Avec O’Plerou Grebet, les emojis africains s’installent définitivement sur Whatsapp

La première fois que j’ai rencontré O’Plerou, c’était lors d’une audience que nous avait accordée le Ministre ivoirien de l’Economie Numérique de l’époque. Il nous recevait car O’Plerou, quelques autres personnes et moi-même, étions lauréats de l’édition 2018 des Adicom Awards : une cérémonie de distinction qui récompense l’industrie créative et influente du web et du digital en Afrique. Il venait de remporter le prix Jeunes Talents pour son projet Zouzoukwa, des émoticônes version ivoirienne.

Je ne m’attendais pas à rencontrer un jeune homme si timide et réservé, mais à l’esprit vif… « Oui je suis introverti mais pas timide : je n’ai pas honte de parler aux inconnus (c’est juste qu’en général je ne sais pas trop quoi dire). Au quotidien ce qui est parfois amusant pour moi c’est que certaines personnes ne comprennent pas que je puisse rester seul sans que cela ne me dérange. Par contre, ceux qui me fatiguent sont ceux qui veulent me forcer à parler, ou à être plus “bruyant”, comme eux. », me confie-t-il.
Le 1er janvier 2018, O’Plerou s’était lancé un défi : créer chaque jour un émoticône qui retranscrit les « réalités ivoiriennes ». Il les a appelés « Zouzoukwa ».
Sa motivation était de trouver un moyen de partager la culture africaine de manière moderne. Mais à ce moment précis, il ne savait pas exactement comment le concrétiser. Et c’est en discutant un jour avec un ami sur WhatsApp qu’il a prêté attention aux emojis. « Je me suis dit que je pourrais en faire. Et comme je sais que j’ai tendance à lancer plusieurs projets en même temps et à ne jamais les terminer, j’ai décidé de transformer l’idée des emojis en défi pour rester motivé. » 

Coup d’essai. Coup de maître ! O’Plerou a dû faire face à un véritable déferlement médiatique, surtout sur les réseaux sociaux et le web.
« J’ai surtout été surpris que ça aille si loin ! Je m’étais dit que ça allait plaire à mes amis et les gens qui apprécient ce style graphique ; mais pas que les médias s’y intéresseraient aussi. Ça m’a fait plaisir et ça m’a fait comprendre que ce que je faisais était important, et ça fait partie de ce qui m’a motivé à continuer et terminer mon projet. »  Lors de cette déferlante, sa famille et ses amis – dont il peut compter sur le soutien constant – l’ont régulièrement taquiné. « Ils m’appelaient “L’influenceur” en se moquant du contraste entre ma petite “célébrité” en ligne et ma personnalité discrète. »
Cet illustrateur freelance âgé de 21 ans, s’appelle GREBET O’Plérou Luc Denis à l’état civil et est étudiant en troisième année de Licence professionnelle en Arts et Images Numériques à l’Institut des Sciences et Techniques de la Communication d’Abidjan en Côte d’Ivoire (ISTC Polytechnique). Son ADN artistique repose sur deux styles de dessin :  celui des emojis qui est plutôt pop et coloré et qu’il n’utilise que pour son projet, et son style habituel qui est semi-figuratif et plutôt expérimental.
Il se définit comme curieux et calme. Fortement inspiré par des personnalités artistiques telles que Loza Maléombho, Léonard de Vinci, Salvador Dali et Frédéric Bruly Bouabré,il semble vouloir maintenir une dose de mystère sur toute la palette de sa créativité débordante… «Une phrase que j’aime bien : Les eaux calmes sont les plus profondes. » ajoute-t-il.

Déjà fan de Picsou et des dessins animés lorsqu’il était petit garçon, il adorait s’inventer des histoires, créer des univers. « Mon enfance s’est plutôt bien passée, et je ne me souviens pas avoir fait de grandes bêtises. »

Le 31 décembre 2018, O’Plerou dévoilait son dernier emoji, tout en annonçant le lancement de l’appli mobile « Zouzoukwa » et son intégration dans Whatsapp. Chose qui est d’ailleurs effective puisque je l’utilise couramment dans ma messagerie et que je l’adore.
O’Plerou m’avouera qu’au début de cette aventure, il n’avait pas vraiment d’objectifs business : il voulait juste rendre son travail accessible et utilisable. Mais face au nombre croissant d’utilisateurs, il s’est rendu compte qu’il pouvait faire des stickers sponsorisés qui seraient payés par les marques et entreprises intéressées par une publicité non invasive dans les conversations.

Et des collaborations avec des marques, il en a déjà fait. « Oui, j’ai principalement collaboré avec ELLE Côte d’Ivoire, Imalk Concept et CANAL+. La collaboration avec ELLE CI et Imalk consistait à réaliser une collection limitée de tote bags avec 3 Zouzoukwa pour l’anniversaire d’ELLE, et pour CANAL+ j’ai dessiné des emojis à utiliser sur leurs réseaux sociaux pour la Coupe du monde. »

Faire des emojis, O’Plerou ne compte pas le réaliser toute sa vie. « Je compte utiliser l’art et la technologie pour promouvoir la culture comme je peux, pendant 10 ou 15 ans. Après on verra bien. »

À court terme, son projet est de lancer O’Plérou Studio, son entreprise individuelle spécialisée dans la création numérique (réalisation d’emojis, filtres de réalité augmentée et autres) pour donner une structure légale à ses activités.  « À moyen terme, c’est d’acquérir d’autres compétences pour me permettre d’avoir plus de clients, et à long terme, de vivre correctement de ce que je fais. »

 

Instagram : instagram.com/creativorian

Lien Playstore