Bénédicte Mendy, ambassadrice de la mixologie africaine

De plus en plus de femmes africaines se lancent dans l’entrepreneuriat en embrassant des secteurs considérés à tort comme réservés aux hommes. C’est un pari que s’est lancé Bénédicte Mendy, entrepreneure engagée et exploratrice de saveurs.

Fondatrice de Okana Bar Nomade, elle se spécialise dans la conception de spiritueux africains à travers son approche appelée la Mixologie Africaine : l’art de créer des cocktails & mocktails (sans alcool) artisanaux de qualité et chargés d’histoire, avec un service professionnel sur-mesure, une démarche sociale inclusive vis-à-vis de ses fournisseurs et collaborateurs et de l’innovation grâce à des techniques modernes qui préservent l’environnement. Sa vocation : connecter les gens en les faisant voyager à travers les terroirs africains au cours d’expériences bars uniques. Basée à Abidjan depuis quelques années, elle se positionne désormais comme l’une des meilleurs bartenders de la région, auréolée de nombreuses distinctions. Mais son choix de carrière n’a pas été bien perçu. « Je suis une pionnière et comme tous les pionniers, j’ai été prise pour une folle au début. Mais je ne m’inquiétais pas des remarques sexistes que je recevais l’époque. », affirme-t-elle.

Cette trentenaire passionnée, curieuse et généreuse, a fait sienne cette citation de Sénèque : « Nous ne sommes pas sur cette terre pour filtrer des boissons et faire cuire des aliments, mais pour contribuer au perfectionnement de notre âme. » 

Née en Normandie (France) dans une famille modeste sénégalo-bissau-guinéenne de sept enfants, Bénédicte Mendy, fille d’immigrés, a eu la chance de grandir avec deux cultures : manjak (sa langue maternelle) et française. « C’était chouette : le matin ma mère me réveillait (me menaçait lol) en manjak. J’allais à l’école où on nous parlait de l’histoire de France. A la récréation, je partageais des chebakia avec ma copine marocaine. A la sortie de l’école, on parlait du dernier clip des chanteurs pop américains et le soir je regardais des mangas Japonais. »

Une diversité culturelle qui a été un véritable atout dans le parcours de Bénédicte et qui a forgé sans aucun doute sa personnalité : élève studieuse, souvent première de la classe, curieuse, avide de lecture, fan de documentaires et inondant les adultes de questions. « Très tôt, je voulais voir et comprendre le monde. Les livres et l’école, c’était une ouverture sur le monde et les autres à travers l’apprentissage. » Une enfance multiculturelle très heureuse en somme mais où elle a très tôt été confrontée aux inégalités… « Sensible, têtue et bavarde aussi. Si j’observais une injustice je donnais de la voix même face aux adultes. », ajoute-t-elle. Elle a de qui tenir avec son père qui est une véritable source d’inspiration pour elle. « Mon père : gastronome, leader communautaire et humain extraordinaire. Sa vie, son histoire était merveilleuse. Elle est familière pour beaucoup et c’est en cela qu’elle m’inspire car mon père est un rappel constant de qui je suis, de ma destinée et surtout de ceux et celles pour qui je m’investis chaque jour. », décrit-elle.

Après des études réussies dans la prestigieuse école de commerce, l’ESSEC, à Paris, elle débute sa carrière dans ce qui la passionne : l’agro-alimentaire. Elle travaille ensuite plusieurs années pour des grands groupes et marques en développement commercial et marketing avant de se spécialiser dans l’industrie des vins et spiritueux après un diplôme en œnologie à l’Ecole du Vin. Elle continue sa carrière puis se tourne vers la production et la distillation. « J’ai découvert le bartending quand je vivais à Singapour il y dix ans. J’ai eu la chance dans ma carrière de pouvoir vivre, voyager et travailler sur quatre continents. Pendant longtemps, j’étais dans cette vie très privilégiée de cadre d’entreprise avant que ma vocation ne se révèle à moi lors d’un voyage en 2013 : célébrer et connecter les terroirs africains au monde. »

Elle décide de se lancer en 2016, avec Okana Bar Nomade. « Okana signifie spiritueux en manjak, ma langue maternelle. » En parallèle de sa carrière professionnelle, elle a complété son expérience par une certification en distillation près de Cognac puis par une certification en bartending avancé à l’European Bartender School à Barcelone. Bénédicte a grandi en observant comment les spiritueux rassemblaient les gens, créaient des ponts culturels, des dialogues et surtout faisaient partie de moments important dans la vie de chacun notamment pendant les cérémonies religieuses et les fêtes. « Depuis petite, chez nous en Normandie, il y avait des gens qui distillaient des eaux de vies de manière artisanale. Et puis il y avait toujours du Okana, eau-de-vie, de notre village à la maison car les manjaks sont réputés pour leur expertise dans deux domaines : le tissage de pagne et la distillation du vin de palme. »

Aujourd’hui, Bénédicte exerce les activités d’Okana Bar Nomade dans la capitale ivoirienne. « Après plusieurs séjours, le dynamisme d’Abidjan m’a séduit donc j’y ai établi une base mais je vis également ailleurs. » Elle propose différents services tels que des ateliers cocktails, des teams buildings et/ou bar à domicile pour un mariage, une soirée privée ou un événement d’entreprise. Elle organise et participe également à des pop-ups éphémères, dont Xperience Okana, à travers le monde. Une notoriété qui se développe notamment avec le positionnement d’Okana qui utilise principalement des produits agroalimentaires locaux et des techniques innovantes de mixologie moléculaire pour créer des cocktails uniques.

