African Women 4 Tech : comment les femmes dirigeantes font la différence ?

Je n’en reviens toujours pas d’avoir pu réunir des femmes d’une telle qualité et d’un tel professionnalisme pour la 1ère édition de mon panel « African Women 4 Tech ». Je n’avais jamais tenté l’aventure de l’évènement à un si haut niveau. Les profils de ces femmes variant de la CEO à la ministre de l’économie numérique en passant par celui de dirigeante dans l’associatif et l’institutionnel.

Au final (après plusieurs mois de préparation et de stress), près de 700 personnes composées en majorité de femmes ont fait le déplacement pour assister à mon évènement.

African Women 4 Tech est organisé en marge de la 3ème édition de l’Africa Cybersecurity Conference. Cette conférence est le rendez-vous annuel et incontournable de la Cyber Sécurité en Afrique, se tiendra les 24, 25 et 26 octobre 2018 au Sofitel Ivoire, Abidjan, Côte d’Ivoire. L’agence de l’entrepreneure Edith Brou s’occupe du management de la communication globale de cet évènement.

Très impliquée dans la promotion du genre dans les nouvelles technologies et l’entreprenariat et ayant fait l’amer constat que les femmes africaines représentaient moins de 2% des panélistes au cours des précédentes éditions, elle a décidé en collaboration avec l’équipe de la conférence, de mettre à l’honneur le genre à travers une table ronde exclusivement féminine composée de ministres, de CEOs de managers c-levels et de dirigeantes d’institutions et d’entreprises technologiques. C’est dans ce cadre qu’est né « African Women 4 Tech ».

L’objectif est de donner une plateforme d’échanges, de partages d’expériences, d’analyse quantitative et qualitative de bonnes pratiques et de présenter des modèles de réussite auprès des jeunes femmes aspirantes à avoir une carrière dans le secteur des nouvelles technologies en Afrique. Sachant que selon la dernière étude de Mc Kinsey, les entreprises dirigées par des femmes ont une productivité de 20%, il est primordial de se baser sur cet axe dans la stratégie de promotion du genre dans un secteur aussi important que sont le numérique et les nouvelles technologies.

Le panel « African Women 4 Tech » a lieu le 25 Octobre de 15h30 à 18h dans l’auditorium du Sofitel Ivoire Abidjan, avec le soutien de l’Ambassade des Etats-Unis, le Groupe Société Générale, la Fondation Kaydan, VISA, Fondation Jeunesse Numérique et Air Côte d’Ivoire. Le thème retenu est : « Développement des nouvelles technologies en Afrique, comment les femmes dirigeantes font la différence. »

 

C’est dans ces moments décisifs que tu testes la fiabilité et la force de ton réseau de connaissances, de partenaires et d’amis. A l’instar de plusieurs personnalités charismatiques ou plus discrètes qui m’ont apporté leur soutien, j’ai pu notamment compter sur l’appui du groupe Société Générale, toujours présent à mes côtés. Dans mon panel, à l’instar des femmes CEOs et dirigeantes d’institutions ou d’organisations, je visais notamment les femmes ministres de l’économie numérique. Il y en a de plus en plus, en particulier dans la sous-région ouest africaine. Mme Aurelie Adam Soule Zoumarou, ministre de l’économie Numerique du Bénin, fut l’une d’entre elles à répondre spontanément et rapidement à mon invitation. J’ai même pris un billet d’avion pour aller la rencontrer à Cotonou et l’interviewer sur la thématique de la transformation digitale et les enjeux de la cybersécurité. Je suis admirative des qualités personnelles et professionnelles de cette femme des télécom.

Il en est de même pour mes autres panelistes :

  • Mme Aurélie Zoumarou
    – Fatoumata Ba (CEO of Janngo)
    – Fa Tim Cissé (CEO of DUX)
    – Delphine Remy-Boutang (La Journée de La Femme Digitale)

Sans oublier la modératrice du panel, Hannane Ferdjani, journaliste à Africanews.

Lors d’un petit-déjeuner, nous avons toutes pu faire mieux connaissance et échanger notamment sur les effets du syndrome de l’imposteur qui empêche les femmes de se valoriser ou de s’épanouir pleinement à des postes élevés et surtout dans le domaine des nouvelles technologies. Cet échange riche et animé s’est prolongé dans l’après-midi pendant la tenue du panel qui les réunissait au Sofitel Ivoire Abidjan.

L’Ambassade des Etats-Unis était représentée par sa Chargée d’affaires, Mme Katherine Brucker. Avec son équipe constituée de Mme Katherine Diop, attachée culturelle et Mme Marie-Laure Angoran, directeur du centre américain, elles ont mobilisé une centaine d’élèves faisant partie de leur club STEM pour faire partie du public du panel. Elles ont eu aussi l’occasion d’exposer leurs robots et objets en 3D dans le stand qui avait été mis à leur disposition aux abords de la salle. Pour ce panel, j’ai également pu bénéficier du soutien et de la présence de la Ministre de la solidarité, de la Cohésion Sociale et de la Lutte contre la Pauvreté, le Professeur Mariatou Koné.

