Amee, l’ivoirienne profondément slameuse

« Quand tu veux quelque chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir. » – Paulo Coelho, l’Alchimiste

Cette citation est comme une balise lumineuse qui guide le chemin de vie d’Amee, cette slameuse ivoirienne de 33 ans, dont le ballet des mots tranche et cisaille les réalités de notre société. Je la connais déjà depuis quelques années et je suis toujours impressionnée par cette force tranquille qui l’anime. Pourtant, enfant elle était très peu bavarde mais elle était déjà animée d’une très grande curiosité et d’un goût prononcé pour l’aventure. « J’avais la bougeotte et je peux affirmer que j’ai eu une enfance heureuse avec ses anecdotes, ses joies, ses larmes et ses leçons. », ajoute-t-elle en souriant

Amee définit le slam comme une performance poétique ou plus simplement de la poésie dite. « Il y’a aussi une définition qui n’est pas la mienne mais à laquelle j’adhère complétement pour son évidence : Scène Libre Aux Mots. », dit-elle. Le slam est d’ailleurs né aux Etats-Unis et c’est certainement dans ce pays où l’on trouve le plus de slameuses car des scènes récurrentes s’y tiennent.

Son amour pour le slam lui vient de sa passion pour l’écriture et la scène. En effet, elle écrit depuis l’âge de quatorze ans et a toujours voulu faire de la scène. Les deux réunis en un l’ont inévitablement consuite au slam.

Le parcours professionnel d’Amee en tant qu’artiste a réellement débuté avec sa participation à un concours de composition de textes en 2009 qu’elle a remporté dans la catégorie RnB (Chant). Puis a suivi sa première expérience au slam lors d’un projet d’écriture en 2010 au Goethe Institut. A l’issue de cet atelier d’écriture, elle fut encouragée par plusieurs personnes qui ont estimé que le slam était le meilleur moyen de mettre en valeur les compositions qu’elle écrivait déjà. En 2013, elle fut retenue pour un autre projet sous forme de concours d’art oratoire dénommé The Spokenword Project initié par le Goethe Institut. En 2014 avec d’autres slameurs ivoiriens, ils se sont constitués légalement en association : le Collectif Au Nom du Slam.  « Depuis 2015, j’ai eu à participer à des festivals en Côte d’Ivoire au Mali, Ghana, Tchad, Pays Bas, Sénégal. », confirme-t-elle.

Amee est en véritable symbiose avec son art qui l’envahit complètement. Une fois sur scène, elle devient le sujet, le personnage de son texte, les émotions qui la traversent sont celles inspirées par le texte qu’elle déclame. « Tous mes textes m’émeuvent selon l’émotion qu’ils véhiculent car ils sont tous une partie de mon être. » Les compositions d’Amee parlent de tout ce qui compose une vie (la vie, la mort, l’amour, la femme, la beauté, les faits quotidiens, la joie, la douleur, la revendication etc.), car pour elle, l’existence est une gigantesque poésie dans laquelle les artistes soutirent un morceau de poème pour le raconter. On pourrait penser qu’Amee en tant que femme dans le slam est une exception et qu’elle aurait pu souffrir de préjugés mais sa réponse à cette question est sans appel : « Les préjugés interviennent d’abord au niveau du regard que la société porte sur les artistes en général, et la femme artiste en particulier, auxquels je n’échappe pas même s’ils ne sont pas très visibles, ensuite au niveau de la perception que les gens ont des slameurs en général  « des artistes engagés ». Un slameur n’est pas systématiquement un activiste. Néanmoins je ne pense pas avoir particulièrement souffert de préjugés liés à mon statut de femme qui fait du slam bien au contraire, j’ai quotidiennement des encouragements de mon entourage, d’inconnus et même de personnes au-delà des frontières ivoiriennes. »

Amee s’épanouit donc pleinement en tant qu’artiste slameuse vivant en Côte d’Ivoire. Même si dans ce pays, cet art est encore au stade underground. « Mais le slam est tout de même en plein essor grâce aux efforts que les acteurs principaux, notamment le Collectif Au Nom du Slam, consacrent pour le faire connaître. Il n’est pas connu du grand public en raison de la faiblesse des moyens d’exposition, mais il gagne chaque jour plus  d’admirateurs d’origines diverses. », confie-t-elle.

D’ailleurs, le slam – selon Amee-  est accessible pour tous ceux qui en manifestent le désir. En effet, la notion de bon et de mauvais n’existe pas vraiment en slam en raison de son caractère libre. « Ce qui compte c’est l’émotion suscitée par la prestation et qui se jugera au ressenti de chacun. Mais de manière moins abstraite, il faut évidemment avoir une expérience ou au moins être passionné d’écriture. Un autre atout essentiel est un bon sens de l’observation et de l’analyse de son environnement, une bonne diction/articulation, une bonne gestion du stress et du souffle et facultativement, une bonne mémoire. »

Mais peut-on vivre du slam dans ce pays ? Amee slame à plein temps mais elle n’en vit pas exclusivement encore. En effet, elle a un travail à plein temps qui lui permet de financer ses charges personnelles et ses nombreux projets artistiques.  Parmi ses multiples collaborations, elle a d’ailleurs eu l’occasion d’en faire avec les slameuses Lydol (Cameroun), Harmonie (Bénin), Nanda (Gabon-France) à l’initiative de Malika la slameuse (Burkina Faso). Elle a également collaboré avec l’artiste Shadochris sur un projet qui verra le jour bientôt. « Toutes les collaborations se sont très bien déroulées en parfaite entente. », affirme-t-elle. « En fait, le slam m’a apporté un grand épanouissement personnel, des multiples opportunités et par-dessus tout la matérialisation d’un rêve. Je n’ai pas connu de déception pour l’instant, ce n’est que du bonheur même les mauvaises expériences », dit-elle en souriant.

Mais Amee ne respire pas uniquement Slam ! Même si elle n’a pas de genre musical préféré en dehors de celui-ci, elle aime néanmoins pas mal de genres : « Je peux être sensible à une chanson traditionnelle ivoirienne ou mandingue, comme aux chants celtiques ou grégoriens, tout comme à la musique soul ou rock. »

En dépit du fait qu’Amee ne soit pas une grande adepte des projections, elle espère malgré tout, d’ici 10 ans, pouvoir vivre exclusivement de sa passion pour les arts.

Parmi ses projets, à court terme, elle prévoit l’achèvement de son projet musical et à moyen terme, une tournée.

Alors, GO GIRL !