A la rencontre de Jacobleu : artiste plasticien ivoirien, contemporain et libre

« Fais ce que tu aimes et avance ! » Qui mieux que le peintre Jacobleu pourrait faire sienne cette maxime ?

Je ne pouvais débuter cette nouvelle page de mes portraits sans celle de cet homme – artiste visuel et opérateur culturel ivoirien – qui m’intrigue et m’inspire à la fois.

Ses domaines d’expertise : la peinture et la photographie artistique. Ce passionné de Basquiat entreprend également des initiatives dans le domaine de la culture et des arts.

Celui qui a été fait Chevalier de l’Ordre du Mérite Culturel ivoirien en 2007 et Prix d’Excellence Cinéma et Arts Visuels de Côte d’Ivoire en 2016 pour ses multiples actions en faveur de la promotion des arts, n’était pourtant pas destiné à devenir artiste peintre. « A la base, j’aimais dessiner mais j’étais plus orienté vers les Lettres, la Philosophie et les carrières de management. Donc, devenir artiste peintre n’était pas dans mes priorités. », dit-il. Pour sa famille et ses professeurs, sa place était dans des métiers dits de sécurité (avocat, officier, juge, médecin etc.) et non dans les Arts.  C’était sans compter sur la résurgence de ce talent brut qui sommeillait en lui depuis son enfance. « J’étais un petit garçon très créatif. D’ailleurs, j’étais le meilleur dessinateur au quartier et en classe lorsque j’étais au primaire et au collège. », ajoute-t-il fièrement. « J’ai toujours aimé la culture et la pratique des arts. J’ai une joie indescriptible lorsque je peins, dessine ou écris. C’est peut-être le don que Dieu m’a accordé. »

A l’époque, son professeur de dessin d’art en 4ème emmène sa classe faire une visite à l’Institut National des Arts (INA). Et le déclic se produit pour le jeune Jacobleu, lorsqu’il voit toutes ces belles choses réalisées manuellement. A ce moment précis de sa vie, il est sur les traces de l’élément fondateur qui fera de lui l’artiste peintre de notoriété mondiale qu’il est aujourd’hui. « Lorsque j’ai choisi d’entrer à l’Ecole des Arts, je me suis juré d’être parmi les plus forts. J’avais un défi à relever. Et très tôt, j’ai commencé à faire des tableaux d’art, des portraits, des décors pour des manifestations et à exposer publiquement mes créations. Cela m’a rendu assez vite « célèbre » à l’école et surtout dans mon entourage. J’arrivais à gagner un peu d’argent et à me sentir « bien ». J’ai donc compris que ma place était dans la pratique artistique. »

Depuis lors, diplômé d’Etudes Supérieures des beaux-arts, Jacobleu participe régulièrement à des expositions et rencontres professionnelles en Amérique, en Europe, en Afrique et en Côte d’Ivoire depuis plus de vingt ans. « J’ai d’excellentes relations à l’extérieur. J’ai des amis dans presque tous les pays. Et comme vous devez le savoir, l’art est fédérateur et est un bon moyen de rencontre. »

Après avoir contribué à l’éclosion de plusieurs centres d’art et structures de promotion culturelle, il a ouvert en 2014 une galerie d’art dénommée Lebasquiat Art Gallery. Il a notamment présidé la Commission Culturelle, Arts numériques et Activités de Développement des 8èmes Jeux de la francophonie. Il a également initié les Rencontres Internationales des Arts Numériques d’Abidjan (RIANA) en partenariat avec Enghiens-les-Bains (France), ville créative UNESCO. Il a reçu le prix Fierté Dan 2017, de la Région du Tonkpi (ouest de la Côte d’Ivoire) dont il est originaire.