Et qui mieux d’autre qu’une participante pourrait décrire l’ambiance qui prévalait dans l’auditorium cet après-midi du jeudi 25 Octobre et la teneur des discussions. Il s’agit du Dr Aminata Kane qui est dentiste, animatrice et conférencière. Une amie et une experte des mots pour qui j’ai un profond respect. Je vous partage son résumé et son point de vue sur cette 1ère édition du Panel « African Women 4 Tech ».

 

 Dr Aminata Kana, participante du panel « African Women 4 Tech » s’exprime

Des paroles fortes et inspirantes, c’est ce que nous pouvons retenir du panel AFRICAN WOMEN FOR TECH qui s’est tenu le jeudi 25 octobre 2018 au Sofitel Hôtel Ivoire à la faveur de l’ Africa Cyber Security Conference.

Le thème retenu était : “Développement des technologies en Afrique, comment les femmes dirigeantes font la différence ?”
2 heures de fructueux échanges avec tout d’abord le propos introductif de la Ministre de l’Economie Numérique du Bénin, Mme Aurélie Zoumarou puis un panel comprenant :
– Fatoumata Ba (CEO of Janngo)
– Fa Tim Cissé (CEO of DUX)
– Delphine Remy-Boutang (La Journée de La Femme Digitale) dans une modération de Hannane Ferdjani, journaliste à Africanews.

Mme Zoumarou a planté le décor en partant de sa propre expérience et du jour où elle a choisi son orientation professionnelle. Alors élève en Terminale C, elle avait été impressionnée par la présentation du secteur des télécommunications du Bénin. Elle fait trois constats :

– la gamme des rapports hommes – femmes : les femmes ne sont pas représentées en grand nombre dans le domaine. D’ailleurs, le rapport 2018 de l’OCDE donne des chiffres révélateurs de ce gap. On peut noter à titre d’exemple que moins de 20% de femmes occupent des postes de responsabilités et seuls 8% des secteurs d’investissement sont occupés par des femmes.

– il y a une fracture numérique qui correspond à un gap d’opportunités pour les femmes dans le secteur du numérique. La fracture numérique a besoin de plâtre pour que la soudure se fasse au plus vite.

– Le 3e constat est très factuel. En visitant le stand du hackathon, seuls des jeunes hommes y participaient. Cette disparité est d’autant plus marquée en Afrique.
Cela s’explique aussi par la rareté des figures féminines dans le domaine mais aussi par leur inaccessibilité et le manque de bienveillance de certaines d’entre elles. Il faut agir pour que plus de femmes s’intéressent à la technologie.

Pour clore son propos, elle a dit : ” Il n’y a pas de barrières sauf celles qu’on se dresse au plan psychologique et social.” Si vous vous demandez si ce sera trop difficile, alors répondez à cette question : Voulez-vous faire partie de la révolution numérique ou la subir et être du nombre des consommateurs ?”.

“Développement des technologies en Afrique, comment les femmes dirigeantes font la différence ?”, thème du panel a été traité en trois axes sous forme de questions de la modératrice Mme Ferjani.

Premier axe : Quelles solutions pour l’inclusion de plus de femmes dans les TICS ? Quelle est la place de l’éducation ?

De l’avis de Mme Fatoumata Ba, l’école permet d’avoir un accès au choix de carrière professionnelle. Formez-vous, allez vers les carrières numériques a-t-elle poursuivi. Le talent est quelque chose de très équitablement réparti entre hommes et femmes mais les opportunités, non.
Le triptyque : Education _ Choix _ Accès aux opportunités est à prendre en compte.
Elle a cité l’exemple très concret d’un projet qui avait été implémenté au Nigéria. De 120 femmes du monde rural qui avaient reçu des tablettes dans le cadre de leurs activités, ils sont passés à 45.000 femmes en l’espace de trois ans avec un vrai impact économique pour ces femmes qui ont vu leurs revenus atteindre ceux du salaire moyen au Nigéria. Et toutes ces femmes, lorsqu’on leur demandait ce que le projet leur avait apporté, répondait : “Ce projet m’a permis d’avoir mon autonomie financière et plus de dignité dans mon foyer.”

Pour Fatim Cissé, il faut donner aux jeunes filles les mêmes opportunités qu’aux garçons. Toujours selon elle, il faut pouvoir présenter non seulement les opportunités mais aussi l’éventail de possibilités disponibles en termes d’emplois.

Quant à Delphine Remi-Boutang, elle a répondu à la question de savoir quelle est la différence entre les femmes en France et celles qui vivent en Afrique. Citant une personne, elle a dit en substance que la réponse se résumerait à ces deux phrases :
” Pour entreprendre en tant que femme, il faut se dépasser.
Pour entreprendre en tant que femme noire, il faut se surpasser.”
Les femmes entrepreneures, c’est 27% en Afrique contre 10% en France.
Il faut de son point de vue, un accès à l’éducation pour les filles notamment dans le domaine du numérique. Selon elle, l’Intelligence Artificielle va générer 2.3 millions d’emplois d’ici à 2020, un gap à combler pour les femmes.

