la doit aussi à MEST (Meltwater Entrepreneurial School of technology). Il s’agit d’un programme de formation d’un an axé sur l’entrepreneuriat, le développement de logiciel et la communication pour les aspirants Tech entrepreneurs. L’école est basée à Accra, au Ghana où la jeune femme a décidé d’en faire son lieu de résidence. « C’était avec une grande fierté que j’ai accepté d’intégrer l’école car j’étais la première femme francophone sélectionnée.  Cette expérience m’a permis de rencontrer mes cofondateurs, d’étudier le marché et l’écosystème ghanéen, d’obtenir un fond de financement pour démarrer ma startup et aussi d’être bilingue, un avantage dans l’écosystème entrepreneurial. » Son parcours entrepreneurial dans ce secteur d’activité hautement concurrentiel, n’a pas été de tout repos. Etant donné que les solutions qu’elle propose, sont développées sur des technologies avancées, et que sa startup est dans un écosystème en voie de développement, il lui est parfois difficile de conclure des marchés avec des entreprises locales. Selon elle, le marché africain est freiné dans l’innovation technologique à cause du nombre élevé de contraintes légales. « Certaines entreprises n’ont pas cette aptitude et cette flexibilité pour innover leurs services par l’utilisation de la technologie. Des contraintes qui s’appliquent malheureusement à bon nombre de startups locales. »

Beaucoup de jeunes africains lancent leur entreprise avec une vision très idéaliste et enjolivée de la vie d’entrepreneur, jusqu’au jour où ils sont confrontés à la dure réalité après s’être cogné la tête contre le mur. Et Charlette Désire avoue qu’elle aurait bien aimé avoir des conseils plus avisés et pragmatiques avant de démarrer son business. : « J’aurais aimé découvrir des partages d’expériences qui reflètent le parcours réel d’un entrepreneur. Avant de me lancer dans l’entrepreneuriat, je savais que le chemin serait long et pas facile, mais je ne savais pas les réels challenges que je serai susceptible d’affronter. La majorité des telling stories sont fausses et racontés de telle sorte à attirer des regards admiratifs des autres. C’est bien dommage. Aujourd’hui, avec la jeune expérience que j’ai dans l’écosystème Tech entrepreneurial, je me suis donné pour mission d’être vraie et de m’ouvrir davantage sur le sujet. Je partage le tout de la jeune femme entrepreneure que je représente sur mon blog. Je crois que ça aidera beaucoup de jeunes aspirants entrepreneurs à se préparer et anticiper sur certaines actions. »

De nombreuses villes d’Afrique sont confrontées à des problèmes d’urbanisation non planifiée alors qu’un nombre croissant de citoyens qui migrent des zones isolées vers les villes ne cesse de croître. Des mesures et des mécanismes critiques doivent être mis en place pour améliorer la vie des citoyens dans les villes. Les TIC sont considérées comme une solution remarquable en la matière. Avec sa startup BACE GROUP, Charlette Désire est ouverte à l’idée de proposer des solutions qui peuvent être utilisées et adaptées dans les smart cities. « Nous sommes conscient que l’écosystème technologique évolue rapidement et en tant que startup disruptive, on se doit de rester innovant et développer des solutions qui répondent aux besoins du marché. Les Smart cities sont régulièrement présentées comme la solution face à l’urbanisation galopante du Continent Africain. Au regard de cet aspect, je dirais que les pays africains doivent être ouverts sur le sujet, encourager et soutenir les projets qui visent à innover dans l’écosystème africain. En plus du fait que les Smart Cities sont des villes qui allient innovation, technologie et développement durable, au service de l’économie, et de l’épanouissement de ses citoyens. Ces villes vont favoriser la création d’emplois. Mais il faut que tous les acteurs de développement soient conscients des réalités africaines, et soient en mesure d’adapter les solutions aux besoins du continent. »

Consciente du fait qu’elle a bénéficié très tôt de la confiance de ses ainés, Charlette n’hésite pas à transmettre son savoir aux plus jeunes. Elle a contribué au développement de plusieurs communautés en Côte d’Ivoire qui font la promotion des nouvelles technologies. Elle collabore et participe à des conférences, événements pour partager son expérience et motiver des jeunes qui aspirent à se lancer dans l’entrepreneuriat ou à une carrière dans les métiers liés aux NTIC. « Je suis très engagée dans le processus d’équilibre entre les sexes dans l’écosystème technologique africain. J’ai aussi mon blog ouvert et accessible en ligne qui aborde les thématiques relatives à la technologie, l’entrepreneuriat, le leadership et les opportunités pour les jeunes africains. Donc si vous avez des initiatives, n’hésitez pas à me contacter. » Au regard de son impressionnant parcours, on pourrait considérer qu’être une jeune femme dans le secteur de la technologie a été un avantage compétitif pour Charlette Désire. Mais elle a un avis très nuancé à ce sujet : « OUI et NON. Oui parce qu’au regard des efforts pour l’égalité du genre dans l’écosystème Tech, beaucoup d’opportunités sont ouvertes et ciblent la gente féminine. Donc constituent des avantages pour la femme entrepreneure. Non parce qu’il est encore difficile pour une femme entrepreneure d’avoir accès au financement, quelquefois nous faisons face à des discours discriminatoires et des propositions indécentes. En tant que jeune femme entrepreneure il faut être consciente des avantages et difficultés de l’écosystème, se préparer moralement et savoir utiliser les ressources dont nous disposons pour réussir à développer notre entreprise. Comme on le dit, le chemin peut être difficile mais pas impossible. »

Charlette Désire a une vision claire de la femme qu’elle souhaite être à long terme. Elle est très focus sur sa carrière professionnelle. « Nos projets à moyen terme pour BACE GROUP sont de développer de la crédibilité sur le marché, élargir nos services et d’augmenter le nombre de nos clients. A long terme, notre vision est de se positionner en tant que leader dans le domaine de la sécurité et de la vérification d’identité pour aider les entreprises à lutter contre la fraude en Afrique. »