« Nous utilisons exclusivement des spiritueux premium. Nos ingrédients non alcoolisés tels que les sirops, jus de fruits, shrubs etc. sont préparés de manière artisanale par nos soins dans notre laboratoire d’Abidjan ou par nos fournisseurs partenaires. On essaie aussi de surprendre en enflammant les cocktails avec de l’essence de cola et en les faisant fumer ! »

Malgré les difficultés qu’elle rencontre en tant qu’entrepreneure, Bénédicte sait toujours garder la tête froide : « Ce sont des difficultés de pionnier quand tu crées ton propre marché, il faut du temps pour trouver ta clientèle, des fournisseurs et des collaborateurs qui partagent et peuvent exécuter ta vision de l’entreprise. J’ai appris avec ma jeune expérience entrepreneuriale qu’il faut s’entourer des bonnes personnes, ne jamais compromettre ses valeurs et l’importance d’éduquer et de former. »

Avec son entreprise Okana Bar Nomade, Benedicte Mendy crée des emplois grâce à l’embauche de nombreux jeunes, femmes et hommes. Grâce à son abnégation, elle a construit une clientèle qui lui fait confiance et qui est heureuse de vivre ses expériences. Ses plus grands succès ? Contribuer à la promotion des cultures et des artisans avec lesquels elle travaille et voir l’évolution de ses collaborateurs et collaboratrices. « Sans oublier que nous avons été élus meilleurs bartenders de Côte d’Ivoire et d’Afrique de l’Ouest en 2016 au concours de bartending international Marie Brizard Masters. »

D’autres profils de bartenders féminins comme celui de Bénédicte Mendy existent. Notamment, celles qui travaillent chez Okana Bar Nomade et Stéphanie Polly Simbo de l’ONG Beyond Bar Akademia en Afrique du Sud. Cette dernière réhabilite des femmes anciennement incarcérées à travers la formation et l’insertion professionnelle dans les métiers du bar. Okana Bar Nomade a également lancé une action sociale d’intégration professionnelle pour les jeunes femmes des quartiers populaires d’Abidjan. Il s’agit du Female Bartending Program. Une Formation de haut niveau destinée à 10 femmes âgées de 18 à 40 ans, situées en Côte d’Ivoire, avec pas ou peu d’expérience en tant que bartender mais désireuses d’apprendre et évoluer dans ce métier. La formation est gratuite. Elles sont sélectionnées après envoi de leur candidature par email puis entretien physique. Pendant 5 jours, elles apprennent avec plusieurs intervenants le rôle, étiquette et responsabilité des bartenders, la consommation responsable d’alcool, les techniques de réalisation et service des cocktails – mocktails et vins, les spiritueux africains et boissons locales, le leadership et l’empowerment féminin, la santé au travail et font beaucoup de pratique notamment lors de la visite d’établissements (bars à cocktail). A la fin, elles passent un examen écrit pour valider leur diplôme. « Le programme a été développé et animé grâce à nos partenaires de qualité que je souhaite remercier : Dr Kouakou de l’ONG SOS Violences Sexuelles, l’association Empow’her Côte d’Ivoire, Ali et Maud nos formateur.trice.s intervenants. Aussi nos partenaires hôteliers l’Hôtel Tiama, l’Hôtel Koral Beach, le restaurant Angus, le bar-restaurant BoResto, les ONG Beyond Bar Akademia et Train & Travel Women for Africa et toutes les personnes qui ont contribué à cette première édition. On a hâte de faire mieux et plus grand l’année prochaine. »

Lors de ses prestations avec Okana Bar Nomade, Bénédicte et son équipe mettent un point d’honneur à rappeler ce message très important : L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. « Oui. Toujours. D’ailleurs l’eau infusée est offerte dans nos prestations. Nos équipes sont formées à tenir un discours dans ce sens et prévenir les situations d’ébriété de nos clients. », précise-t-elle.

Cette entrepreneure africaine passionnée et engagée se projette déjà dans le futur. Avec Okana, elle ambitionne de multiplier les expériences à travers le monde, avec le lancement de la marque de spiritueux afro-inspirée et engagée Saraka et de poursuivre la formation et l’empowerment avec le Female Bartending Program.

Si vous avez envie d’écrire l’histoire avec elle, rendez-vous sur les sites www.okanabar.com et www.sarakaspirit.com et sur instagram @okanabar & @sarakaspirits