“Accompagner la jeunesse à voir et rêver grand !” Germaine Lonteu, teinturière au Cameroun

Il est 12h00, je suis à Akwa et me voici en train de stopper une moto pour rencontrer Mme Lonteu Germaine, une des meilleures teinturières du pays. Elle m’a donné rendez-vous à Bali, où elle donne actuellement cours à la New Fashion Academy.

Malgré mes 10 minutes de retard, Germaine Lonteu me reçoit avec un sourire et m’invite à me joindre à elle.

Comme toujours, je sors mon ordinateur, mon dictaphone et je lui explique l’objet de notre rencontre : « Madame Lonteu, je veux vous présenter au monde et surtout montrer que l’on peut vivre de la création », voici les mots que j’ai prononcés.

Voici bien 35 ans que Germaine Lonteu, mère de 3 enfants, exerce le métier d’enseignante en teinturerie à Douala. Elle a commencé ce métier à l’âge de 22 ans.

Depuis son enfance, elle aimait toucher les bobines de fils de sa mère, ses ciseaux, les tissus. Conscients que leur fille souhaitait exercer un métier dans la création, ils l’ont inscrite au sein d’un centre spécialisé afin que Germaine Lonteu se forme en couture et par la suite en teinturerie. « Vous savez à l’époque, il fallait déjà innover, se diversifier. Être couturière ne suffisait plus ! Il fallait pouvoir faire son tissu, dessiner, concevoir le vêtement que l’on souhaitait réaliser avant de le coudre. C’était tout un processus. » explique Madame Lonteu.

Si elle a réussi à se démarquer, c’est grâce à son ouverture d’esprit. Son tuteur étant gendarme, elle a eu à faire le tour du Cameroun, de Dschang au nord, en passant par Bafoussam. La teinturière a eu à rencontrer différentes cultures et apprendre de celles-ci.

À la fin des années 70 / début des années 80, le gouvernement camerounais lance un projet de création d’école, dont l’objectif était de proposer des formations aux jeunes de rue. L’idée étant qu’à la fin de cette formation, elle puisse trouver les moyens de s‘émanciper. Mme Lonteu était l’une des formatrices. « Au début, nous devions suivre une formation de 6 mois pour valider nos acquis et au cours de celle-là, les meilleurs restaient pour devenir enseignants. » se souvient-elle.

En regardant sa classe, je m’interroge quand même. Je lui demande si elle pense vraiment qu’il y a un avenir pour ceux qui choisissent la mode comme secteur d’activités ? Au Cameroun, nous voyons tous les jours des événements dédiés à la mode, mais rien ne se structure. On voit des vêtements une fois, puis on ne les trouve jamais dans un circuit de distribution, à l’exception de la marque Kreyann.

On peine à valoriser le savoir-faire de nos artisans en pensant que tout le monde peut le faire. Aujourd’hui, avec internet, tout semble encore plus simple, on enregistre des photos de looks et on se dirige directement chez son couturier. Les Camerounais n’ont pas encore réussi à valoriser leur artisanat comme les nigérians, les ghanéens ou encore les sud-africains.

Malgré tout, Mme Lonteu reste optimiste et ça fait plaisir. Nous avons besoin de plus d’aînés qui portent et accompagnent nos jeunes à voir grand et à rêver.  « Le gouvernement doit nous accompagner afin de faire de la mode une véritable industrie. Leur implication attirera par la suite des investisseurs conscients de l’apport de ce secteur ; non seulement sur le plan social avec la création d’emplois, mais aussi financier. Nos hommes politiques et d’affaires pourraient aussi porter des créations locales, pour la valorisation de nos talents. Le chemin est encore long mais je suis confiante » ajoute la teinturière.

 

Je lui ai demandé, si elle avait un dernier mot, elle a dit : « À la jeunesse camerounaise, je dis : rêvez et voyez grand. N’oubliez pas notre richesse culturelle et nos traditions qui feront toujours la différence avec les créateurs du monde. Et soyez compétitifs et allez à la conquête du monde ».