Au quotidien, Jacobleu tire son inspiration de tout ce qui l’entoure dans son environnement, de la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui, de l’actualité et de ses voyages. « Mes œuvres s’articulent autour de la valorisation de notre culture et de l’observation de la société : les masques, la danse, les rencontres, la paix, les migrations, etc. Pour concevoir et créer des œuvres en rapport avec ces différentes thématiques, il faut se documenter, lire, avoir une base de données en termes d’images. Ensuite il faut des recherches graphiques, chromatiques et des compositions qui permettent d’aboutir à l’œuvre d’art. Mais cet aboutissement peut prendre des jours, voire des semaines. Seule la satisfaction personnelle permet d’arrêter et de se dire qu’une œuvre est achevée. »

Pour le style, Jacobleu se positionne dans un esprit contemporain et libre de toute appartenance à une quelconque école. « J’aime faire passer essentiellement des messages d’espoir, de paix et de joie. Nos critiques et historiens de l’art, avec le recul, pourront dire demain à quel courant artistique j’appartiens. » Il aime interpeler, interroger la société et les politiques sur des questions relatives à l’identité et aux crises sociales. Décomplexé et authentique, Jacobleu n’hésite pas à rappeler trois artistes majeurs qu’il aurait aimé rencontrer de leur vivant : « Jean-Michel Basquiat, Pablo Picasso et Francis Bacon. Des écorchés vifs ! Ils ont réussi à déstructurer l’anatomie, à réinventer les codes de la composition et à être inventifs. »

Portée donc par tous ses succès, la carrière de l’artiste peintre est dans une évolution et révolution permanente. Chaque journée représente une nouvelle opportunité pour lui. « Je tire profit de toutes les occasions qui se présentent à moi. Et c’est toujours un bonheur pour moi de me retrouver à hisser haut le drapeau de la Côte d’Ivoire à Rome, à Paris, à Athènes, à Kassel, à Ottawa, à Las Palmas, à Santa Cruz, à Casablanca, à Dakar… en tout cas, partout où je suis invité à exposer ou à participer à des événements artistiques et culturels majeurs. Cela fait plaisir de se sentir honoré. » Et en assimilant le fait que la vie n’était pas linéaire et qu’on tire toujours des leçons des déceptions de la vie, il a compris que le plus important n’était pas de se focalise sur les difficultés rencontrées çà et là. « Le temps pour moi est précieux et il faut davantage faire mieux pour progresser. Je me projette constamment et c’est un peu ce qui fait ma force. »

En tant qu’artiste peintre de renom, Jacobleu ne vit pas replié sur lui-même, perché sur un piédestal. Bien au contraire, il a fait sien le concept Ubuntu : « je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ». Armé de sa double casquette d’entrepreneur culturel, il organise régulièrement des rencontres professionnelles, des conférences, des festivals et des expositions au profit des autres créateurs ou bien avec eux. Il est notamment très impliqué dans la valorisation de sa culture par le biais du Festival des Arts et de la Culture Dan (Tonkpi Nihidaley). Il loue aussi les bons rapports qu’il a avec la communauté artistique ivoirienne grâce à sa galerie d’art, LEBASQUIAT ART GALLERY, créée en 2014. A travers ses multiples initiatives, il vise également la promotion de l’épanouissement et l’autonomisation de la jeunesse. Il est formel : « Les métiers de l’art sont des sources de ressources financières et un canal d’expression qui affirme les esprits brillants et les compétences. » Jacobleu considère que l’avenir de l’Afrique se trouve en sa jeunesse et en sa culture via son art. Il y a de l’espoir et un bel avenir pour ce secteur. Reste aux gouvernants à mettre en place des politiques culturelles claires et des appuis aux initiatives artistiques. Selon lui, les entreprises doivent avoir également des postes budgétaires dédiés aux opérateurs culturels. « Nous (africains) sommes reconnus, au-delà de nos productions agricoles des matières premières, pour la richesse et la diversité de nos arts. La preuve, aujourd’hui, partout dans le monde, les grands collectionneurs et promoteurs d’art se tournent vers les créateurs africains. »

Lorsque j’évoque avec lui sa prochaine exposition, ses yeux s’illuminent de plus belle : « 2020 n’est plus loin, et le climat social s’échauffe. C’est pourquoi j’ai décidé de faire une importante exposition d’art, à la mi-mars 2019, qui va promouvoir la paix et la cohésion sociale. A cette exposition je compte inviter tous les partenaires au développement, les Institutions nationales et internationales, les opérateurs économiques, la société civile et les médias. Il nous faut prendre conscience de la nécessité de vivre ensemble. »

Mais juste avant cette énième exposition, il organisera fin mars à l’Institut français les Rencontres internationales des Arts numériques d’Abidjan (RIANA).