Une pause a été marquée dans le panel, le temps de donner la parole à Mme Brucker, la chargée d’Affaires de l’Ambassade des Etats-Unis en Côte d’Ivoire pour parler du programme STEM de l’ambassade dont le but est d’encourager les jeunes filles à s’engager dans les filières scientifiques.

Deuxième axe : La question de la confiance en soi pour les femmes.

Mme Ba a évoqué le SYNDROME DE L’IMPOSTEUR dont les femmes souffrent plus que les hommes. Il s’agit de cette propension à s’auto-déprécier et à ne pas se croire à la hauteur d’une tâche ou digne d’assumer une responsabilité. Ce à quoi elle répond en invitant à lire le livre de Sheryl Sandberg, la n°2 de Facebook. Elle y explique par exemple que les hommes se vendent et se mettent en avant alors que les femmes ont plutôt tendance à se mettre en retrait. Là où les hommes vantent leurs compétences, ce dont ils sont capables de faire, les femmes parlent plutôt de leurs réalisations. Pour elle, en même temps qu’on se pose des questions, il faut agir.

Ce livre est un must-read pour toutes les femmes en manque de confiance en elles ou qui se questionnent sur leur avenir professionnel et familial, qui ont peur de demander une promotion ou une augmentation de salaire, etc.

Toujours selon Mme Ba, la question de la confiance en soi est un levier exogène. Pour elle, au lieu d’attendre qu’on nous fasse de la place, il faut construire sa propre table.

Pour Fatim Cissé, la prise en compte des habiletés cognitives permet d’aboutir à une évaluation objective des profils et aide à une meilleure orientation des différents individus. La confiance en soi est insufflée de manière subtile. Il faut souvent refuser de faire des entorses à son plan personnel et accepter de se lancer.

Parlant de la Journée de la Femme Digitale, Delphine Remi-Boutang a expliqué que la JFD existe depuis 7 ans autour des notions de : Oser _ Innover _ Entreprendre.
LA première édition a eu lieu en 2013. Alors que seulement 300 places étaient disponibles, ils se sont retrouvés avec plus de 1.000 participants. L’année dernière, c’est à dire en 2017, ce sont 10.000 personnes qui ont pris part à cette journée et 25.000 auditeurs.
Pour elle, les hommes réseautent énormément et se recommandent entre eux, toute chose que les femmes devraient apprendre d’eux. Ainsi, l’un des objectifs de la JFD est de permettre justement ce réseautage entre femmes du digital.

Le mentorat peut-il faire la différence ? Avoir des gens qui vous tirent vers le haut, est-important ?

Les panélistes ont reconnu qu’il est difficile d’avoir un mentor féminin à cause, entre autres raisons, de l’inaccessibilité des femmes. De l’avis de Fatoumata Ba, cette question devrait être une responsabilité que toute femme, quel que soit son niveau, accepte d’assumer. Se donner la responsabilité d’aider une autre femme.

Troisième axe : En quoi les femmes peuvent-elles faire la différence ?

Pour Delphine Remi-Boutang, la réussite n’est jamais personnelle. On embraque toujours un monde derrière soi. Pour elle, l’ADN digital est définitivement féminin de par la transmission du savoir. A ce propos, elle a dit une phrase à la fois forte et inspirante qui est :
“Le pouvoir n’appartient pas à celui qui sait mais à celui qui sait partager.”
Les femmes peuvent faire la différence parce qu’il s’agit d’apporter cet autre regard des 52% de l’humanité.

Pour Fatim Cissé, les compétences requises pour le digital sont féminines. L’agilité, l’identification, ou encore la capacité d’accomplir plusieurs tâches à la fois sont autant de choses que les femmes font très bien.
Aucun algorithme aussi sophistiqué soit-il ne permettra à une machine de faire plusieurs tâches à la fois, ce que font les femmes.

A son tour, Fatoumata Ba pense qu’il est nécessaire d’ajouter la dimension économique de la question. Des études ont par exemple montré les écarts de performances entre des services gérés par des femmes ou des hommes. Les différences sont notables. En dépit de cela, l’accès au capital est de 20% pour les femmes contre 80% pour les hommes. Et quand les femmes ont accès au crédit, il demeure le problème des taux d’intérêt pratiqués et du niveau : leurs crédits relèvent de l’ordre du micro-crédit.

Mme Ferjani a par la suite donné la parole à quelques participantes de poser des questions. L’une d’entre elles a demandé où trouver des mentors. Ce à quoi Mme Fatim Cissé a répondu en faisant cas de la fondation Kaydan dont elle fait partie et qui permet aux futurs entrepreneurs de rencontrer des mentors et de profiter de l’expérience d’entrepreneurs avertis couronnés de succès.

Notons que la cérémonie a été réhaussée par la présence de Mme Mariatou Koné, ministre de la Solidarité et de Mme Katherine Brucker, Chargée d’Affaires de l’Ambassade des Etats-Unis en Côte d’Ivoire.

 

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